Vélès est l'une des grandes divinités du panthéon slave, maître du monde souterrain, protecteur du bétail et dieu de la magie. Il s'oppose éternellement à Perun, le dieu du tonnerre, dans un combat cosmique symbolisant la dualité entre les ténèbres et la lumière. Son culte, répandu chez les peuples slaves, a perduré sous forme syncrétique après la christianisation des IXe-XIIe siècles.
Veles
Vélès
10 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Mentionné dans la Chronique de Nestor (XIIe siècle) comme dieu du bétail vénéré à Kiev
- Adversaire cosmique de Perun : leur conflit éternel (serpent/terre vs tonnerre/ciel) structure la cosmologie slave
- Associé aux richesses souterraines, aux âmes des morts et à la divination
- Son culte a fusionné avec celui de saint Blaise (Blasius) dans le christianisme orthodoxe slave
- Figure centrale de la reconstruction de la mythologie proto-slave par les slavistes des XIXe-XXe siècles
Œuvres & réalisations
Vélès dérobe le bétail ou l'épouse de Perun, qui le poursuit de sa foudre. Vélès se transforme en animal pour fuir, est vaincu, mais renaît pour recommencer. Ce cycle cosmique explique dans la mythologie slave les orages, le renouvellement des saisons et la tension entre ordre et chaos.
Vélès règne sur Nav, le monde souterrain slave, et guide les âmes des défunts depuis le monde des vivants jusqu'à leur demeure éternelle. Dans les rites funéraires slaves, il était invoqué pour assurer le passage des morts et protéger les ancêtres.
Le Dit de la campagne d'Igor désigne le barde Boïan comme 'petit-fils de Vélès', consacrant Vélès ancêtre mythique de tous les poètes et conteurs slaves. En tant que dieu de la sagesse cachée et de la magie, il inspirait les chanteurs qui transmettaient la mémoire collective.
Chaque année, les paysans slaves sacrifiaient des animaux et offraient des prémices à Vélès pour protéger leurs troupeaux des maladies et des prédateurs. Ces rites se sont maintenus jusqu'au Moyen Âge sous la forme déguisée du culte de saint Blaise.
Les volkhvy (prêtres-chamanes slaves) invoquaient Vélès pour leurs pratiques magiques : divination par les runes et les sorts, guérison des malades, protection contre les mauvais esprits. Il était la source du pouvoir surnaturel des hommes-médecine dans les sociétés slaves préchrétientes.
Anecdotes
Dans les traités diplomatiques de 907 et 945 entre la Russie kiévienne et l'Empire byzantin, les guerriers slaves prêtaient serment en invoquant deux dieux : Perun, maître du tonnerre, et Vélès, gardien du bétail et du monde souterrain. Cette double invocation officielle, consignée dans la Chronique des temps passés, montre que Vélès était reconnu comme une divinité tutélaire de première importance, garant de la parole donnée et de la prospérité des échanges.
Lorsque le prince Vladimir Ier de Kiev établit en 980 un panthéon officiel sur la colline sacrée de la ville, il y dressa les statues de six dieux — mais Vélès en fut délibérément exclu. Son idole était placée en contrebas, dans le quartier des marchands, près de la rivière. Certains chercheurs y voient le reflet d'un principe mythique : Vélès, dieu des profondeurs et du monde souterrain, ne pouvait résider sur les hauteurs, domaine exclusif de son adversaire Perun.
Dans le célèbre poème épique du XIIe siècle Le Dit de la campagne d'Igor, le barde Boïan est appelé « petit-fils de Vélès ». Cette formule révèle que Vélès était aussi le patron des poètes, des conteurs et des musiciens — un dieu de la sagesse cachée et des arts autant que du monde souterrain. Elle témoigne de la richesse et de la complexité de ce dieu bien au-delà de son seul rôle de protecteur du bétail.
Après la christianisation de la Russie kiévienne en 988, le clergé chercha à effacer le culte de Vélès. Mais les paysans slaves continuèrent discrètement à honorer leur protecteur du bétail en lui substituant saint Blaise (Sveti Vlassiy), dont la fête le 11 février était associée à la protection des troupeaux. Ce phénomène de syncrétisme illustre comment les croyances préchrétientes ont survécu pendant des siècles sous un vernis chrétien.
Lors de la destruction des idoles ordonnée par Vladimir Ier, l'évêque Joachim de Novgorod aurait fait jeter la statue de Vélès dans la rivière Volkhov — acte symbolique fort qui inversait l'ordre des choses : en envoyant le dieu des eaux et des profondeurs dans le fleuve, on espérait le neutraliser définitivement. La rivière Volkhov était elle-même considérée comme un lieu de passage entre le monde des vivants et celui des morts.
Sources primaires
Les Russes prêtèrent serment par leurs armes et par Perun, leur dieu, et par Vélès, dieu du bétail, et confirmèrent ainsi la paix.
Et si quelqu'un des Russes viole cet accord, que lui-même et ceux de son entourage soient maudits par le dieu en qui ils croient, par Perun et par Vélès, dieu du bétail.
Boïan, le sage enchanteur, petit-fils de Vélès, quand il voulait composer un chant en l'honneur de quelqu'un, se répandait en pensées à travers l'arbre, comme un loup gris sur la terre, comme un aigle sous les nuages.
L'évêque Joachim fit abattre les idoles des dieux des Slaves, briser certaines et jeter les autres dans la rivière ; beaucoup de gens en furent affligés et pleurèrent.
Lieux clés
C'est dans le quartier marchand de Kiev, en contrebas de la colline du Panthéon officiel, que s'élevait l'idole principale de Vélès. En 988, lors de la christianisation forcée, la statue fut détruite sur ordre de Vladimir Ier, marquant la fin officielle de son culte dans la capitale.
Novgorod était l'un des grands centres du culte de Vélès dans la Russie médiévale. En 989-990, l'évêque Joachim y fit jeter la statue du dieu dans la rivière Volkhov, acte symbolique fort censé noyer définitivement l'ancienne religion.
Nav est le royaume des morts dans la cosmologie slave, domaine absolu de Vélès. Situé aux racines de l'Arbre du monde (Drevo mira), il s'oppose à Prav (monde divin) et à Yav (monde des vivants). C'est un espace mythique sans localisation géographique réelle.
Dans la cosmologie slave, Vélès réside aux racines de l'Arbre cosmique, tandis que Perun trône à son sommet. Cette opposition verticale symbolise le conflit éternel entre les deux divinités, entre ciel et souterrain, lumière et ombre, ordre et magie.
Rostov était l'un des derniers bastions du culte de Vélès en Russie médiévale. Des chroniques mentionnent que les habitants résistèrent longtemps à la christianisation et continuèrent à vénérer les anciens dieux slaves, dont Vélès, bien après 988.
Objets typiques

Vélès est fréquemment représenté sous forme de grand serpent ou de dragon lovant ses anneaux aux racines de l'Arbre du monde. Ce symbole reptilien incarne son lien avec les profondeurs chthoniennes, le monde souterrain et les eaux primordiales.

Le gusli, instrument à cordes pincées caractéristique de la musique slave médiévale, est l'attribut de Vélès en tant que patron des bardes et des poètes. Dans les récits mythiques, ses mélodies enchantent les âmes des morts et ouvrent les portes de Nav.

En tant que dieu de la richesse souterraine — or, argent et trésors cachés dans la terre —, Vélès est associé à la corne d'abondance débordant de richesses. Les marchands slaves l'invoquaient pour la prospérité de leurs échanges et la fécondité de leurs troupeaux.

L'ours est l'un des animaux sacrés de Vélès dans le folklore slave. Les peaux d'ours étaient déposées dans ses sanctuaires comme offrandes, et les guerriers revêtaient des fourrures de bêtes sauvages lors de rituels invoquant sa puissance.

Les volkhvy (prêtres-chamanes slaves) qui officiaient au nom de Vélès portaient un bâton de bois taillé dans un arbre frappé par la foudre, symbole de son pouvoir magique et de sa maîtrise sur les forces invisibles.

Vélès est le gardien des portes de Nav et le passeur des âmes des défunts. Les clés sont son attribut de geôlier bienveillant du royaume des morts, rappelant son rôle de psychopompe — celui qui guide les âmes vers l'au-delà.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Tags
Vie quotidienne
Matin
Dans la cosmologie slave, Vélès commence sa journée dans les profondeurs de Nav, surveillant les âmes des morts qui lui sont confiées. Au lever du soleil, moment de transition entre la nuit et le jour, ses prêtres (volkhvy) accomplissaient des rites d'invocation autour de ses idoles pour s'attirer sa protection sur les troupeaux partant aux pâturages. C'était aussi l'heure des présages et des divinations, disciplines placées sous son patronage.
Après-midi
En plein jour, Vélès est actif dans sa rivalité mythique avec Perun : les mythes situent souvent les épisodes de leur combat cosmique — le vol du bétail, les métamorphoses animales, les courses-poursuites — sous la lumière crue du soleil, que domine Perun. Les volkhvy recevaient les consultations des paysans et des marchands, pratiquaient les oracles et accomplissaient des sacrifices pour solliciter les faveurs de Vélès en matière de commerce et de fécondité des terres.
Soir
Au crépuscule, Vélès est dans toute sa puissance : c'est l'heure de passage entre le monde des vivants (Yav) et celui des morts (Nav). Les rites funéraires se tenaient à la tombée du jour, sous sa protection, pour assurer le bon voyage des défunts. Les bardes (pevtsy) chantaient alors les récits héroïques et les secrets de l'au-delà, guidés par l'inspiration du dieu-poète.
Alimentation
En tant que divinité, Vélès se 'nourrissait' symboliquement des offrandes que lui apportaient les Slaves : animaux sacrifiés (bœufs, moutons), grains de céréales et boissons fermentées comme le kvas et l'hydromel (miel fermenté). Ces offrandes étaient brûlées ou enterrées pour rejoindre son domaine souterrain. Lors des grandes fêtes en son honneur, les communautés organisaient des festins collectifs partagés entre vivants et mémoire des morts.
Vêtements
Dans l'iconographie et le folklore slave, Vélès apparaît comme un vieillard à longue barbe vêtu d'une cape sombre ou d'une peau d'animal — ours ou serpent. Il porte parfois une corne d'abondance symbolisant les richesses du sous-sol. Sous ses formes animales multiples, il prend l'apparence d'un grand serpent, d'un taureau noir ou d'un ours — toujours des créatures liées à la terre et aux profondeurs.
Habitat
Vélès réside dans Nav, le royaume souterrain slave, aux racines de l'Arbre du monde (Drevo mira). Son domaine se trouve sous la terre et sous les eaux, dans un espace inversé où les règles du monde des vivants sont renversées. Ses sanctuaires terrestres étaient toujours construits dans les lieux bas — fond de vallées, bords de rivières, pieds de collines — à l'exact opposé des lieux élevés consacrés à Perun.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Le combat cosmique éternel contre Perun
Mythe fondateur, traditions slaves, Ve-XIIe siècle
Gouvernement du royaume des morts (Nav)
Tradition slave préhistorique
Patronat de la poésie et des bardes
Attesté dans le Dit de la campagne d'Igor, vers 1185-1187
Protection du bétail et des troupeaux
Culte attesté, IXe-Xe siècle, continuité jusqu'au XIIe siècle
Magie, divination et arts chamaniques
Tradition des volkhvy slaves, Ve-XIIe siècle





