Rachel Félix(1821 — 1858)
Rachel Félix
France
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Tragédienne de génie de la Comédie-Française, Rachel Félix (1821-1858) a ressuscité la tragédie classique française au XIXe siècle. Issue d'une famille juive modeste, elle s'impose par son talent foudroyant dans les rôles de Racine et Corneille, devenant l'actrice la plus célèbre d'Europe.
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le talent, c'est la volonté de faire.»
Faits marquants
- Née en 1821 à Mumpf (Suisse) dans une famille juive itinérante
- Débute à la Comédie-Française en 1838 et triomphe dès ses premières représentations
- Revitalise la tragédie classique française (Racine, Corneille) tombée en désuétude
- Tourne en Europe, en Russie et aux États-Unis, devenant une célébrité internationale
- Meurt de tuberculose en 1858, à seulement 36 ans, au sommet de sa gloire
Œuvres & réalisations
Rôle de ses débuts triomphaux à la Comédie-Française, à dix-sept ans. Son interprétation de la sœur déchirée entre amour fraternel et patriotisme révéla Paris à une tragédienne hors du commun et marqua la renaissance de la tragédie classique en France.
Rachel excella dans ce rôle de princesse grecque consumée par une jalousie meurtrière. Sa façon de rendre la folie amoureuse d'Hermione, avec une violence intérieure contenue puis explosive, était jugée sans égale par la critique de l'époque.
Considéré comme son chef-d'œuvre absolu, ce rôle de reine consumée par un amour incestueux lui valut des triomphes dans toute l'Europe. Gautier écrivit qu'en voyant Rachel dans Phèdre, on comprenait enfin pourquoi Racine avait écrit cette pièce.
Rôle de la reine biblique que l'on croyait injouable depuis le XVIIe siècle. Rachel en fit une création stupéfiante, prouvant que la tragédie racinienne pouvait encore bouleverser un public romantique habitué aux excès du drame moderne.
Performance unique et historique : après la révolution de Février, Rachel interpréta l'hymne national sur la scène de la Comédie-Française, drapée de tricolore. Cet acte à la fois politique et artistique la rendit populaire bien au-delà des milieux cultivés.
Rôle de femme partagée entre amour humain et foi religieuse naissante. Rachel donnait à Pauline une gravité et une douceur qui contrastaient avec ses personnages passionnés habituels, montrant l'étendue de son registre dramatique.
Anecdotes
Enfant de la rue, Rachel chantait pour quelques sous sur les trottoirs de Lyon et de Paris avec son père et ses frères et sœurs, avant d'être remarquée par le maître de chant Étienne Choron. Ce dernier, frappé par la qualité de sa voix et son expressivité naturelle, lui offrit des leçons gratuites et l'introduisit dans les milieux artistiques parisiens, changeant à jamais le destin de cette petite fille miséreuse.
Le 12 juin 1838, lors de ses débuts officiels à la Comédie-Française dans le rôle de Camille (Horace de Corneille), la jeune actrice de dix-sept ans déboula sur scène avec une intensité si naturelle, si éloignée de la déclamation artificielle habituelle, que le public parisien, d'abord stupéfait, éclata en applaudissements frénétiques. En quelques semaines, celle qui chantait dans les rues quelques années plus tôt était devenue la coqueluche de tout Paris.
En février 1848, au lendemain de la Révolution qui avait renversé Louis-Philippe, Rachel improvisa sur la scène de la Comédie-Française une interprétation de La Marseillaise, drapée d'un châle tricolore et debout comme une allégorie de la République. La salle, d'abord silencieuse, reprit le refrain en délire. Cet acte politique autant qu'artistique fit d'elle une icône populaire bien au-delà des cercles cultivés.
Lors de sa tournée aux États-Unis en 1855-1856, Rachel découvrit une Amérique peu préparée à la tragédie classique française en alexandrins. Les salles étaient souvent à moitié vides, les critiques américains la trouvaient trop cérébrale. Épuisée et déjà gravement atteinte de tuberculose, elle rentra en France avec des pertes financières considérables, mais sans jamais avoir consenti à modifier son répertoire pour plaire à un public incompréhensif.
Rachel était connue pour son caractère impétueux et son sens des affaires redoutable. Elle négociait elle-même ses cachets avec les directeurs de théâtre, refusait les rôles qui ne lui convenaient pas, et exigeait des conditions d'exception des sociétaires de la Comédie-Française. Dans un monde du spectacle dominé par les hommes, cette femme née dans la misère s'imposa comme une véritable entrepreneuse, gérant sa carrière avec une intelligence commerciale qui stupéfiait ses contemporains.
Sources primaires
Rachel n'est pas belle dans le sens ordinaire du mot, mais elle a cette beauté particulière aux actrices dramatiques, faite d'intensité d'expression, de mobilité physionomique et de cette flamme intérieure qui éclate dans les grands moments du drame. Quand elle joue Phèdre, on cesse de voir une actrice ; on voit la reine elle-même.
Elle a relevé la tragédie de sa longue léthargie. Racine, que l'on croyait mort pour notre génération, a retrouvé en elle une interprète digne de lui. La voix, le geste, le regard : tout en elle est tragique, tout est grand, rien n'est feint.
Rachel est la grande prêtresse de la tragédie française. Elle n'interprète pas les vers de Racine, elle les incarne. Devant elle, l'Antiquité reprend vie, et les Parisiennes les plus élégantes tremblent comme si elles voyaient réellement Phèdre mourir d'amour.
I have seen acting before, but never anything like this: never anything which astonished Hope and hushed Desire, which outstripped Impulse and paled Conception. It was a marvellous sight — a mighty revelation. She passed like a meteor across the stage.
Lieux clés
Village suisse de langue allemande où Rachel Félix est née le 28 février 1821, dans une famille juive de colporteurs ambulants. Rien ne prédestinait cette naissance dans la misère à l'une des plus grandes carrières théâtrales du XIXe siècle européen.
La Maison de Molière, place Colette à Paris, fut le théâtre de toute la carrière de Rachel. C'est là qu'elle fit ses débuts triomphaux en 1838, qu'elle devint sociétaire, et qu'elle transforma à jamais la manière d'interpréter la tragédie classique française.
C'est dans cette ville proche de Cannes que Rachel vint chercher le soleil méditerranéen pour soigner sa tuberculose. Elle y mourut le 3 janvier 1858, à 36 ans, entourée de sa famille, après avoir été l'actrice la plus célèbre d'Europe.
Rachel se produisit à Saint-Pétersbourg devant la cour impériale russe, qui l'accueillit avec un enthousiasme délirant. Le tsar Nicolas Ier lui offrit des présents fastueux ; cette tournée confirma son statut d'actrice universelle, au-delà des frontières et des langues.
Rachel fut inhumée au Père-Lachaise dans la division réservée à la communauté juive. Son tombeau, toujours visible aujourd'hui, reçoit les hommages des amateurs de théâtre classique qui viennent honorer celle qui sauva Racine de l'oubli.






