Marie de Champagne(1145 — 1198)
Marie de France
France
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Fille du roi Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine, Marie de Champagne fut comtesse de Champagne et l'une des plus grandes protectrices des lettres au XIIe siècle. Mécène de Chrétien de Troyes, elle fit de sa cour de Troyes un foyer rayonnant de la littérature courtoise.
Faits marquants
- Née vers 1145, fille aînée du roi Louis VII de France et d'Aliénor d'Aquitaine
- Épouse vers 1159 Henri Ier le Libéral, comte de Champagne
- Commanditaire de Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes (vers 1177-1181)
- Régente du comté de Champagne pendant l'absence puis la minorité de ses proches (années 1180-1190)
- Morte en 1198
Œuvres & réalisations
Marie commanda et inspira ce roman de Lancelot, contribuant à fixer la légende arthurienne et l'idéal de l'amour courtois.
Elle fit mettre en vers français un livre de la Bible, rendant la culture savante accessible aux laïcs en langue romane.
Sa cour réunit poètes, trouvères et clercs ; le traité « De l'amour » d'André le Chapelain en fit le décor de ses « jugements d'amour ».
Pendant le pèlerinage puis après la mort d'Henri le Libéral, Marie gouverna le comté et en administra les affaires.
Lors du départ de son fils Henri II à la croisade, elle dirigea de nouveau l'un des territoires les plus riches du royaume jusqu'à sa mort.
Anecdotes
C'est à la demande de Marie de Champagne que Chrétien de Troyes écrivit « Le Chevalier de la charrette », le roman où apparaît l'amour de Lancelot pour la reine Guenièvre. Dans son prologue, le poète reconnaît lui-même que la comtesse lui a fourni « la matière et le sens » de l'histoire : un cas rare où l'on sait quelle commanditaire est à l'origine d'un chef-d'œuvre médiéval.
Marie était la fille du roi de France Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine. Quand ses parents firent annuler leur mariage en 1152 et qu'Aliénor épousa le futur roi d'Angleterre Henri II, Marie se retrouva demi-sœur à la fois de Richard Cœur de Lion (côté maternel) et du roi Philippe Auguste (côté paternel) : elle était parente des deux familles rivales d'Europe.
Le traité « De l'amour » d'André le Chapelain met en scène, à la cour de Troyes, de véritables « jugements d'amour » rendus par de grandes dames. Une sentence attribuée à Marie, datée de 1174, affirme que le véritable amour ne peut exister entre deux époux : un jeu littéraire raffiné qui montre quel rôle central la comtesse tenait dans l'art d'aimer courtois.
À deux reprises, Marie gouverna seule le comté de Champagne : d'abord pendant le pèlerinage puis après la mort de son mari Henri le Libéral, comme régente pour son jeune fils ; puis de nouveau lorsque ce fils, devenu adulte, partit à la troisième croisade et devint roi de Jérusalem. Pendant des années, une femme administra ainsi l'un des plus riches territoires du royaume.
Marie ne protégeait pas seulement les romans de divertissement : elle commanda aussi au clerc Évrat une traduction en vers français du livre biblique de la Genèse. Faire passer un texte sacré du latin à la langue « romane » était une entreprise nouvelle et hardie, qui rendait la culture savante accessible à un public laïc.
Sources primaires
Puisque ma dame de Champagne veut que j'entreprenne de faire un roman, je l'entreprendrai très volontiers... Chrétien commence son livre sur le chevalier de la charrette ; la matière et le sens lui en sont fournis et donnés par la comtesse.
Nous disons et affirmons par la teneur des présentes que l'amour ne peut étendre ses droits sur deux personnes mariées. Donné l'an 1174, le premier jour de mai.
Le clerc Évrat déclare avoir entrepris de mettre en roman le livre de la Genèse à la prière de la comtesse Marie de Champagne, afin que les laïcs puissent entendre la parole divine en leur langue.
Lieux clés
Capitale du royaume où résidait la cour de Louis VII ; Marie y naquit, fille du roi et d'Aliénor d'Aquitaine.
Capitale du comté de Champagne et résidence principale de Marie ; sa cour y devint un grand foyer de la littérature courtoise.
Autre grande ville comtale de Champagne, célèbre pour ses foires ; les comtes y séjournaient et y exerçaient leur pouvoir.
Église fondée par son mari Henri le Libéral, devenue nécropole des comtes de Champagne où la famille comtale fut inhumée.
