Zhong Kui
Zhong Kui
Zhong Kui est une divinité de la mythologie chinoise, pourfendeur de démons et protecteur des foyers. Représenté comme un homme barbu à l'aspect farouche, il est invoqué pour chasser les mauvais esprits. Sa figure est traditionnellement peinte sur les portes des maisons lors des fêtes.
Faits marquants
- Légendairement rattaché à l'époque de l'empereur Xuanzong de la dynastie Tang (713-756)
- Sa figure est peinte sur les portes lors de la fête des Bateaux-Dragons (5e jour du 5e mois lunaire)
- Il est représenté comme un juge des enfers commandant une armée de 80 000 démons
- Son image est utilisée comme talisman depuis au moins le VIIIe siècle pour éloigner les mauvais esprits
- Figure emblématique de la peinture chinoise traditionnelle, représenté par de grands maîtres comme Guo Xu (XVe-XVIe siècle)
Œuvres & réalisations
Peinture originelle commandée par l'empereur Xuanzong selon la tradition, aujourd'hui perdue mais dont des copies Song subsistent. Elle a fixé pour toujours les traits iconographiques canoniques du pourfendeur de démons.
Rouleau peint conservé au musée du Palais de Taipei, montrant Zhong Kui à la tête d'une procession de démons soumis. Témoignage majeur de l'iconographie Song et de la codification de ses attributs.
Rouleau peint à l'encre illustrant un épisode légendaire humanisant Zhong Kui. Cette œuvre, conservée au musée Freer de Washington, est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la peinture chinoise médiévale.
Production de masse d'images imprimées destinées à être collées sur les portes lors du Nouvel An. La démocratisation de ces estampes a assuré la diffusion du culte dans toutes les couches de la société chinoise.
Plusieurs pièces populaires représentaient les exploits de Zhong Kui sur scène, contribuant à enrichir et populariser le cycle légendaire du personnage au-delà des élites lettrées.
Anecdotes
Selon la légende la plus répandue, Zhong Kui était un lettré d'une laideur repoussante mais d'une intelligence exceptionnelle. Il aurait obtenu le premier rang aux examens impériaux sous la dynastie Tang, mais l'empereur le recala à cause de son apparence effrayante. Humilié, il se suicida sur les marches du palais. L'empereur, pris de remords, lui accorda des funérailles impériales en récompense de son mérite.
L'empereur Xuanzong (712-756) tomba gravement malade et fit un songe troublant : un petit démon volait son luth et sa concubine favorite. Soudain, un grand démon barbu surgit, captura le petit démon et le dévora. Réveillé guéri, l'empereur demanda au peintre Wu Daozi de portraiturer le grand démon selon sa description — ce tableau devint la représentation canonique de Zhong Kui.
Le peintre Wu Daozi, considéré comme l'un des plus grands artistes de la Chine médiévale, aurait peint le portrait de Zhong Kui en un seul souffle d'inspiration, sans repentir. Ce tableau fit une telle impression que l'empereur ordonna d'en reproduire des copies pour les distribuer aux grands fonctionnaires comme talisman protecteur lors des fêtes du Nouvel An.
À partir de la dynastie Song (960-1279), la coutume de coller ou peindre l'image de Zhong Kui sur les portes des maisons au moment du Nouvel An lunaire se généralisa dans tout l'Empire. On le représentait tenant une épée ou un pinceau, parfois en train d'avaler un démon. Cette tradition protectrice perdure encore aujourd'hui dans certaines régions de Chine et de Taiwan.
Un récit populaire du folklore chinois raconte que Zhong Kui commande une armée de 80 000 démons soumis à sa volonté, qu'il utilise lui-même pour traquer les esprits malfaisants. Ce paradoxe — un chasseur de démons commandant des démons — illustre la complexité de la pensée religieuse chinoise, où le mal peut être retourné contre lui-même par une autorité supérieure.
Sources primaires
L'auteur mentionne la tradition impériale d'offrir des reproductions du portrait de Zhong Kui aux fonctionnaires pour le Nouvel An, attestant l'ancienneté et le caractère officiel du culte sous les Tang.
Le catalogue recense plusieurs peintures de Zhong Kui attribuées à Wu Daozi et à ses successeurs, documentant la diffusion iconographique de cette figure dans les collections impériales Song.
Ce recueil de coutumes de la ville de Hangzhou décrit la pratique consistant à accrocher l'image de Zhong Kui sur les portes en fin d'année pour chasser les démons et protéger le foyer.
L'encyclopédie des fêtes saisonnières décrit en détail le rituel du portrait de Zhong Kui associé aux cérémonies de purification de la fin de l'année, avec références aux textes Tang antérieurs.
Lieux clés
Massif montagneux sacré à proximité de Chang'an où la légende situe le lieu d'origine ou la retraite de Zhong Kui. Haut lieu du taoïsme, il est associé aux pratiques d'exorcisme et aux ermites.
Capitale impériale de la dynastie Tang, lieu de naissance de la légende de Zhong Kui selon le songe de l'empereur Xuanzong. C'est là que Wu Daozi aurait peint le portrait fondateur.
Capitale de la dynastie Song du Sud, où le culte de Zhong Kui fut particulièrement vivace. Le Mengliang Lu y documente ses rituels et la diffusion de son image lors des fêtes de fin d'année.
Conserve plusieurs rouleaux peints de Zhong Kui datant des dynasties Song, Ming et Qing, permettant de suivre l'évolution iconographique de la figure sur plus de mille ans.
Type de sanctuaire taoïste où Zhong Kui est fréquemment vénéré aux côtés d'autres divinités protectrices. Ces temples étaient les centres de la vie religieuse populaire dans les villes chinoises médiévales.
Galerie

Zhong Kui the Demon Queller with Five Bats
Wikimedia Commons, Public domain — Anonymous Note: It has been traditionally attributed to Wu Wei (1459 - 1508), but it was probably painted by an an

Painting of Shōki Chasing Away a Demon by Shibata Zeshin
Wikimedia Commons, Public domain — Shibata Zeshin (柴田是真)
Painted Scroll Coming to Life: Shōki Attacking Demon
Wikimedia Commons, Public domain — Shūōsai Hidemasa II (Japan, active mid-19th century)








