Madeleine Bavent
Madeleine Bavent
Religieuse carmélite du couvent de Louviers, Madeleine Bavent fut au cœur d'une affaire de possession démoniaque et d'accusations de sorcellerie en 1647. Son procès, emblématique des dérives de la chasse aux sorcières, entraîna l'exécution du père Thomas Boulle et la condamnation de plusieurs religieux.
Faits marquants
- Entrée au couvent des Hospitalières de Louviers vers 1625
- Affaire de possession démoniaque déclenchée officiellement en 1642
- Procès instruit par le Parlement de Rouen à partir de 1647
- Le père Thomas Boulle, confesseur du couvent, brûlé vif en 1647
- Madeleine Bavent condamnée à l'emprisonnement à vie dans un cachot
Œuvres & réalisations
Récit attribué à Madeleine Bavent, publié après sa condamnation, mêlant aveux de sorcellerie, description de rituels diaboliques et éléments autobiographiques. Document complexe, probablement rédigé ou fortement remanié par des tiers, mais principale source sur sa version des événements.
Transcription officielle des séances d'exorcisme pratiquées sur les religieuses du couvent, consignant les paroles des 'démons' et les accusations portées contre Madeleine Bavent. Document clé pour comprendre la mécanique judiciaire et religieuse de l'affaire.
Décision de justice condamnant Thomas Boulle au bûcher, ordonnant la crémation du cadavre de Picard et la réclusion à perpétuité de Madeleine Bavent. Pièce juridique centrale illustrant la rigueur de la répression contre la sorcellerie en France au XVIIe siècle.
Ensemble des pamphlets et contre-enquêtes produits autour des affaires de possession normandes et poitevines, qui forment le contexte intellectuel dans lequel l'affaire de Louviers fut jugée et commentée.
Anecdotes
Madeleine Bavent entra au couvent des Franciscaines de Louviers vers 1625, après avoir été apprentie couturière. Elle fut placée sous la direction spirituelle du père Mathurin Picard, confesseur du couvent, qui l'aurait initiée à des pratiques déviantes présentées comme mystiques. Cette relation ambiguë entre une jeune novice et son confesseur est au cœur du scandale qui éclata des années plus tard.
En 1642, à la mort du père Picard, plusieurs religieuses du couvent se mirent à manifester des crises spectaculaires : convulsions, blasphèmes, contorsions. Les exorcistes appelés à la rescousse désignèrent Madeleine Bavent comme la sorcière responsable de ces possessions. Elle avoua, sous la pression des interrogatoires, avoir participé à des sabbats dans le jardin du couvent.
Le père Thomas Boulle, capucin et successeur de Picard comme directeur spirituel, fut accusé d'être le complice démoniaque de Madeleine. Malgré ses protestations d'innocence, il fut condamné et brûlé vif à Rouen le 21 août 1647, en même temps que le cadavre exhumé et posthumément condamné du père Picard. C'est l'une des dernières grandes exécutions pour sorcellerie en France.
Madeleine Bavent, bien qu'initiatrice présumée de l'affaire, ne fut pas exécutée : elle fut condamnée à la réclusion perpétuelle in pace, c'est-à-dire emmurée vivante dans un cachot du couvent des Ursulines de Rouen. Elle y mourut dans des conditions misérables, date exacte inconnue, probablement avant 1653. Son cas illustre la violence institutionnelle exercée contre les femmes dans les affaires de sorcellerie.
Sources primaires
Je confesse avoir été conduite par le père Picard dans le jardin du couvent, de nuit, où se tenaient des assemblées que je ne puis décrire sans honte, sous prétexte d'une dévotion secrète et d'un amour mystique de Dieu.
Ledit Thomas Boulle sera mené en la place du Vieux-Marché de Rouen et là, attaché à un poteau, brûlé vif avec le corps dudit Picard ; leurs cendres jetées au vent.
Les religieuses, lors des exorcismes publics, déclarèrent avoir été séduites par leurs confesseurs et livrées au démon ; plusieurs nommèrent Madeleine Bavent comme celle par qui le mal était entré dans la maison.
Nous avons procédé à l'instruction de cette affaire avec toute la rigueur que requiert la gravité des faits : possession démoniaque, pacte avec Satan, profanation des sacrements au sein même du couvent.


