Théroigne de Méricourt

Théroigne de Méricourt

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PolitiqueSociétéTemps modernesRévolution française et Lumières (fin XVIIIe – début XIXe siècle)

Militante révolutionnaire belge (1762-1817), Théroigne de Méricourt prit part activement à la Révolution française, notamment lors de la marche des femmes sur Versailles (1789). Ardente défenseure des droits politiques des femmes, elle fut l'une des premières féministes révolutionnaires avant d'être internée à la Salpêtrière jusqu'à sa mort.

Questions fréquentes

Théroigne de Méricourt, de son vrai nom Anne-Josèphe Terwagne (1762-1817), est une figure fascinante de la Révolution française. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut l'une des premières femmes à revendiquer l'égalité politique complète, y compris le droit de porter les armes et de voter, bien avant les mouvements féministes du XIXe siècle. Originaire des Ardennes belges, elle s'installe à Paris en 1788 et s'engage activement dans les journées révolutionnaires, notamment la marche des femmes sur Versailles en octobre 1789 et la prise des Tuileries en août 1792. Sa tenue d'« amazone » – habit rouge, sabre et chapeau à plumes – en fait une icône visuelle de la Révolution, mais aussi une cible pour ses positions jugées trop radicales.

Faits marquants

  • 1762 : naissance à Marcourt dans les Pays-Bas autrichiens (actuelle Belgique)
  • Octobre 1789 : participation à la marche des femmes sur Versailles
  • 1791 : arrêtée par les Autrichiens, emprisonnée au château de Kufstein
  • Mai 1793 : fouettée publiquement par des femmes jacobines, marquant sa rupture avec la Révolution
  • 1794-1817 : internée à l'hospice de la Salpêtrière jusqu'à sa mort

Œuvres & réalisations

Fondation du Club des Amies de la Loi (1790)

Théroigne crée à Paris l'un des premiers clubs politiques exclusivement féminins, destiné à former les femmes à la citoyenneté et à débattre des affaires publiques. Cette initiative pionnière anticipe les luttes féministes du siècle suivant.

Discours à la Société fraternelle des minimes (25 mars 1792)

Dans ce discours resté célèbre, Théroigne appelle les femmes à s'armer et à former des bataillons pour défendre la République. Elle y formule l'une des premières revendications explicites d'égalité politique totale entre les sexes.

Pétition pour le droit des femmes à porter les armes (1792)

Théroigne rédige et fait circuler une pétition réclamant que les femmes puissent intégrer la Garde nationale au même titre que les hommes. Ce texte illustre sa conviction que la citoyenneté ne peut être incomplète.

Participation à la marche des femmes sur Versailles (5-6 octobre 1789)

Action collective emblématique à laquelle Théroigne prit une part active en mobilisant et en agitant les foules. Cet événement força Louis XVI à rejoindre Paris et resta le symbole de l'entrée des femmes dans la politique révolutionnaire.

Participation à la prise des Tuileries (10 août 1792)

Théroigne combattit lors de la journée insurrectionnelle qui renversa la monarchie, portant les armes aux côtés des sans-culottes. Sa présence armée ce jour-là fit d'elle une icône controversée de la Révolution.

Anecdotes

Théroigne de Méricourt n'était pas son vrai nom : elle s'appelait en réalité Anne-Josèphe Terwagne, née dans un petit village des Ardennes belges. Elle adopta le nom « Théroigne de Méricourt » pour sonner plus français et s'imposer dans les cercles révolutionnaires parisiens, où les origines étrangères pouvaient être suspectes.

Le 5 octobre 1789, Théroigne participa à la célèbre marche des femmes sur Versailles. Des milliers de Parisiennes, exaspérées par la cherté du pain, marchèrent jusqu'au château royal pour contraindre Louis XVI à rentrer à Paris. Théroigne y joua un rôle d'agitation et de mobilisation, devenant l'un des visages féminins de la Révolution.

Théroigne arborait un costume spectaculaire qui la rendait immédiatement reconnaissable : un habit rouge de style amazonien, un chapeau à plumes et un sabre à la ceinture. Cette tenue symbolisait sa revendication d'une égalité totale entre hommes et femmes, y compris le droit de porter les armes pour défendre la République.

En mai 1793, Théroigne fut publiquement fouettée par un groupe de femmes jacobines sur la terrasse des Feuillants, près de l'Assemblée nationale. Accusée de sympathies girondines, elle fut humiliée devant la foule. Ce traumatisme brutal, combiné à des années d'engagement épuisant, précipita sa descente dans la folie.

Arrêtée en 1791 par les autorités autrichiennes lors d'un voyage dans ses terres natales, Théroigne fut transférée à Vienne et interrogée personnellement sur ordre de l'empereur Léopold II, qui voulait comprendre le fonctionnement des réseaux révolutionnaires français. Elle refusa de livrer ses camarades et fut finalement relâchée grâce aux protestations de l'Assemblée nationale.

Sources primaires

Discours de Théroigne de Méricourt à la Société fraternelle des minimes (25 mars 1792)
Il faut que les femmes sortent enfin de la léthargie honteuse dans laquelle l'ignorance et l'orgueil des hommes les ont trop longtemps plongées. Il faut que nous unissions nos forces pour réclamer les droits que la nature nous a accordés et que la tyrannie nous a ravis.
Rapport d'interrogatoire de Théroigne de Méricourt par les autorités autrichiennes (Février 1792)
Elle a déclaré avoir fréquenté les tribunes de l'Assemblée nationale, s'être lié avec plusieurs députés patriotes, et avoir pris part à diverses journées révolutionnaires qu'elle décrit avec une exaltation manifeste. Elle nie toute participation à des complots contre les souverains étrangers.
Révolutions de France et de Brabant, numéro 3, par Camille Desmoulins (Décembre 1789)
On remarquait parmi les plus ardentes une belle liégeoise, connue sous le nom de Théroigne, dont le courage et la beauté excitaient l'admiration générale. Elle était vêtue en amazone et ne quittait point son sabre.
Observations d'Esquirol sur l'état mental de Théroigne de Méricourt à la Salpêtrière (1807)
La patiente, anciennement connue sous le nom de citoyenne Théroigne, présente un état mélancolique fixe depuis plusieurs années. Elle répète inlassablement des fragments de discours révolutionnaires et semble revivre les journées de 1793 avec une terreur non dissimulée.

Lieux clés

Marcourt, Ardennes belges

Village natal de Théroigne, alors dans les Pays-Bas autrichiens. Fille de paysans, elle y passa une enfance difficile avant de quitter sa région pour tenter sa chance à Paris.

Château de Versailles

Théroigne participa à la marche des femmes du 5 octobre 1789 qui força Louis XVI à quitter Versailles pour s'installer à Paris. Cet événement majeur de la Révolution fut l'une de ses premières grandes actions militantes.

Palais des Tuileries, Paris

Théroigne participa à la prise des Tuileries le 10 août 1792, journée insurrectionnelle qui renversa la monarchie et proclama la République. Elle y apparut en tenue d'amazone, sabre au côté.

Hôpital de la Salpêtrière, Paris

Théroigne y fut internée en 1794 après sa crise de folie et y mourut en 1817, après vingt-trois années de réclusion. Le psychiatre Esquirol l'y étudia, faisant d'elle une figure involontaire de l'histoire de la psychiatrie.

Vienne, Autriche

Arrêtée en 1791 lors d'un séjour dans sa région natale, Théroigne fut conduite à Vienne et interrogée par les services de l'Empereur sur les réseaux révolutionnaires français. Elle y fut détenue plusieurs mois avant sa libération.

Voir aussi