Écrivain égyptien, premier auteur de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature en 1988. Maître du roman réaliste, il a peint la vie populaire du Caire à travers une œuvre considérable.
Naguib Mahfouz(1911 — 2006)
Naguib Mahfoud
Égypte, royaume d'Égypte, khédivat d'Égypte, République arabe unie, sultanat d'Égypte, République d'Égypte
7 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« On peut connaître un homme grâce à ses questions plutôt que grâce à ses réponses.»
Faits marquants
- Né en 1911 dans le quartier populaire de Gamaliya, au Caire
- Publication de la « Trilogie du Caire » (Impasse des deux palais, Le Palais du désir, Le Jardin du passé) entre 1956 et 1957
- Premier écrivain de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature en 1988
- Victime d'une tentative d'assassinat au couteau par des extrémistes islamistes en 1994, après la polémique sur son roman « Les Fils de la médina »
- Mort en 2006 au Caire à l'âge de 94 ans
Œuvres & réalisations
Portrait choral d'une ruelle pauvre du Caire pendant la Seconde Guerre mondiale ; l'un de ses premiers grands succès réalistes.
Sa fresque majeure : trois générations d'une famille cairote à travers les bouleversements de l'Égypte du début du XXe siècle. Son chef-d'œuvre.
Roman allégorique sur les religions et l'humanité, jugé blasphématoire et interdit pendant des décennies en Égypte ; à l'origine de l'attentat de 1994.
Roman court et nerveux marquant un tournant vers une écriture plus introspective et critique de la société post-révolutionnaire.
Satire désabusée de la société égyptienne sous Nasser, réunie sur une péniche du Nil ; portée à l'écran avec succès.
Roman à plusieurs voix situé dans une pension d'Alexandrie, miroir des tensions politiques de l'Égypte des années 1960.
Première distinction de ce niveau accordée à un auteur de langue arabe, faisant rayonner la littérature arabe contemporaine dans le monde.
Anecdotes
À sa naissance, l'accouchement de sa mère fut si difficile qu'on appela un célèbre médecin du Caire, le docteur Naguib Pacha Mahfouz. Reconnaissants, ses parents donnèrent le prénom de l'obstétricien à l'enfant : c'est ainsi que le futur Prix Nobel porta toute sa vie le nom de celui qui l'avait aidé à venir au monde.
Enfant de sept ans, Mahfouz assista depuis la fenêtre de sa maison du vieux Caire aux manifestations de la révolution de 1919 contre l'occupation britannique. Il racontera plus tard que la vue des soldats et des foules en colère marqua durablement son imagination et nourrit le sens de l'histoire qui traverse toute son œuvre.
En 1988, lorsqu'il reçut le prix Nobel de littérature, Mahfouz refusa de se rendre à Stockholm : il détestait voyager et quitter son Caire. Ce sont ses deux filles qui allèrent chercher la récompense, et son discours fut lu en son nom devant l'Académie.
En octobre 1994, à l'âge de 82 ans, l'écrivain fut poignardé au cou devant chez lui par un extrémiste qui lui reprochait son roman « Les Fils de la médina ». Il survécut, mais les nerfs de sa main droite furent endommagés : lui qui écrivait avec discipline ne put plus tenir longtemps sa plume et dictait désormais quelques minutes par jour.
Fonctionnaire le jour, romancier le reste du temps, Mahfouz était célèbre pour sa rigueur d'horloger. Il animait aussi un cercle d'amis intellectuels, les « Harafish », et tenait ses habitudes dans les vieux cafés du Caire comme El-Fishawi, à Khan el-Khalili, où il observait la vie populaire qui peuple ses livres.
Sources primaires
Je suis le fils de deux civilisations qui, à un certain âge de l'histoire, ont formé un mariage heureux. La première, vieille de sept mille ans, est la civilisation pharaonique ; la seconde, âgée de mille quatre cents ans, est la civilisation islamique.
Un correspondant étranger au Caire m'a rapporté qu'au moment où mon nom fut associé au prix, le silence se fit et beaucoup se demandèrent qui j'étais.
On reconnaît l'intelligence d'un homme à ses réponses, et sa sagesse à ses questions.
Lieux clés
Quartier populaire et médiéval du Caire où naquit Mahfouz et dont les ruelles, mosquées et marchés inspirèrent directement le décor de nombreux romans.
Où Mahfouz étudia la philosophie et obtint son diplôme en 1934, avant d'hésiter entre carrière universitaire et littérature.
Célèbre café du grand bazar du Caire que Mahfouz fréquentait pour observer la vie populaire et retrouver son cercle d'amis intellectuels.
Bord du Nil où l'écrivain résida dans la seconde partie de sa vie et où il fut agressé devant son domicile en 1994.
Ville où Mahfouz mourut en 2006 et qui demeure le grand personnage de toute son œuvre, héroïne autant que décor de ses romans.
Objets typiques

Instrument d'écriture de l'écrivain, qui composait ses romans à la main selon un horaire strict. La blessure à sa main droite en 1994 l'empêcha de continuer à l'utiliser longtemps.

Coiffe rouge en feutre, surmontée d'un gland, portée par la classe moyenne urbaine et les fonctionnaires « effendis » dans l'Égypte de la première moitié du XXe siècle.

Petit café noir et serré servi dans les « ahwas », les cafés populaires du Caire. Mahfouz y passait des heures à observer les habitants et à converser avec ses amis.

Pipe à eau emblématique des cafés du Caire, autour de laquelle se réunissaient hommes et habitués du quartier. Elle rythme les scènes de vie populaire des romans de Mahfouz.

Grand quotidien égyptien dans lequel Mahfouz publia en feuilleton plusieurs œuvres, dont « Les Fils de la médina », et où il tint une chronique régulière.

Vers la fin de sa vie, sa vue et son ouïe déclinèrent fortement, et ses lunettes sombres devinrent un trait reconnaissable de sa silhouette dans les cafés du Caire.
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Vie quotidienne
Matin
Lève-tôt et méthodique, Mahfouz lisait les journaux puis se rendait à son bureau de fonctionnaire dans un ministère du Caire. Pendant plus de trente ans, il mena ainsi une double vie d'employé du matin et d'écrivain.
Après-midi
De retour chez lui, il déjeunait et se reposait, avant de consacrer des plages d'écriture rigoureusement minutées à ses romans. Sa discipline était légendaire : il écrivait à heures fixes, comme on remplit un horaire de bureau.
Soir
Le soir, il rejoignait les cafés du Caire et son cercle d'amis intellectuels, les « Harafish », pour discuter de littérature et de politique. Il aimait aussi marcher le long du Nil et observer les passants.
Alimentation
Sa table était celle de l'Égypte populaire : foul (fèves), taamiya (falafel), pain plat, légumes et fromages. Il accompagnait ses journées de thé sucré et de café turc bu au café.
Vêtements
Il portait le costume sobre de l'« effendi », la classe moyenne urbaine instruite, longtemps surmonté du tarbouche rouge. Plus âgé, on le reconnaissait à ses lunettes sombres à verres épais.
Habitat
Né dans une maison du vieux quartier de Gamaliyya, il vécut ensuite à Abbassiya puis dans le quartier d'Agouza, au bord du Nil. Ses logements modestes contrastaient avec sa renommée mondiale.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Passage des miracles (Zuqaq al-Midaq)
1947
La Trilogie du Caire (Impasse des deux palais, Le Palais du désir, Le Jardin du passé)
1956-1957
Les Fils de la médina (Awlad Haratina)
1959
Le Voleur et les chiens (al-Liss wa-l-kilab)
1961
Dérives sur le Nil (Tharthara fawq al-Nil)
1966
Prix Nobel de littérature
1988






