Philosophe et moine bouddhiste indien du IIe-IIIe siècle, fondateur de l'école Madhyamaka. Il développa la notion de śūnyatā (vacuité) et eut une influence majeure sur le bouddhisme mahāyāna.
Nāgārjuna(150 — 250)
Nāgārjuna
7 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Vers 150-250 apr. J.-C. : vie et activité de Nāgārjuna en Inde du Sud
- Fondation de l'école philosophique Madhyamaka (« Voie du Milieu »)
- Rédaction du Mūlamadhyamakakārikā, œuvre philosophique centrale
- Développement du concept de śūnyatā (vacuité de toute chose)
- Influence déterminante sur le bouddhisme tibétain, chinois et japonais
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre philosophique de Nāgārjuna en 448 vers, qui fonde l'école Mādhyamika. Il y démontre que tous les phénomènes sont vides de nature propre (śūnyatā) par un raisonnement dialectique implacable.
Texte en vers et en prose où Nāgārjuna répond aux critiques formulées contre sa théorie de la vacuité. Il y précise que sa propre thèse est également vide, ce qui la rend logiquement cohérente.
Lettre philosophique et politique adressée à un roi Sātavāhana, exposant les principes éthiques du bouddhisme mahāyāna appliqués au gouvernement. C'est l'un des rares textes où Nāgārjuna s'adresse à un laïc.
Court traité en vers développant la doctrine de la vacuité appliquée aux catégories fondamentales de l'existence et du temps. Il complète et approfondit les arguments du Mūlamadhyamakakārikā.
Traité en 60 vers sur la logique de la vacuité et la nature de la libération (nirvāṇa). Nāgārjuna y montre que la distinction entre saṃsāra et nirvāṇa est elle-même vide de substance.
Vaste commentaire en plusieurs volumes des sūtras de la Prajñāpāramitā, conservé en traduction chinoise par Kumārajīva. Son attribution à Nāgārjuna est discutée par les chercheurs modernes.
Anecdotes
Selon la tradition bouddhiste, Nāgārjuna aurait découvert les sūtras de la Prajñāpāramitā (« Perfection de la Sagesse ») dans le royaume des nāgas, des serpents divins qui les gardaient depuis l'époque du Bouddha. Cette légende illustre l'importance révolutionnaire de ses enseignements aux yeux de ses disciples.
Nāgārjuna entretint une correspondance philosophique et politique avec un roi de la dynastie Sātavāhana, probablement Gautamīputra ou son successeur. Il lui adressa une lettre connue sous le titre Ratnāvalī (« Guirlande de joyaux »), dans laquelle il lui conseillait de gouverner avec compassion et sagesse plutôt qu'avec la force.
Nāgārjuna est crédité d'une maîtrise de la chimie des métaux et de l'alchimie (rasāyana) selon les sources tibétaines et chinoises. Certains textes lui attribuent la capacité de transmuter les métaux, ce qui illustre l'étroite relation entre philosophie, médecine et sciences naturelles dans l'Inde ancienne.
Son œuvre principale, le Mūlamadhyamakakārikā, contient 448 vers répartis en 27 chapitres dans lesquels il déconstruit systématiquement toutes les catégories de la pensée par le biais d'un raisonnement dialectique rigoureux. Cette méthode, appelée prasaṅga (réduction à l'absurde), déconcerta ses adversaires philosophiques brahmanes et bouddhistes.
Nāgārjuna est vénéré comme un « second Bouddha » dans les traditions tibétaine, chinoise et japonaise. Il est considéré comme l'ancêtre spirituel de plusieurs écoles majeures : Mādhyamika, Zen (Ch'an), Tendai et Shingon, ce qui en fait l'une des figures les plus influentes de toute l'histoire du bouddhisme.
Sources primaires
Rien n'existe par nature propre (svabhāva), ni ici, ni là, ni dans les causes, ni dans les conditions, ni dans leur assemblage, ni dans leur absence.
Tant que tu n'auras pas atteint l'éveil, le bien du monde dépend de toi. Gouverne donc avec droiture, sans orgueil et avec compassion pour tous les êtres.
Si toutes choses sont vides, tes propres paroles sont vides également, et elles ne peuvent donc réfuter quoi que ce soit. — À cela je réponds : ma proposition elle-même est vide, et c'est précisément pourquoi elle réfute sans s'appuyer sur une nature propre.
L'existence, la non-existence, l'existence-et-non-existence, ni l'une ni l'autre : telles sont les quatre positions que le Bouddha a déclarées fausses pour toutes les choses.
La sagesse parfaite voit que tous les dharmas sont semblables à des rêves, à des illusions, à des reflets dans un miroir : ils n'ont ni naissance ni cessation véritables.
Lieux clés
Site archéologique majeur dans l'actuel Andhra Pradesh, associé à la tradition de Nāgārjuna. Ce centre monastique bouddhiste florissant aux IIe-IIIe siècles témoigne du rayonnement de ses enseignements dans le sud de l'Inde.
Grande université monastique bouddhiste dont Nāgārjuna est considéré comme l'un des abbés fondateurs selon la tradition tibétaine. Ce site devint le centre intellectuel du bouddhisme mahāyāna pendant plusieurs siècles.
Capitale de la dynasty Sātavāhana et grand centre bouddhiste du Deccan, ornée d'un célèbre stūpa richement sculpté. Nāgārjuna aurait séjourné dans cette région et entretenu des relations avec la cour royale.
Mont sacré identifié à Śrīśailam dans l'Andhra Pradesh, où Nāgārjuna aurait résidé pendant une longue période et composé plusieurs de ses œuvres majeures. La tradition bouddhiste en fait son lieu de retraite privilégié.
Objets typiques

Objet essentiel du moine bouddhiste, le bol à aumônes symbolise la dépendance au don des laïcs et le détachement aux biens matériels. Nāgārjuna, en tant que moine, effectuait la quête quotidienne (piṇḍapāta) avec ce bol.

Vêtement de teinte ocre ou safran porté par les moines bouddhistes, constitué de plusieurs pièces de tissu assemblées. Elle représente le renoncement au monde et l'appartenance à la communauté monastique (saṅgha).

Support d'écriture traditionnel de l'Inde ancienne, utilisé pour transcrire les textes philosophiques et religieux. Les œuvres de Nāgārjuna furent consignées sur ces feuilles préparées et assemblées en manuscrits.

Long bâton de bois utilisé par les moines itinérants pour se déplacer et symboliser leur statut de renonçant. Il servait aussi de soutien lors des longues marches entre monastères et lors des débats publics.

Clochette utilisée lors des cérémonies bouddhistes pour marquer les moments de la pratique méditative et des récitations. Dans le bouddhisme tantrique influencé par Nāgārjuna, elle symbolise la sagesse (prajñā).

Rouleaux ou manuscrits sur feuilles de palme contenant les sūtras de la « Perfection de la Sagesse ». Selon la tradition, Nāgārjuna les aurait retrouvés et popularisés, en faisant la base doctrinale du mahāyāna.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Nāgārjuna se levait avant l'aube pour méditer en silence, puis participait aux récitations collectives des sūtras avec les autres moines. Il se rasait la tête et revêtait sa robe ocre avant de participer à la quête d'aumônes dans les villages voisins.
Après-midi
Après le repas principal pris avant midi — le seul repas substantiel de la journée — Nāgārjuna consacrait l'après-midi à l'enseignement et aux débats philosophiques avec ses disciples. Il dictait ou rédigeait ses traités sur des feuilles de palme, engagé dans une réflexion logique minutieuse.
Soir
Le soir, Nāgārjuna animait des séances d'étude des textes canoniques et répondait aux questions de ses disciples. Après une courte période de méditation au coucher du soleil, il observait le silence monastique et se reposait sur une simple natte.
Alimentation
Nāgārjuna suivait le régime végétarien strict des moines bouddhistes : riz, légumineuses (lentilles, pois), légumes cuits, fruits et lait caillé collectés lors de la quête d'aumônes. Il ne mangeait qu'une fois par jour, avant midi, conformément à la règle monastique du Vinaya.
Vêtements
Il portait le kāṣāya, ensemble de trois pièces de tissu teint en ocre ou safran assemblées selon les règles du Vinaya : un sous-vêtement (antaravāsaka), une robe supérieure (uttarāsaṅga) et un manteau (saṃghāṭī). Il marchait pieds nus ou en sandales de bois à l'intérieur du monastère.
Habitat
Nāgārjuna résidait dans une cellule monastique (vihāra) en pierre ou en brique, simplement meublée d'une natte, d'un petit autel et de manuscrits sur feuilles de palme. Le monastère était organisé autour d'une cour centrale avec un stūpa, des salles d'assemblée et des jardins.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style inspiré des reliefs sculptés d'Amarāvatī et Nāgārjunakoṇḍa : teintes ocre et safran, végétation tropicale, architecture monastique en pierre finement ornée.
Ambiance sonore
Atmosphère d'un monastère bouddhiste du sud de l'Inde au IIe siècle : chants en sanskrit, clochettes rituelles, bruissement de feuilles de palme et pluie tropicale.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Mūlamadhyamakakārikā (Stances fondamentales sur la Voie du milieu)
vers 150-200 apr. J.-C.
Vigrahavyāvartanī (Réfutation des objections)
vers 150-200 apr. J.-C.
Ratnāvalī (Guirlande de joyaux)
vers 150-200 apr. J.-C.
Sūnyatāsaptati (Soixante-dix stances sur la vacuité)
vers 150-200 apr. J.-C.
Yuktiṣaṣṭikā (Soixante stances sur le raisonnement)
vers 150-200 apr. J.-C.
Mahāprajñāpāramitāśāstra (Grand traité de la perfection de la sagesse)
vers 200 apr. J.-C.






