Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Abbé Prévost

par Charactorium · Abbé Prévost (1697 — 1763) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Chantilly, un matin gris de l'hiver 1762. Dans un logement modeste mais tapissé de livres, un vieil homme en soutane noire pose sa plume d'oie au bord d'un encrier de porcelaine. L'Abbé Prévost, romancier que toute la France lit en cachette, accepte de revenir sur une vie partagée entre le cloître et la passion.

On dit de votre jeunesse qu'elle fut une suite de fuites. Comment l'avez-vous traversée ?

J'ai pris l'habit chez les Jésuites vers ma seizième année, et je crois que dès le premier matin j'ai senti le mur entre ce qu'on attendait de moi et ce qui me brûlait au-dedans. J'ai fui, je suis revenu, j'ai repris la soutane, je l'ai quittée encore — on m'a vu chez les bénédictins, à Saint-Wandrille, à Jumièges, dans ces cloîtres de Normandie où la pierre est si froide qu'elle vous pousse à la prière ou à l'évasion. Puis vinrent la Hollande, l'Angleterre, l'exil volontaire. Comprenez-moi : je ne fuyais pas Dieu, je fuyais l'idée qu'un homme pût se résumer à son vœu. Cette inquiétude-là, je ne l'ai jamais guérie ; je l'ai seulement versée dans mes pages, où mes héros courent toujours, eux aussi, après une chose qui leur échappe.

Je ne fuyais pas Dieu, je fuyais l'idée qu'un homme pût se résumer à son vœu.

Vous avez pourtant porté la soutane toute votre vie. Que représentait cet habit pour l'homme de lettres que vous étiez ?

La soutane noire et le col blanc, voilà ce que le monde voyait de moi ; le reste, il fallait le deviner. Mes journées commençaient par les offices, obligation de ma condition, et c'est seulement après que la plume reprenait ses droits. J'ai connu les grandes maisons, jusqu'à Cluny, où l'on m'appela exercer des fonctions ; mais mon véritable royaume, c'était toujours le coin de table d'un presbytère, encombré d'une bibliothèque que je n'ai jamais cessé d'agrandir. L'habit me donnait un toit, un revenu, une dignité — et il me rappelait, chaque matin, ce que je trahissais peut-être en écrivant l'amour des hommes plutôt que celui de Dieu. Je ne crois pas avoir choisi entre les deux. J'ai vécu, mal à l'aise et entier, dans cet entre-deux que les dévots m'ont assez reproché.

Comment Manon est-elle née sous votre plume ?

Elle n'est pas venue au monde comme un livre à part. Le chevalier Des Grieux et sa Manon ont surgi au dernier tome de mes Mémoires et aventures d'un homme de qualité, vers 1731, comme une histoire glissée dans une autre, une confidence qu'un homme fait à un inconnu sur une route. J'ai voulu peindre un jeune homme honnête que l'amour précipite dans la fange, et qui le sait, et qui ne peut s'en arracher. C'est lui qui le dit le mieux, au seuil de sa confession : « J'étais en même temps honnête homme et malheureux. » Tout mon roman tient dans cette phrase. Je n'ai pas inventé un monstre ni un saint ; j'ai montré un cœur ordinaire emporté par une force qu'aucune morale ne désarme. Et le public, je crois, s'y est reconnu plus qu'il n'osait l'avouer.

Le livre fit scandale par son sujet. Comment expliquez-vous qu'il ait survécu à la censure ?

Songez à ce que j'offrais aux gardiens des bonnes mœurs : l'histoire d'un fils de bonne famille perdu pour une courtisane, et racontée sans qu'on la condamne assez fort. On l'a interdit, on l'a saisi, on l'a brûlé peut-être. Et pourtant il n'a fait que prospérer. Les presses de La Haye en tiraient des éditions que nul privilège ne couvrait, et l'on se passait l'ouvrage sous le manteau comme une chose défendue, donc désirable. C'est là le paradoxe que je n'ai jamais su trancher : la défense fait la fortune du livre. Plus on criait au libertinage, plus on courait l'acheter. Je n'avais pas cherché le tapage ; j'avais cherché la vérité d'une passion. Mais le siècle aime qu'on lui montre ce qu'il feint de réprouver, et Manon est devenue célèbre pour les raisons mêmes qui auraient dû l'ensevelir.

La défense fait la fortune du livre : plus on criait au libertinage, plus on courait l'acheter.

Un homme d'Église qui écrit les plus brûlantes pages sur la passion : comment vivez-vous cette contradiction ?

On me l'a assez jetée au visage, cette contradiction, et je n'ai pas de réponse commode. Le matin, l'oratoire ; le soir, la plume qui décrit le libertinage et les ravages de l'amour. Mais je vous demande : qui mieux qu'un homme tenu à la vertu sait ce qu'elle coûte, et ce que pèse la tentation contre laquelle on lutte ? Je n'écris pas pour célébrer le vice ; j'écris parce que j'ai senti, du dedans de mon habit, combien la chair et l'âme se déchirent. La sensibilité, ce mot que mon siècle aime tant, n'est pas l'ennemie de la foi : c'est elle qui rend la chute pathétique et le repentir possible. Je suis le prêtre qui connaît ses brebis parce qu'il a marché dans les mêmes ronces.

Prévost - Manon Lescaut, 1908, Vallienne - Parto Komenco
Prévost - Manon Lescaut, 1908, Vallienne - Parto KomencoWikimedia Commons, Public domain — Abbé Prévost Henri Vallienne

Que diriez-vous à ceux qui voient dans vos romans une apologie du dérèglement amoureux ?

Qu'ils me lisent mieux. J'ai écrit, dans mes premiers Mémoires, une vérité que toute mon œuvre ne fait que développer : « C'est une vérité constante que l'amour, lorsqu'il est violent et passionné, confond tous les principes et renverse tous les devoirs. » Voilà un avertissement, non une invitation. Je ne fais pas l'éloge de la passion ; je décris sa puissance, qui est terrible précisément parce qu'elle balaie la raison comme un fleuve débordé. Mes personnages ne sont pas heureux d'aimer ainsi — ils en meurent, ou ils en pleurent jusqu'au bout. Il y a chez eux un fatalisme que je n'ai pas inventé : l'homme se croit libre et découvre qu'une inclination le mène. Si l'on sort de mes livres effrayé par l'amour autant qu'ébloui, alors j'ai dit vrai, et la morale est sauve sans que j'aie eu besoin de prêcher.

Vous avez consacré près de vingt ans à votre Histoire générale des voyages. Qu'alliez-vous chercher dans cette entreprise immense ?

Quand on a commencé, vers 1746, je n'imaginais pas que ces volumes me dévoreraient deux décennies de ma vie. Quinze tomes et davantage, des récits de marins, de marchands, de missionnaires, qu'il fallait traduire, comparer, ordonner, élaguer — un travail de fourmi penché sur la plume d'oie jusqu'à la nuit. Mais voyez-vous, mon siècle a soif des terres lointaines comme d'un vin nouveau. On veut savoir comment vivent les peuples au bout des mers, et moi, romancier des passions, j'ai trouvé là une autre forme du même appétit : connaître l'homme, partout où il est. Ce ne fut pas qu'une compilation de marchand ; ce fut une façon de promener mes lecteurs hors de leur paroisse. J'aurai donc écrit sur l'amour et sur le monde, et au fond c'était toujours la même curiosité du cœur humain qui me tenait éveillé.

Hesdin Maison natale de l'abbé-Prévost PA00108313 (1)
Hesdin Maison natale de l'abbé-Prévost PA00108313 (1)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Pierre André Leclercq

Vous avez aussi beaucoup traduit, notamment Cervantès. Que cherchiez-vous dans ce passage d'une langue à l'autre ?

Traduire, c'est faire voyager les esprits sans qu'ils quittent leur fauteuil. J'ai donné au français le Don Quichotte de Cervantès et bien d'autres ouvrages venus d'Angleterre et d'ailleurs, car je tiens qu'aucune nation ne pense seule. C'est le même principe qui guidait mon Histoire générale des voyages : « L'histoire doit nous instruire non seulement sur les faits, mais sur les mœurs et les caractères des peuples que nous découvrons. » Voilà ce que je voulais. Non point aligner des batailles et des dates, mais saisir comment les hommes aiment, prient, trompent et meurent sous d'autres cieux. Le traducteur et l'historien font le même métier que le romancier : ils ouvrent une porte sur une âme étrangère et disent au lecteur, vois, celui-là aussi est ton frère. J'ai passé ma vie à ouvrir ces portes.

Vous fréquentez les salons et les cafés où s'agite tout l'esprit de votre temps. Quelle place tenez-vous parmi les grands de ce siècle ?

Une place de témoin plus que de maître à penser. Quand j'étais jeune, Montesquieu publiait ses Lettres persanes, et l'on sentait qu'un vent nouveau soufflait, moqueur, libre, impatient des vieilles tutelles. Depuis, j'ai vu paraître L'Esprit des lois, les premiers tomes de l'Encyclopédie, et tout récemment la Nouvelle Héloïse de Rousseau, qui fait pleurer les dames comme jadis mon Manon. Je vais l'après-midi dans les salons et les cafés où l'on dispute de ces livres, et j'écoute plus que je ne tranche. Je ne suis pas un philosophe au sens où l'on entend ce mot ; je n'ai pas de système. Mais le roman que je pratique a sa part dans ce mouvement : il enseigne la sensibilité quand d'autres enseignent la raison. Les deux, je crois, marchent ensemble vers le même siècle des Lumières.

Si vous imaginiez qu'on vous lise encore dans un siècle, que voudriez-vous qu'on retienne de votre œuvre ?

Quelle étrange et douce pensée que celle-là. J'ignore si l'on me lira ; tant de livres applaudis aujourd'hui dormiront demain au fond des armoires. Mais s'il fallait qu'on retînt une chose, ce serait ce que j'ai écrit à Voltaire : « Je m'efforce toujours de peindre le cœur humain avec vérité, sans craindre de montrer ses faiblesses et ses contradictions. » Je n'ai pas voulu donner des modèles de vertu en cire, ni des monstres pour effrayer les enfants. J'ai voulu des hommes vrais, faillibles, déchirés — un chevalier qui s'avilit en sachant qu'il s'avilit, un abbé qui prie et qui doute. Si dans cent ans quelqu'un ouvre Manon et y reconnaît son propre cœur, alors je n'aurai pas porté l'habit en vain, et toute ma vie d'errance aura servi à cela : tendre un miroir fidèle à ceux qui osent s'y regarder.

Si dans cent ans quelqu'un ouvre Manon et y reconnaît son propre cœur, je n'aurai pas porté l'habit en vain.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Abbé Prévost. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.