Rābiʿa al-ʿAdawiyya est une mystique et poétesse musulmane du VIIIe siècle, née à Bassora vers 717. Esclave affranchie, elle consacra sa vie à Dieu et devint l'une des figures fondatrices du soufisme. Elle introduisit la notion d'amour divin désintéressé, aimant Dieu non par crainte ou espoir de récompense, mais pour Lui-même.
Rābiʿa al-ʿAdawiyya(vers 717 — 801)
Rābiʿa al-ʿAdawiyya
Califat abbasside
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Ô mon Dieu, si je T'adore par crainte de l'Enfer, brûle-moi dans l'Enfer ; si je T'adore dans l'espoir du Paradis, exclus-moi du Paradis ; mais si je T'adore pour Toi-même, ne me refuse pas Ta Beauté éternelle.»
Faits marquants
- Née vers 717 à Bassora (actuel Irak), dans une famille pauvre ; vendue comme esclave dans l'enfance avant d'être affranchie.
- Renonce au mariage et à tout bien matériel pour se consacrer entièrement à la vie contemplative et à l'amour de Dieu.
- Introduit dans la pensée soufie le concept de maḥabba — l'amour pur et désintéressé de Dieu, sans attente de récompense ni crainte du châtiment.
- Attire de nombreux disciples et devient un guide spirituel reconnu de son vivant, fait exceptionnel pour une femme à cette époque.
- Décède vers 801 à Jérusalem ou Bassora ; son tombeau est un lieu de pèlerinage. Elle demeure une référence majeure dans toute la tradition soufie ultérieure.
Œuvres & réalisations
Sa prière la plus célèbre, transmise oralement : 'Ô Dieu, si je T'adore par crainte de l'Enfer, brûle-moi. Si je T'adore pour le Paradis, prive-m'en. Mais si je T'adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle.' Ce texte est le fondement de la théologie soufie de l'amour.
Un corpus de poèmes en arabe lui est attribué, exprimant l'aspiration à l'union divine, la nostalgie de Dieu et la brûlure de l'amour spirituel. Ces vers ont profondément influencé toute la poésie mystique ultérieure, de Rūmī à Ibn ʿArabī.
Des sentences et dialogues attribués à Rābiʿa ont été compilés par ses disciples et transmis dans les grandes anthologies soufies. Ces paroles constituent une source essentielle pour comprendre la spiritualité islamique des origines.
Ses prières intimes adressées à Dieu la nuit, rapportées par ses disciples, forment un genre littéraire à part entière dans la mystique islamique. Elles témoignent d'une relation personnelle et ardente avec le divin, sans intermédiaire.
Anecdotes
Un jour, des passants virent Rābiʿa courir dans les rues de Bassorah, portant une torche enflammée dans une main et un seau d'eau dans l'autre. Interrogée sur son geste, elle répondit qu'elle voulait incendier le Paradis et éteindre l'Enfer, afin que les hommes cessent de craindre Dieu par intérêt et apprennent à L'aimer pour Lui-même, sans espoir de récompense ni peur de châtiment.
Plusieurs hommes éminents de Bassorah demandèrent Rābiʿa en mariage, dont le gouverneur de la ville. Elle refusa toutes les demandes, expliquant qu'elle appartenait entièrement à Dieu et que le mariage n'aurait de sens que si l'époux pouvait lui promettre de vivre éternellement. Elle consacra sa vie entière à la prière et à la contemplation, renonçant aux liens du monde.
La nuit, Rābiʿa veillait jusqu'à l'aube en priant et en pleurant. On rapporte qu'elle implorait Dieu en ces termes : 'Ô mon Seigneur, si je T'adore par crainte de l'Enfer, brûle-moi en Enfer. Si je T'adore par espoir du Paradis, prive-m'en. Mais si je T'adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle.' Cette prière est considérée comme l'expression la plus pure du mysticisme islamique.
Le grand savant et mystique Hasan al-Basrī, contemporain de Rābiʿa, venait régulièrement la consulter et reconnaissait publiquement sa supériorité spirituelle. Il disait qu'une journée passée en compagnie de Rābiʿa lui avait appris davantage sur la connaissance de Dieu que des années d'étude. Ce témoignage d'un homme célèbre envers une femme mystique était exceptionnel pour l'époque.
Rābiʿa était née dans une famille très pauvre et fut vendue comme esclave dans son enfance. Son maître, réveillé une nuit par une lumière surnaturelle, la vit en prière entourée d'une clarté inexplicable. Bouleversé par cette vision, il l'affranchit dès le lendemain matin. Libérée, elle se retira dans le désert aux abords de Bassorah pour se consacrer entièrement à Dieu.
Sources primaires
Elle passait toutes ses nuits en prière et en larmes, disant : 'Ô mon Dieu, le cœur qui T'aime et la langue qui Te loue sont deux dons que Tu m'as accordés — que T'offrirais-je donc qui vienne vraiment de moi ?'
Parmi les femmes qui atteignirent le sommet de la spiritualité et de la connaissance divine, Rābiʿa al-ʿAdawiyya tint le premier rang. Elle fut célèbre pour ses prières, ses états mystiques et son amour sincère de Dieu, libre de tout intérêt personnel.
On rapporte que Rābiʿa disait : 'J'ai honte de demander à Dieu les choses de ce monde, et comment pourrais-je ne pas avoir honte de les demander à quelqu'un d'autre que Lui ?'
Rābiʿa al-ʿAdawiyya, grande mystique de Bassorah, mourut en l'an 185 de l'Hégire. Elle était connue pour ses poèmes de dévotion et ses paroles inspirées sur l'amour divin.
Lieux clés
Ville de naissance et de vie de Rābiʿa, grand carrefour commercial et intellectuel du monde islamique médiéval. C'est là qu'elle vécut, pria et enseigna, attirant disciples et savants de toute la région.
Espace de retraite spirituelle où Rābiʿa se retira après avoir été affranchie. Le désert était pour les mystiques islamiques un lieu de dépossession de soi et de rencontre avec le divin.
Certaines sources indiquent que Rābiʿa passa les dernières années de sa vie à Jérusalem, ville sainte pour les trois monothéismes. Son tombeau est localement vénéré sur le Mont des Oliviers.
Rābiʿa effectua le pèlerinage (hajj) et aurait, selon la légende, eu des visions mystiques sur la route de La Mecque. Le hajj est l'un des cinq piliers de l'Islam, symbolisant l'abandon total à Dieu.
Objets typiques

Petit tapis tissé que Rābiʿa étendait chaque soir pour ses longues veilles nocturnes. On rapporte qu'elle y passait toutes ses nuits en prostration et en larmes, implorant la présence divine.
📷 Domaine public · Wikimedia Commons ↗
Seule source de lumière dans sa demeure austère, la lampe à huile éclairait ses prières nocturnes. Elle symbolise aussi la présence divine qui, selon ses contemporains, brillait autour d'elle lors de ses oraisons.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Les premiers mystiques islamiques portaient de la laine grossière en signe d'ascèse et de renoncement au monde. C'est de ce vêtement que dérive le mot 'soufisme' (taṣawwuf), courant spirituel dont Rābiʿa est l'une des figures fondatrices.

Collier de perles utilisé pour égrener les noms de Dieu (dhikr) et compter les invocations. Rābiʿa pratiquait assidûment la répétition des attributs divins comme voie d'union avec Dieu.

Simple récipient en argile pour l'eau potable, symbole de la vie dépouillée que menait Rābiʿa. Sa pauvreté volontaire était légendaire à Bassorah — on dit qu'elle refusait les dons des riches.
📷 CC0 · Wikimedia Commons ↗
Objet de la célèbre anecdote où Rābiʿa courait avec une torche pour 'brûler le Paradis'. Cet objet est devenu le symbole de son amour pur de Dieu, libéré de tout calcul.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Tags
Lieu
Vie quotidienne
Matin
Rābiʿa commençait sa journée après avoir prié une bonne partie de la nuit. Au lever du soleil, elle accomplissait la prière de l'aube (ṣalāt al-fajr) puis restait en méditation silencieuse, récitant le Coran à voix basse. Elle refusait souvent de manger avant midi, consacrant les premières heures du jour à l'invocation divine (dhikr).
Après-midi
L'après-midi, Rābiʿa recevait les disciples, les savants et les mystiques qui venaient chercher son enseignement. Elle s'entretenait avec eux de la nature de l'amour divin et de la voie intérieure. Elle pouvait aussi se retirer seule dans le désert proche pour méditer loin du bruit de la ville.
Soir
Le soir était pour Rābiʿa le moment le plus précieux : après la prière du coucher du soleil, elle s'enfermait dans sa chambre et priait jusqu'à l'aube, pleurant et suppliant Dieu de sa présence. On rapporte qu'une lumière mystérieuse illuminait parfois sa demeure durant ces veilles nocturnes.
Alimentation
Rābiʿa mangeait très peu, par ascèse volontaire. Son régime consistait en pain d'orge, dattes et eau — la nourriture de base des plus pauvres de Bassorah. Elle refusait les mets que lui offraient ses admirateurs riches, considérant que l'attachement à la nourriture éloignait de Dieu.
Vêtements
Elle portait en toute saison un simple vêtement de laine grossière (ṣūf), symbol de dépouillement et de renoncement au monde matériel. Ce choix vestimentaire était celui des premiers ascètes musulmans et donna son nom au mouvement soufi. Elle ne portait aucun bijou ni ornement.
Habitat
Rābiʿa vivait dans une modeste demeure en briques de terre crue à Bassorah, presque entièrement vide de mobilier. On y trouvait un tapis de prière, une lampe à huile, une cruche d'eau et rien d'autre. Elle avait refusé tous les dons matériels, préférant une pauvreté totale qu'elle considérait comme une grâce divine.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style visuel sobre et contemplatif : teintes ambre et indigo, architecture en terre cuite de Bassorah, lumière de lampe à huile, évoquant l'austérité sacrée du mysticisme islamique primitif.
Ambiance sonore
Ambiance sonore de Bassorah au VIIIe siècle : appels à la prière, vent du désert, murmures nocturnes d'une mystique en oraison dans une pièce dépouillée.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Prière de l'amour pur
VIIIe siècle
Poèmes mystiques (dīwān attribué)
VIIIe siècle
Lettres et paroles transmises (aqwāl)
VIIIe-IXe siècle
Invocations nocturnes (munājāt)
VIIIe siècle




