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Yorgos Séféris

Giorgos Seferis (Yorgos Séféris), de son vrai nom Georgios Seferiadis

6 min de lecture

LettresPoète(sse)PolitiqueÉcrivain(e)XXe sièclePremière moitié et milieu du XXe siècle, marqués par la Grande Catastrophe d'Asie Mineure (1922), les deux guerres mondiales et la dictature des colonels en Grèce.

Poète et diplomate grec, figure majeure de la « génération des années 1930 » qui renouvela la poésie grecque moderne. Il fut le premier Grec à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1963.

Questions fréquentes

Giorgos Seferis, de son vrai nom Georgios Seferiadis (1900-1971), est le premier Grec à avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1963. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a modernisé la poésie grecque en y introduisant le vers libre et une sensibilité européenne, tout en restant profondément ancré dans la tradition hellénique. Figure majeure de la génération des années 1930, il a su mêler mythes antiques et désarroi moderne, notamment dans son chef-d'œuvre Mythistorema (1935). Moins un simple poète qu'un rénovateur de la langue poétique grecque, il a marqué son époque par une œuvre à la fois universelle et intime.

Citations célèbres

« Partout où je voyage, la Grèce me blesse. »

Faits marquants

  • Né en 1900 à Smyrne (Vourla), dans l'Empire ottoman, au sein du monde grec d'Asie Mineure
  • Publie en 1931 son premier recueil, Strophi (Strophe), qui rénove la poésie grecque
  • Mène une longue carrière diplomatique, notamment comme ambassadeur de Grèce à Londres (1957-1962)
  • Reçoit le prix Nobel de littérature en 1963, premier écrivain grec ainsi distingué
  • Prend publiquement position en 1969 contre la dictature des colonels ; meurt à Athènes en 1971

Œuvres & réalisations

Strophi (Tournant) (1931)

Premier recueil, qui marque une rupture et introduit une sensibilité moderne dans la poésie grecque. Il contient le célèbre poème « Arnisi ».

I Sterna (La Citerne) (1932)

Long poème méditatif sur l'eau cachée et la vie intérieure. Étape vers la maturité de son langage poétique.

Mythistorema (1935)

Suite de vingt-quatre poèmes mêlant mythes antiques et désarroi moderne. Considéré comme son chef-d'œuvre et un sommet de la poésie grecque du XXe siècle.

Traduction de La Terre vaine de T. S. Eliot (1936)

Version grecque du grand poème d'Eliot, qui fit connaître le modernisme anglo-saxon en Grèce et influença toute une génération.

Imerologio Katastromatos (Journal de bord) (1940-1955)

Trois recueils écrits au fil de l'exil et des voyages diplomatiques, dont le troisième est inspiré par Chypre.

Kichli (La Grive) (1947)

Poème majeur de l'après-guerre, dialogue entre mémoire, lumière et mythe homérique.

Dokimes (Essais) (1944)

Recueils d'essais critiques sur la poésie, la langue et la tradition grecque, qui le révèlent grand penseur de la littérature.

Anecdotes

Né près de Smyrne, Séféris dut fuir avec sa famille lors de la Grande Catastrophe de 1922, quand la ville grecque d'Asie Mineure fut détruite. Il ne revit jamais vraiment sa terre natale, et cette perte d'un monde englouti hante toute son œuvre : ses poèmes sont peuplés de statues brisées, de mers et de patries perdues.

Séféris menait une double vie. Le jour, il était diplomate de carrière sous son vrai nom, Georgios Seferiadis, négociant pour la Grèce dans les ambassades. Le soir, il devenait le poète « Séféris », nom raccourci qu'il avait choisi pour séparer ses vers de sa fonction officielle.

En 1963, il devint le premier Grec à recevoir le prix Nobel de littérature. Dans son discours, il rendit hommage à son « petit pays » à la tradition immense, soulignant qu'un poète parlant une langue parlée par peu de gens pouvait porter une voix universelle.

En 1969, alors que la dictature des colonels muselait la Grèce, Séféris brisa son silence dans une déclaration retentissante diffusée par la BBC. Cet acte de courage d'un homme jusque-là réservé eut un immense écho moral dans le pays opprimé.

Ses funérailles en 1971 se transformèrent en manifestation contre la junte : une foule immense suivit le cortège dans les rues d'Athènes en chantant « Arnisi » (« Reniement »), son poème mis en musique par Mikis Theodorakis et interdit par le régime.

Sources primaires

Discours de réception du prix Nobel (banquet) (10 décembre 1963)
J'appartiens à un petit pays. Un promontoire rocheux dans la Méditerranée, qui n'a pour lui que le travail de son peuple, la mer et la lumière du soleil. C'est un petit pays, mais sa tradition est immense.
Déclaration contre la dictature des colonels (diffusée par la BBC) (28 mars 1969)
Tout le monde a appris désormais, et tout le monde sait, que dans le cas des régimes dictatoriaux le début peut paraître facile, mais que la tragédie attend, inévitable, à la fin.
Mythistorema, poème III (1935)
Je me suis réveillé avec cette tête de marbre entre les mains, qui épuise mes coudes, et je ne sais où la poser.
Arnisi (« Reniement »), recueil Strophi (1931)
Sur la plage secrète, blanche comme une colombe, nous avons eu soif à midi ; mais l'eau était saumâtre.

Voir aussi