Trotula de Salerne(1110 — 1197)

Trotula de Salerne

7 min de lecture

SciencesMoyen ÂgeMoyen Âge central, époque de l'essor des premières universités et de la transmission du savoir médical arabe en Occident

Femme médecin du XIe siècle associée à l'école de médecine de Salerne, première université médicale d'Europe. Elle est liée à des traités fondamentaux sur la gynécologie et l'obstétrique, bien que sa biographie exacte reste débattue.

Questions fréquentes

Pour comprendre ce qui rend Trotula de Salerne si singulière, il faut imaginer une époque où les femmes étaient quasiment exclues du savoir savant. Ce qui frappe ici, c'est qu'elle a non seulement pratiqué la médecine, mais aussi enseigné à la Schola Medica Salernitana, la première université médicale d'Europe, au XIIe siècle. Dans un monde dominé par les clercs masculins, elle portait le titre de Magistra – une reconnaissance officielle de son autorité intellectuelle. Moins qu'une simple praticienne, elle incarne une exception qui a forcé l'admiration jusqu'en Angleterre et en France, comme en témoignent les copies de ses manuscrits dans les monastères européens.

Faits marquants

  • Associée à l'école de médecine de Salerne (XIe-XIIe siècle), considérée comme la première institution médicale organisée d'Europe
  • Son nom est lié au corpus 'Trotula', ensemble de traités sur la médecine des femmes largement diffusé au Moyen Âge
  • Le 'De passionibus mulierum' (traité sur les maladies des femmes) lui est traditionnellement attribué
  • Sa réalité historique est débattue : certains historiens voient en elle une figure symbolique plutôt qu'une personne unique
  • Le corpus Trotula a influencé la médecine européenne jusqu'à la Renaissance

Œuvres & réalisations

De Passionibus Mulierum Curandarum (Trotula Major) (vers 1140-1160)

Traité fondamental sur les maladies des femmes, la menstruation, la grossesse et l'accouchement. Considéré comme le premier texte médical européen centré sur la santé féminine, il fut utilisé dans les facultés de médecine jusqu'au XVIIe siècle.

De Curis Mulierum (vers 1140-1160)

Recueil de remèdes pratiques pour les affections gynécologiques et obstétricales, attribué à la praticienne Trota de Salerne. Ce texte témoigne d'une approche empirique et clinique inédite de la médecine féminine.

De Ornamentis Mulierum (Trotula Minor) (vers 1150-1170)

Traité consacré aux soins cosmétiques et à l'hygiène féminine, mêlant prescriptions médicales et recettes de beauté. Il illustre la vision holistique de la santé des femmes défendue par l'école salernitaine.

Corpus Trotula (ensemble des trois traités) (XIIe-XIIIe siècles (diffusion))

Compilation des trois textes salernitains sur la santé féminine, diffusée sous le nom de Trotula à travers toute l'Europe. Il constitue la source médicale gynécologique la plus influente du Moyen Âge occidental.

Anecdotes

Trotula de Salerne est l'une des rarissimes femmes à avoir pratiqué et enseigné la médecine à l'école de Salerne, considérée comme la première institution médicale universitaire d'Europe. Dans un monde où les femmes étaient quasiment exclues du savoir savant, sa présence parmi les « Magistri » de Salerne fut si remarquable qu'elle fut citée jusqu'en Angleterre et en France.

Les traités médicaux attribués à Trotula furent recopiés et diffusés dans toute l'Europe médiévale pendant plus de quatre siècles. On en retrouva des copies dans des monastères anglais, des bibliothèques royales françaises et des universités italiennes, témoignant d'une autorité médicale reconnue bien au-delà de l'Italie du Sud.

Trotula fut l'une des premières médecins à prendre en compte la pudeur des patientes : elle affirma que de nombreuses femmes souffraient en silence plutôt que de confier leurs maux intimes à un médecin homme. C'est pour y remédier qu'elle rédigea ses traités, afin que les femmes puissent être soignées par des praticiens formés à ces questions spécifiques.

La question de l'identité de Trotula a passionné les historiens modernes. Certains ont longtemps cru que « Trotula » désignait un livre plutôt qu'une personne. Des recherches récentes, notamment celles de l'historienne Monica H. Green, ont cependant montré qu'une femme nommée Trota a bien existé à Salerne au XIIe siècle et qu'elle est à l'origine d'au moins une partie des textes qui lui sont attribués.

Selon une tradition salernitaine, Trotula aurait mis au point des remèdes à base de plantes locales — sauge, rue et camomille — pour soulager les douleurs de l'accouchement. Ces préparations, transmises de génération en génération, illustrent comment le savoir médical de Salerne s'enracinait dans une tradition herbale méditerranéenne millénaire.

Sources primaires

De Passionibus Mulierum Curandarum (Trotula Major) (XIIe siècle)
« Les femmes, en raison de la fragilité de leur nature, sont plus facilement blessées que les hommes […]. C'est pourquoi il convient que les femmes souffrant de maladies féminines soient soignées par des femmes instruites. »
De Curis Mulierum (corpus Trotula) (XIIe siècle)
« Pour faciliter l'accouchement, qu'on applique sur le ventre de la femme des compresses chaudes d'huile de laurier ; et que la sage-femme oigne ses mains avec cette même huile avant d'intervenir. »
De Ornamentis Mulierum (Trotula Minor) (XIIe siècle)
« Pour blanchir les dents et rafraîchir l'haleine, on broiera du sel fin avec de la menthe séchée et on frottera les dents avec ce mélange chaque matin. »
Practica Brevis de Johannes Platearius (mention de Trota) (vers 1150)
« Comme nous l'a enseigné Dame Trota de Salerne, pour les douleurs de la matrice, on utilisera avec profit une décoction de camomille et de mauve. »

Lieux clés

Salerne, Italie

Cité portuaire du sud de l'Italie, siège de la célèbre Schola Medica Salernitana, première université médicale d'Europe. C'est là que Trotula vécut, pratiqua et enseigna la médecine au XIIe siècle.

Abbaye du Mont-Cassin, Italie

Grand centre monastique proche de Salerne où des moines comme Constantin l'Africain traduisirent les textes médicaux arabes en latin, alimentant directement l'enseignement salernitain dont bénéficia Trotula.

Paestum (ancienne Poseidonia), Italie

Cité antique proche de Salerne dont les terres fertiles fournissaient les plantes médicinales utilisées par les médecins salernitains dans leurs préparations thérapeutiques.

Palerme, Sicile

Capitale du royaume normand de Sicile, carrefour entre cultures arabe, grecque et latine, dont le rayonnement intellectuel favorisait à Salerne la circulation des savoirs médicaux orientaux.

Voir aussi