Rainer Maria Rilke(1875 — 1926)

Rainer Maria Rilke

Autriche, Allemagne, Autriche-Hongrie

7 min de lecture

LettresPoète(sse)Écrivain(e)XXe siècleEurope de la Belle Époque et de l'entre-deux-guerres, marquée par la crise de la modernité et le bouleversement de la Première Guerre mondiale

Poète autrichien de langue allemande, l'un des plus grands lyriques du XXe siècle. Auteur des Élégies de Duino et des Sonnets à Orphée, il explore l'angoisse existentielle, la solitude et la quête du sens.

Questions fréquentes

Rainer Maria Rilke (1875-1926) est l'un des plus grands poètes lyriques de langue allemande. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a su transformer l'angoisse existentielle de son époque – la Belle Époque puis l'entre-deux-guerres – en une œuvre d'une intensité rare. Ses deux cycles majeurs, les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée, tous deux achevés en 1922, sont considérés comme des sommets de la poésie moderne. Ce qui frappe, c'est sa capacité à mêler une quête spirituelle personnelle à une réflexion universelle sur la condition humaine, la mort et l'art.

Citations célèbres

« Soyez patient envers tout ce qui n'est pas résolu dans votre cœur et essayez d'aimer les questions elles-mêmes.»
« Une œuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité.»

Faits marquants

  • Né en 1875 à Prague (alors dans l'Empire austro-hongrois)
  • Publie Les Cahiers de Malte Laurids Brigge en 1910, roman majeur du modernisme
  • Achève les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée en 1922, publiés en 1923
  • Auteur des Lettres à un jeune poète (écrites 1903-1908, publiées 1929)
  • Mort de leucémie en 1926 à Montreux (Suisse)

Œuvres & réalisations

Le Livre d'heures (Das Stunden-Buch) (1905)

Recueil de poèmes religieux et mystiques, écrit en partie après ses voyages en Russie. Il révèle le jeune poète au grand public.

Auguste Rodin (1903)

Essai admiratif consacré au sculpteur, témoignage de l'influence décisive de Rodin sur sa conception de l'art.

Nouveaux Poèmes (Neue Gedichte) (1907-1908)

Recueil des « poèmes-choses » où Rilke décrit des objets, des animaux et des œuvres d'art avec une précision quasi sculpturale ; contient « La Panthère ».

Les Carnets de Malte Laurids Brigge (1910)

Unique roman de Rilke, journal intime d'un jeune poète danois à Paris, sur la peur, la solitude et la mort dans la grande ville moderne.

Élégies de Duino (Duineser Elegien) (1923)

Cycle de dix longues élégies, sommet de la poésie du XXe siècle, méditant sur l'ange, la mort, l'amour et la condition humaine.

Sonnets à Orphée (Die Sonette an Orpheus) (1923)

Cinquante-cinq sonnets écrits en quelques semaines, chant de louange à la vie, à la transformation et à la figure du poète Orphée.

Lettres à un jeune poète (1929)

Recueil posthume de lettres adressées à un jeune aspirant poète, devenu un guide célèbre sur la vocation, la solitude et la création.

Anecdotes

À sa naissance en 1875 à Prague, ses parents le prénomment René. C'est l'écrivaine russe Lou Andreas-Salomé, qu'il aime passionnément à partir de 1897, qui lui suggère d'adopter le prénom plus masculin et germanique de Rainer. Le poète gardera ce nom toute sa vie.

Vers 1905, Rilke devient le secrétaire du célèbre sculpteur Auguste Rodin à Paris. En observant Rodin tailler la matière sans relâche, il apprend à regarder les objets et les animaux avec une attention nouvelle. De cette leçon naissent ses « poèmes-choses », comme le fameux poème « La Panthère ».

En 1912, invité au château de Duino, sur une falaise au-dessus de l'Adriatique, Rilke se promène un jour de grand vent. Selon la légende qu'il a lui-même racontée, il entend dans la tempête une voix lui dicter le premier vers de ce qui deviendra les Élégies de Duino : « Qui donc, si je criais, m'entendrait parmi les ordres des anges ? »

En février 1922, seul dans la petite tour de Muzot en Suisse, Rilke connaît une fièvre créatrice extraordinaire. En quelques semaines, il achève ses Élégies de Duino, commencées dix ans plus tôt, et écrit d'un seul élan les cinquante-cinq Sonnets à Orphée. Il décrit cet épisode comme un « ouragan » de l'esprit.

Rilke meurt en 1926 d'une leucémie dans un sanatorium suisse. Pour son épitaphe, il avait composé lui-même un poème sur la rose, fleur qu'il aimait par-dessus tout. Une légende tenace raconte qu'il serait mort d'une piqûre de rose ; en réalité c'est la maladie qui l'emporta, mais l'histoire est restée attachée à sa mémoire.

Sources primaires

Lettres à un jeune poète, première lettre (1903)
Cherchez la raison qui vous commande d'écrire ; examinez si elle pousse ses racines au plus profond de votre cœur.
Élégies de Duino, Première élégie (vers d'ouverture) (1912-1922)
Qui donc, si je criais, m'entendrait parmi les ordres des anges ? Car le beau n'est rien d'autre que le commencement du terrible.
Lettre à Lou Andreas-Salomé annonçant l'achèvement des Élégies (11 février 1922)
Tout en quelques jours, ce fut un ouragan sans nom, une tempête dans l'esprit ; tout ce qui en moi était fibre et tissu a craqué.
Épitaphe composée par Rilke pour sa tombe (1925)
Rose, ô pure contradiction, désir de n'être le sommeil de personne sous tant de paupières.

Lieux clés

Prague

Ville natale de Rilke, alors capitale de Bohême au sein de l'Empire austro-hongrois. Il y grandit dans une famille germanophone.

Paris

Ville où Rilke s'installe en 1902 et travaille auprès du sculpteur Auguste Rodin. Le décor du roman Les Carnets de Malte Laurids Brigge.

Château de Duino

Château perché sur une falaise au-dessus de l'Adriatique, près de Trieste. Rilke y commence ses Élégies de Duino en 1912, invité par la princesse Marie von Thurn und Taxis.

Château (tour) de Muzot

Petite tour médiévale du Valais suisse, près de Sierre, où Rilke vit à partir de 1921. Il y achève les Élégies de Duino et écrit les Sonnets à Orphée en 1922.

Sanatorium de Valmont

Établissement de soins au-dessus de Montreux, en Suisse, où Rilke meurt d'une leucémie le 29 décembre 1926.

Rarogne (Raron)

Village du Valais où Rilke est enterré, près de l'église perchée sur un rocher. Sa tombe porte l'épitaphe sur la rose qu'il avait lui-même composée.

Voir aussi