Marina Abramović(1946 — ?)

Marina Abramović

Serbie, Yougoslavie, Serbie-et-Monténégro, république fédérative socialiste de Yougoslavie, république fédérale de Yougoslavie, république fédérale populaire de Yougoslavie

6 min de lecture

Arts visuelsSpectacleArtisteXXe siècleSeconde moitié du XXe siècle et début du XXIe siècle, période de l'art contemporain et de l'essor de la performance comme discipline artistique à part entière.

Marina Abramović est une artiste serbe née en 1946, pionnière de l'art de la performance. Depuis les années 1970, elle explore les limites du corps, de l'endurance et de la relation entre l'artiste et le public, devenant l'une des figures majeures de l'art contemporain.

Questions fréquentes

Marina Abramović, née en 1946 à Belgrade, est une pionnière de l'art de la performance. Ce qui la rend décisive, c'est qu'elle a poussé les limites du corps et de l'endurance bien plus loin que ses prédécesseurs, transformant son propre corps en matériau et en sujet de l'œuvre. Contrairement à l'art traditionnel où l'objet est central, chez elle, c'est l'action et la présence dans un temps et un lieu donnés qui constituent l'œuvre. Elle a ainsi ouvert la voie à une reconnaissance institutionnelle de la performance comme discipline à part entière, au même titre que la peinture ou la sculpture.

Citations célèbres

« The Artist Is Present»

Faits marquants

  • Née le 30 novembre 1946 à Belgrade, en Yougoslavie (actuelle Serbie).
  • Réalise la série de performances Rhythm dans les années 1970, dont Rhythm 0 (1974) où elle s'offre passivement au public.
  • Collabore avec l'artiste Ulay de 1976 à 1988, concluant par une marche sur la Grande Muraille de Chine (The Lovers, 1988).
  • Présente la performance The Artist Is Present au MoMA de New York en 2010, restant assise face aux visiteurs durant près de 736 heures.
  • Fonde le Marina Abramović Institute pour transmettre et préserver l'art de la performance.

Œuvres & réalisations

Rhythm 0 (1974)

Performance limite où le public dispose de 72 objets et du corps de l'artiste, révélant la violence latente d'une foule.

Imponderabilia (avec Ulay) (1977)

Les visiteurs doivent se faufiler entre les deux artistes nus, interrogeant l'intimité et le rapport au corps.

The Lovers: The Great Wall Walk (avec Ulay) (1988)

Marche de 90 jours sur la Grande Muraille de Chine concluant leur relation, devenue performance mythique.

Balkan Baroque (1997)

Installation-performance sur les guerres des Balkans, récompensée par le Lion d'or de la Biennale de Venise.

Seven Easy Pieces (2005)

Au Guggenheim, elle rejoue des performances historiques, posant la question de la conservation et de la transmission de cet art éphémère.

The Artist Is Present (2010)

Performance de très longue durée au MoMA, où elle soutient le regard de milliers de visiteurs ; elle devient une figure mondiale.

Walk Through Walls (autobiographie) (2016)

Récit de sa vie et de sa démarche artistique, témoignage de référence sur l'art de la performance.

Anecdotes

En 1974, lors de la performance « Rhythm 0 » à Naples, Marina Abramović reste immobile six heures durant et met à disposition du public 72 objets, dont une rose, du miel, des ciseaux et un pistolet chargé. Au fil des heures, certains spectateurs deviennent agressifs, déchirent ses vêtements et appuient l'arme contre son cou : l'expérience révèle de façon glaçante ce dont une foule est capable quand toute responsabilité semble suspendue.

Pendant douze ans, Abramović a formé avec l'artiste allemand Ulay un couple inséparable dans la vie comme dans l'art. Pour se séparer en 1988, ils choisissent un geste spectaculaire : partant chacun d'une extrémité de la Grande Muraille de Chine, ils marchent l'un vers l'autre pendant 90 jours pour se rejoindre au milieu et se dire adieu.

En 2010, au Museum of Modern Art de New York, elle reste assise immobile et silencieuse face aux visiteurs, un à la fois, pendant près de 736 heures réparties sur trois mois (« The Artist Is Present »). Coup de théâtre : Ulay, qu'elle n'avait pas revu depuis des années, s'assoit en face d'elle, et l'émotion les gagne tous les deux sous les yeux du public.

Enfant à Belgrade, Marina est élevée avec une discipline quasi militaire par des parents héros de la résistance yougoslave. Sa grand-mère, très croyante, l'emmène souvent à l'église orthodoxe : ces deux univers, la rigueur communiste et la spiritualité, marqueront durablement son rapport au rituel et à l'endurance.

En 1975, pour « Art Must Be Beautiful, Artist Must Be Beautiful », elle se brosse violemment les cheveux et le visage en répétant cette phrase jusqu'à se faire mal, interrogeant avec ironie les clichés sur la beauté et la place des femmes dans l'art.

Sources primaires

Marina Abramović, autobiographie « Traverser les murs » (Walk Through Walls) (2016)
« L'art doit être beau, l'artiste doit être beau » : je voulais montrer l'absurdité de cette idée en me brossant les cheveux jusqu'à la douleur.
Description de la performance « Rhythm 0 », Studio Morra, Naples (1974)
Il y a 72 objets sur la table que l'on peut utiliser sur moi comme on le souhaite. Je suis l'objet. Pendant cette période, j'assume l'entière responsabilité.
Entretien sur « The Artist Is Present », MoMA (2010)
Je ne pensais pas que rester assise et regarder les gens dans les yeux pouvait provoquer une telle émotion ; beaucoup pleuraient face à moi.

Lieux clés

Belgrade, Yougoslavie (Serbie)

Ville natale d'Abramović, où elle grandit dans une famille de héros communistes et étudie aux Beaux-Arts. Cet environnement austère nourrit son goût de la discipline et du rituel.

Naples, Italie (Studio Morra)

Lieu de la performance « Rhythm 0 » en 1974, l'une des plus célèbres et des plus risquées de sa carrière.

Grande Muraille de Chine

Théâtre de la performance « The Lovers » en 1988, où Abramović et Ulay marchent 90 jours pour se rejoindre puis se séparer.

Museum of Modern Art (MoMA), New York

Lieu de la rétrospective et de la performance « The Artist Is Present » en 2010, qui fait d'elle une icône mondiale.

Venise, Italie (Biennale)

Où elle reçoit le Lion d'or en 1997 pour « Balkan Baroque ». La Biennale consacre sa reconnaissance internationale.

New York, États-Unis (résidence)

Ville où l'artiste s'installe durablement et fonde son institut dédié à la performance. Centre de son rayonnement contemporain.

Voir aussi