Le Greco
Le Greco
1541 — 1614
république de Venise, couronne de Castille
Peintre, sculpteur et architecte né en Crète en 1541, Le Greco s'installe à Tolède en Espagne où il développe un style unique mêlant influences byzantines, vénitiennes et maniéristes. Ses œuvres aux figures allongées et aux couleurs intenses en font l'un des précurseurs de l'expressionnisme.
Faits marquants
- 1541 : Naissance à Candie (Crète), alors sous domination vénitienne
- Vers 1567 : Formation à Venise dans l'atelier du Titien, maître du coloris
- 1577 : Installation définitive à Tolède, Espagne, où il passera le reste de sa vie
- 1586-1588 : Réalisation de son chef-d'œuvre L'Enterrement du comte d'Orgaz
- 1614 : Mort à Tolède ; son œuvre influencera Cézanne, Picasso et les expressionnistes
Œuvres & réalisations
Huile sur toile de grande dimension conservée à l'église Santo Tomé de Tolède, représentant un miracle lors des funérailles d'un noble tolédan. Chef-d'œuvre synthétisant son style mature, avec la division entre monde terrestre et céleste, et un portrait collectif de l'élite tolédan de l'époque.
Grande composition commandée par Philippe II pour l'Escurial et finalement refusée par le roi. Le tableau, aujourd'hui dans les collections de l'Escurial, témoigne de l'originalité radicale du peintre qui plaça la scène du martyre à l'arrière-plan, contrairement aux conventions.
Paysage saisissant représentant la ville de Tolède sous un ciel d'orage aux nuages dramatiques, conservé au Metropolitan Museum de New York. C'est l'un des rares paysages de l'histoire de la peinture avant le XVIIe siècle à traiter le paysage comme sujet principal.
Œuvre tardive et visionnaire représentant un passage de l'Apocalypse de saint Jean, avec des figures aux proportions extrêmement allongées et une palette réduite à des bleus et des blancs lumineux. Picasso s'en inspira directement pour Les Demoiselles d'Avignon (1907).
Tableau commandé pour la sacristie de la cathédrale de Tolède, représentant le moment où les soldats dépouillent le Christ de son manteau avant la crucifixion. Première grande œuvre espagnole du peintre, elle suscita une longue dispute avec le chapitre cathédral sur son prix.
Premier grand ensemble commandé en Espagne, comprenant plusieurs tableaux pour les autels de cette église tolédale. Ce retable établit définitivement la réputation de Le Greco comme grand maître en Espagne.
Tableau représentant le chevalier saint Martin partageant son manteau avec un mendiant, conservé à la National Gallery of Art de Washington. Exemple remarquable de sa capacité à traiter la figure équestre avec une élégance maniériste.
Anecdotes
Le Greco, dont le vrai nom était Domínikos Theotokópoulos, fut surnommé 'El Greco' (le Grec) par les Espagnols qui ne parvenaient pas à prononcer son nom crétois. Il signa pourtant toujours ses tableaux en grec, même après des décennies passées en Espagne, manifestant ainsi un attachement profond à ses origines.
En 1580, Le Greco tenta d'obtenir une commande royale de Philippe II pour décorer l'Escurial. Il réalisa Le Martyre de saint Maurice, mais le roi n'apprécia pas le tableau, jugeant les figures trop allongées et l'expression trop dramatique. Ce refus mit fin à ses ambitions à la cour et l'ancra définitivement à Tolède.
Le philosophe et médecin Francisco de Pisa rapporta que Le Greco préférait peindre dans une pièce aux volets fermés, car la lumière du jour lui semblait 'trop brutale' pour la lumière intérieure qu'il cherchait à représenter. Cette anecdote, souvent citée, illustre sa conception très personnelle de la lumière dans la peinture.
Le Greco vivait dans un palais de vingt-quatre pièces à Tolède, où il employait des musiciens pour jouer pendant ses repas. Malgré une clientèle fidèle d'aristocrates et d'ecclésiastiques tolérans, il mourut en 1614 laissant des dettes, témoignant d'un mode de vie somptueux difficile à maintenir.
Longtemps considéré comme un peintre mineur ou même 'fou', Le Greco fut redécouvert au XIXe siècle par des artistes comme Manet et Cézanne, puis au XXe siècle par les expressionnistes et les cubistes. Picasso, qui avait étudié ses œuvres, s'inspira directement de L'Ouverture du cinquième sceau pour certaines figures des Demoiselles d'Avignon.
Sources primaires
Le Greco annota abondamment son exemplaire des Vies des artistes de Vasari, critiquant notamment Michel-Ange : 'Michel-Ange était un bon homme, mais il ne savait pas peindre.' Ces annotations révèlent sa pensée artistique et son indépendance vis-à-vis des canons italiens.
Le contrat passé avec la paroisse de Santo Tomé à Tolède stipulait précisément le sujet, les dimensions et les conditions de paiement de l'œuvre. Le Greco dut ensuite plaider en justice pour obtenir la totalité de la somme convenue, le montant ayant été contesté par les commanditaires.
Les documents du tribunal de Tolède conservent les témoignages d'experts estimant la valeur des tableaux de Le Greco. Ces pièces juridiques constituent l'une des rares sources directes sur la réception contemporaine de son travail et sur son statut social à Tolède.
L'inventaire dressé après son décès en 1614 mentionne plus de cent toiles inachevées dans son atelier, des sculptures en cire et en argile, ainsi qu'une importante bibliothèque. Ce document atteste de l'ampleur de sa production et de sa culture humaniste.
Lieux clés
Ville natale de Le Greco, alors possession vénitienne, où il reçut sa formation initiale de peintre d'icônes dans la tradition byzantine crétoise. Cette double culture grecque et vénitienne fut le fondement de son art unique.
Le Greco y séjourna vers 1567 et fréquenta l'atelier du Titien, maître de la couleur. Il y assimila la technique vénitienne du coloris et de la lumière, qui marqua profondément son évolution artistique.
Séjour romain vers 1570 au sein du milieu humaniste du cardinal Farnese, où Le Greco étudia les œuvres de Michel-Ange et des maniéristes. C'est là qu'il acquit sa maîtrise de la figure humaine allongée et expressive.
Ville où Le Greco s'établit définitivement en 1576 et passa le reste de sa vie. Ancienne capitale du royaume wisigoth et cité de tolérance entre chrétiens, juifs et musulmans, elle offrait un climat intellectuel et des commandes religieuses qui nourrirent son œuvre.
Lieu de conservation de L'Enterrement du comte d'Orgaz (1586), considéré comme le chef-d'œuvre absolu de Le Greco. L'œuvre y est encore visible aujourd'hui dans son emplacement d'origine.
Philippe II avait commandé à Le Greco Le Martyre de saint Maurice pour décorer ce palais-monastère, symbole de la puissance catholique espagnole. Le refus du roi marqua un tournant décisif dans la carrière du peintre.
Galerie

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Spanish: La oración en el huerto de Getsemaní The Agony in the Gardentitle QS:P1476,es:"La oración en el huerto de Getsemaní "label QS:Les,"La oración en el huerto de Getsemaní "label QS:Lca,"oració
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