Pierre-Narcisse Guérin(1774 — 1833)

Pierre-Narcisse Guérin

France

9 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleÉpoque napoléonienne et Restauration, période de transition entre le néoclassicisme davidien et l'émergence du romantisme

Peintre français néoclassique (1774-1833), élève de Regnault et Prix de Rome 1797. Professeur influent à l'École des Beaux-Arts, il forma des élèves comme Géricault et Delacroix, marquant la transition entre néoclassicisme et romantisme.

Questions fréquentes

Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833) est un peintre français néoclassique, élève de Regnault et lauréat du Prix de Rome en 1797. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne la transition entre le néoclassicisme de David et le romantisme naissant. Professeur influent à l'École des Beaux-Arts, il forma Géricault et Delacroix, qui pourtant renversèrent son enseignement. Moins un révolutionnaire qu'un gardien des canons académiques, Guérin est essentiel pour comprendre comment le romantisme a germé au sein même du système qu'il contestait.

Faits marquants

  • 1774 : naissance à Paris
  • 1797 : remporte le Prix de Rome avec Mort de Caton
  • Directeur de l'Académie de France à Rome (Villa Médicis) de 1822 à 1828
  • Forma Géricault et Delacroix parmi ses élèves
  • 1833 : mort à Rome

Œuvres & réalisations

Le retour de Marcus Sextus (1799)

Chef-d'œuvre qui fit la célébrité de Guérin, cette toile représentant un Romain retrouvant sa femme morte après l'exil fut lue par le public comme une allégorie des émigrés de la Révolution. Elle est aujourd'hui conservée au musée du Louvre.

Phèdre et Hippolyte (1802)

Inspiré de la tragédie de Racine, ce tableau montre Phèdre avouant sa passion coupable à Hippolyte qui la repousse avec horreur, dans une composition savamment construite. L'œuvre, conservée au Louvre, confirma Guérin comme maître incontesté de la peinture d'histoire néoclassique.

Bonaparte pardonnant aux révoltés du Caire (1808)

Commande impériale représentant Napoléon magnanime accordant sa clémence aux insurgés égyptiens, cette toile témoigne de l'intégration de Guérin dans le système des grandes commandes officielles de l'Empire. Elle est conservée au château de Versailles.

Andromaque et Pyrrhus (1810)

Tiré de la tragédie de Racine, ce tableau montre la veuve d'Hector face au roi Pyrrhus dans une confrontation chargée d'émotion contenue, typique de l'esthétique néoclassique de Guérin. L'œuvre est conservée au musée du Louvre.

Morphée et Iris (1811)

Ce tableau mythologique représentant le dieu du sommeil et la déesse de l'arc-en-ciel témoigne de la maîtrise de Guérin dans le rendu des figures idéales et de la lumière diffuse propre à l'esthétique néoclassique. Il est conservé au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Énée racontant à Didon les malheurs de Troie (1815)

Inspiré de l'Énéide de Virgile, ce grand tableau montre le héros troyen captivant la reine de Carthage par le récit de la chute de sa cité, dans une atmosphère crépusculaire et mélancolique. L'œuvre, conservée au Louvre, est l'une des compositions les plus ambitieuses de Guérin.

Anecdotes

En 1799, Guérin présente au Salon 'Le retour de Marcus Sextus', tableau représentant un Romain retrouvant sa femme morte après des années d'exil sous Sylla. Le public y vit aussitôt une allégorie poignante des émigrés qui rentraient en France après la Terreur révolutionnaire. Du jour au lendemain, Guérin devint célèbre, et l'œuvre fut saluée comme l'une des plus touchantes de sa génération.

Guérin est l'un des paradoxes les plus fascinants de l'histoire de l'art français : néoclassique convaincu et admirateur fervent de David, il forma pourtant dans son atelier deux des plus grands révolutionnaires du romantisme — Théodore Géricault et Eugène Delacroix. Ces deux élèves allaient renverser tout ce que leur maître leur avait enseigné, et Guérin, qui ne comprenait pas leur nouvelle esthétique, en fut sincèrement troublé.

Lorsque Géricault préparait son immense 'Radeau de la Méduse' (1819), il montra des esquisses préparatoires à son ancien maître Guérin. Selon la tradition rapportée par plusieurs témoins de l'époque, celui-ci, choqué par la violence du sujet et le traitement expressif de la scène, lui aurait vivement conseillé d'abandonner le projet. Géricault passa outre — et le tableau devint l'acte fondateur du romantisme français.

En 1822, Guérin fut nommé directeur de l'Académie de France à Rome, installée à la somptueuse Villa Médicis sur la colline du Pincio. Malade et de santé fragile, il n'en accomplit pas moins sa mission avec sérieux pendant plus de dix ans, supervisant la formation des jeunes pensionnaires français envoyés à Rome. Il y mourut en juillet 1833, loin de Paris, dans la ville qui l'avait formé et qu'il n'avait jamais cessé d'aimer.

Sources primaires

Livret du Salon de 1799 — notice sur 'Le retour de Marcus Sextus' (1799)
Marcus Sextus, banni de Rome par Sylla, rentre dans sa patrie ; il arrive dans sa maison et trouve sa femme morte. Accablé de douleur, il ne fait que d'apercevoir sa fille qui se précipite dans ses bras.
Livret du Salon de 1802 — notice sur 'Phèdre et Hippolyte' (1802)
Phèdre, agitée par sa passion criminelle pour Hippolyte son beau-fils, vient de lui déclarer son amour. Hippolyte, saisi d'horreur et d'indignation, repousse cette déclaration coupable ; Œnone cherche à retenir sa maîtresse.
Journal d'Eugène Delacroix (extraits relatifs à sa formation) (vers 1816-1820)
Guérin nous enseignait que le dessin est l'honnêteté de l'art, que sans cette rigueur fondamentale aucune couleur, aucune expression ne peut véritablement convaincre. Je lui dois la discipline qui m'a permis de m'en affranchir.
Correspondance officielle — Nomination de Guérin à la direction de l'Académie de France à Rome (1822)
Sa Majesté ayant bien voulu agréer la démission du sieur Thévenin des fonctions de directeur de l'Académie de France à Rome, nomme en remplacement M. Guérin, membre de l'Institut, peintre d'histoire, pour exercer lesdites fonctions.

Lieux clés

Paris — École des Beaux-Arts et ateliers

C'est à Paris que Guérin naquit, se forma dans l'atelier de Regnault, connut le triomphe avec ses tableaux aux Salons, et enseigna à l'École des Beaux-Arts où il forma des générations de peintres dont Géricault et Delacroix.

Rome — Villa Médicis (Académie de France)

Guérin séjourna une première fois à Rome grâce au Prix de Rome, s'imprégnant de l'art antique et de la Renaissance italienne. Il y retourna comme directeur de l'Académie de France à la Villa Médicis de 1822 jusqu'à sa mort en 1833, veillant sur la formation des pensionnaires français.

Paris — Salon du Louvre

Le Salon officiel organisé au Louvre était le principal lieu de reconnaissance publique pour les artistes sous l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Guérin y présenta ses grandes toiles néoclassiques et y conquit sa célébrité, en 1799 et 1802 notamment.

Rome — Antiquités et musées pontificaux

Lors de son séjour comme pensionnaire puis comme directeur, Guérin étudia assidûment les sculptures et fresques antiques conservées dans les collections romaines, source essentielle d'inspiration pour son esthétique néoclassique fondée sur 'le beau idéal'.

Voir aussi