Théodore Géricault(1791 — 1824)

Théodore Géricault

France

8 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe sièclePremière moitié du XIXe siècle, période romantique sous la Restauration

Peintre français (1791-1824), figure majeure du romantisme. Son œuvre maîtresse, Le Radeau de la Méduse (1819), marque une rupture avec la peinture académique par sa violence expressive et son engagement politique.

Questions fréquentes

Théodore Géricault (1791-1824) est un peintre français considéré comme le pionnier du romantisme en peinture. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a rompu avec le néoclassicisme lisse de David pour imposer des compositions dramatiques, expressives et politiquement engagées. Son chef-d'œuvre, Le Radeau de la Méduse (1819), est un manifeste : il dénonce le favoritisme de la Restauration en peignant les survivants d'un naufrage causé par un capitaine incompétent. Pour comprendre cela, il faut se rappeler qu'à l'époque, la peinture officielle évitait les sujets d'actualité : Géricault a transformé un tableau en acte politique, ouvrant la voie à Delacroix et à tout l'art moderne.

Faits marquants

  • 1791 : naissance à Rouen
  • 1819 : présentation du Radeau de la Méduse au Salon de Paris
  • 1816 : le naufrage de la frégate Méduse inspire son chef-d'œuvre
  • 1821-1822 : séjour en Angleterre, portraits d'aliénés
  • 1824 : mort à Paris à 32 ans des suites d'une chute de cheval

Œuvres & réalisations

L'Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale chargeant (1812)

Premier grand tableau exposé au Salon, il révèle le génie de Géricault pour les scènes équestres et l'énergie dramatique. Cette œuvre lui valut une médaille d'or et une reconnaissance immédiate dans le monde artistique parisien.

Le Cuirassier blessé quittant le feu (1814)

Pendant mélancolique de l'Officier de chasseurs, ce tableau peint lors de la chute de Napoléon évoque la défaite et le désenchantement. Il préfigure la sensibilité romantique par sa tonalité sombre et sa dimension tragique.

Le Radeau de la Méduse (1819)

Chef-d'œuvre absolu de Géricault et du romantisme français, cette toile monumentale (7 × 5 m) représente les survivants du naufrage de la frégate la Méduse sur leur radeau. Par son réalisme brutal et son engagement politique, elle marque une rupture définitive avec la peinture académique.

Le Derby d'Epsom (1821)

Peint en Angleterre, ce tableau représente une course de chevaux avec un souffle et une modernité saisissants. L'utilisation du galop volant (quatre jambes étendues simultanément) révolutionne la représentation picturale du mouvement équestre.

Portraits d'aliénés (série) (1822-1823)

Série de portraits de malades mentaux réalisée pour le psychiatre Georget à la Salpêtrière. Ces œuvres, d'une humanité et d'une dignité exceptionnelles, sont parmi les premières représentations non caricaturales de la folie dans l'histoire de l'art occidental.

Divers sujets de la vie et des morts (série de lithographies) (1820-1821)

Série de lithographies réalisées à Londres représentant la misère des classes populaires anglaises. Ces œuvres témoignent de l'engagement social de Géricault et de son intérêt pour les techniques de reproduction artistique.

Anecdotes

Pour préparer Le Radeau de la Méduse, Géricault poussa le réalisme jusqu'à ses limites : il rapporta dans son atelier des membres amputés et des têtes de suppliciés provenant des morgues et hôpitaux parisiens pour étudier la décomposition des chairs. Ses amis et modèles étaient souvent horrifiés par l'odeur qui régnait dans le studio.

Géricault était passionné de chevaux au point d'en faire un thème central de son œuvre. Cette passion lui fut fatale : il fit plusieurs chutes de cheval graves entre 1822 et 1823, dont les séquelles contribuèrent directement à sa mort à seulement 32 ans, en janvier 1824.

Lors de son séjour en Angleterre (1820-1821), Géricault fut l'un des premiers artistes français à s'enthousiasmer pour la lithographie, une technique d'impression récemment inventée. Il publia une série de lithographies sur la misère des pauvres à Londres, témoignant d'un engagement social rare chez les peintres de son époque.

Entre 1822 et 1823, Géricault réalisa une série de portraits de malades mentaux internés à la Salpêtrière, à la demande du psychiatre Étienne Georget. Ces œuvres, appelées les « portraits d'aliénés », sont aujourd'hui considérées comme parmi les premières représentations dignes et humanistes de la maladie mentale dans l'histoire de l'art.

Le naufrage de la frégate la Méduse en juillet 1816 avait provoqué un scandale d'État : le capitaine, un aristocrate incompétent nommé par favoritisme sous la Restauration, avait abandonné 150 marins sur un radeau. En peignant cette scène en 1819, Géricault prit délibérément parti contre le gouvernement, transformant un tableau en acte politique.

Sources primaires

Naufrage de la frégate la Méduse, faisant partie de l'expédition du Sénégal (Savigny et Corréard) (1817)
Nous étions entassés les uns sur les autres, et nous nous disputions la place avec fureur ; ceux qui étaient au-dessous étaient écrasés par le poids de leurs camarades.
Lettre de Géricault à son ami Dedreux-Dorcy (1818)
Je travaille avec une ardeur que rien ne peut ralentir ; je veux que ce tableau soit quelque chose de grand, de terrible, quelque chose qui frappe et qui saisisse.
Témoignage d'Alexandre Colin sur les méthodes de travail de Géricault (circa 1820)
Il avait dans son atelier des débris humains provenant des amphithéâtres et des hôpitaux, qu'il étudiait avec le plus grand soin pour rendre avec exactitude les teintes livides de la chair morte.
Compte rendu du Salon de 1819 par Adolphe Thiers dans Le Constitutionnel (1819)
M. Géricault a exposé un tableau d'un effet saisissant et d'une vérité de couleur et d'expression qui frappe vivement. On y voit un groupe d'hommes sur un radeau, dans les angoisses du désespoir.

Lieux clés

Rouen, Normandie

Ville natale de Géricault, né le 26 septembre 1791 dans une famille bourgeoise aisée. Son enfance normande lui donna le goût des paysages et des scènes de vie populaire.

Paris – Atelier rue des Martyrs

Principal lieu de création de Géricault à Paris, où il prépara Le Radeau de la Méduse entre 1818 et 1819. C'est là qu'il reçut ses modèles, conserva ses études anatomiques et réalisa ses grandes toiles.

Rome, Italie

Géricault séjourna à Rome en 1816-1817 et y étudia Michel-Ange et l'Antiquité. Il y réalisa de nombreuses études de la vie populaire italienne, dont la fameuse Corsa dei Barberi (course de chevaux libres).

Londres, Angleterre

Géricault séjourna à Londres de 1820 à 1821, où il exposa Le Radeau de la Méduse. Il y découvrit Constable et Turner, s'enthousiasma pour la lithographie et observa la condition des classes populaires anglaises.

Musée du Louvre, Paris

Le Radeau de la Méduse, acquis par l'État français peu après la mort de Géricault, est conservé au Louvre depuis 1824. Il y est exposé comme chef-d'œuvre majeur du romantisme français.

Voir aussi