Veles
Vélès
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Vélès est l'une des grandes divinités du panthéon slave, maître du monde souterrain, protecteur du bétail et dieu de la magie. Il s'oppose éternellement à Perun, le dieu du tonnerre, dans un combat cosmique symbolisant la dualité entre les ténèbres et la lumière. Son culte, répandu chez les peuples slaves, a perduré sous forme syncrétique après la christianisation des IXe-XIIe siècles.
Questions fréquentes
Faits marquants
- Mentionné dans la Chronique de Nestor (XIIe siècle) comme dieu du bétail vénéré à Kiev
- Adversaire cosmique de Perun : leur conflit éternel (serpent/terre vs tonnerre/ciel) structure la cosmologie slave
- Associé aux richesses souterraines, aux âmes des morts et à la divination
- Son culte a fusionné avec celui de saint Blaise (Blasius) dans le christianisme orthodoxe slave
- Figure centrale de la reconstruction de la mythologie proto-slave par les slavistes des XIXe-XXe siècles
Œuvres & réalisations
Vélès dérobe le bétail ou l'épouse de Perun, qui le poursuit de sa foudre. Vélès se transforme en animal pour fuir, est vaincu, mais renaît pour recommencer. Ce cycle cosmique explique dans la mythologie slave les orages, le renouvellement des saisons et la tension entre ordre et chaos.
Vélès règne sur Nav, le monde souterrain slave, et guide les âmes des défunts depuis le monde des vivants jusqu'à leur demeure éternelle. Dans les rites funéraires slaves, il était invoqué pour assurer le passage des morts et protéger les ancêtres.
Le Dit de la campagne d'Igor désigne le barde Boïan comme 'petit-fils de Vélès', consacrant Vélès ancêtre mythique de tous les poètes et conteurs slaves. En tant que dieu de la sagesse cachée et de la magie, il inspirait les chanteurs qui transmettaient la mémoire collective.
Chaque année, les paysans slaves sacrifiaient des animaux et offraient des prémices à Vélès pour protéger leurs troupeaux des maladies et des prédateurs. Ces rites se sont maintenus jusqu'au Moyen Âge sous la forme déguisée du culte de saint Blaise.
Les volkhvy (prêtres-chamanes slaves) invoquaient Vélès pour leurs pratiques magiques : divination par les runes et les sorts, guérison des malades, protection contre les mauvais esprits. Il était la source du pouvoir surnaturel des hommes-médecine dans les sociétés slaves préchrétientes.
Anecdotes
Dans les traités diplomatiques de 907 et 945 entre la Russie kiévienne et l'Empire byzantin, les guerriers slaves prêtaient serment en invoquant deux dieux : Perun, maître du tonnerre, et Vélès, gardien du bétail et du monde souterrain. Cette double invocation officielle, consignée dans la Chronique des temps passés, montre que Vélès était reconnu comme une divinité tutélaire de première importance, garant de la parole donnée et de la prospérité des échanges.
Lorsque le prince Vladimir Ier de Kiev établit en 980 un panthéon officiel sur la colline sacrée de la ville, il y dressa les statues de six dieux — mais Vélès en fut délibérément exclu. Son idole était placée en contrebas, dans le quartier des marchands, près de la rivière. Certains chercheurs y voient le reflet d'un principe mythique : Vélès, dieu des profondeurs et du monde souterrain, ne pouvait résider sur les hauteurs, domaine exclusif de son adversaire Perun.
Dans le célèbre poème épique du XIIe siècle Le Dit de la campagne d'Igor, le barde Boïan est appelé « petit-fils de Vélès ». Cette formule révèle que Vélès était aussi le patron des poètes, des conteurs et des musiciens — un dieu de la sagesse cachée et des arts autant que du monde souterrain. Elle témoigne de la richesse et de la complexité de ce dieu bien au-delà de son seul rôle de protecteur du bétail.
Après la christianisation de la Russie kiévienne en 988, le clergé chercha à effacer le culte de Vélès. Mais les paysans slaves continuèrent discrètement à honorer leur protecteur du bétail en lui substituant saint Blaise (Sveti Vlassiy), dont la fête le 11 février était associée à la protection des troupeaux. Ce phénomène de syncrétisme illustre comment les croyances préchrétientes ont survécu pendant des siècles sous un vernis chrétien.
Lors de la destruction des idoles ordonnée par Vladimir Ier, l'évêque Joachim de Novgorod aurait fait jeter la statue de Vélès dans la rivière Volkhov — acte symbolique fort qui inversait l'ordre des choses : en envoyant le dieu des eaux et des profondeurs dans le fleuve, on espérait le neutraliser définitivement. La rivière Volkhov était elle-même considérée comme un lieu de passage entre le monde des vivants et celui des morts.
Sources primaires
Les Russes prêtèrent serment par leurs armes et par Perun, leur dieu, et par Vélès, dieu du bétail, et confirmèrent ainsi la paix.
Et si quelqu'un des Russes viole cet accord, que lui-même et ceux de son entourage soient maudits par le dieu en qui ils croient, par Perun et par Vélès, dieu du bétail.
Boïan, le sage enchanteur, petit-fils de Vélès, quand il voulait composer un chant en l'honneur de quelqu'un, se répandait en pensées à travers l'arbre, comme un loup gris sur la terre, comme un aigle sous les nuages.
L'évêque Joachim fit abattre les idoles des dieux des Slaves, briser certaines et jeter les autres dans la rivière ; beaucoup de gens en furent affligés et pleurèrent.
Lieux clés
C'est dans le quartier marchand de Kiev, en contrebas de la colline du Panthéon officiel, que s'élevait l'idole principale de Vélès. En 988, lors de la christianisation forcée, la statue fut détruite sur ordre de Vladimir Ier, marquant la fin officielle de son culte dans la capitale.
Novgorod était l'un des grands centres du culte de Vélès dans la Russie médiévale. En 989-990, l'évêque Joachim y fit jeter la statue du dieu dans la rivière Volkhov, acte symbolique fort censé noyer définitivement l'ancienne religion.
Nav est le royaume des morts dans la cosmologie slave, domaine absolu de Vélès. Situé aux racines de l'Arbre du monde (Drevo mira), il s'oppose à Prav (monde divin) et à Yav (monde des vivants). C'est un espace mythique sans localisation géographique réelle.
Dans la cosmologie slave, Vélès réside aux racines de l'Arbre cosmique, tandis que Perun trône à son sommet. Cette opposition verticale symbolise le conflit éternel entre les deux divinités, entre ciel et souterrain, lumière et ombre, ordre et magie.
Rostov était l'un des derniers bastions du culte de Vélès en Russie médiévale. Des chroniques mentionnent que les habitants résistèrent longtemps à la christianisation et continuèrent à vénérer les anciens dieux slaves, dont Vélès, bien après 988.





