Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Agatha Christie

par Charactorium · Agatha Christie (1890 — 1976) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Agatha Christie
Wikimedia Commons, Public domain — Douglas John Connah

Automne 1954. La reine du crime nous reçoit à Greenway House, sa demeure du Devon, dans un salon qui sent le thé et le vieux papier, tandis que la rivière Dart scintille en contrebas. Une tasse de porcelaine fume près d'un carnet à couverture marbrée qu'elle referme d'un geste pudique. Elle parle bas, avec l'ironie tranquille d'une femme qui a inventé plus de cent façons de mourir.

Comment une romancière en est-elle venue à connaître les poisons mieux qu'un médecin légiste ?

Par la guerre, tout simplement. En 1914, je me suis engagée comme infirmière bénévole à la Croix-Rouge, à Torquay, puis on m'a envoyée à la pharmacie de l'hôpital. Passer ses journées à peser des grains d'arsenic, à recopier des formules, à ranger des fioles étiquetées d'une tête de mort, cela façonne l'esprit d'une drôle de manière. J'ai gardé mes manuels de toxicologie comme d'autres gardent des lettres d'amour. Le poison, voyez-vous, est un meurtrier de salon : discret, patient, féminin diraient certains, et il laisse à l'esprit le temps de la déduction. Sur mes romans, c'est de loin l'arme que je préfère — non par cruauté, mais parce qu'un flacon bien choisi vaut mille coups de revolver.

Le poison est un meurtrier de salon : discret, patient, et il laisse à l'esprit le temps de la déduction.

Pourquoi tenez-vous tant à l'exactitude scientifique dans des histoires, après tout, imaginaires ?

Parce qu'un lecteur pardonne un coupable improbable, jamais une chimie fausse. Quand j'écris qu'une victime succombe à la strychnine, je veux que le pharmacien qui me lit hoche la tête. Dans La Mystérieuse Affaire de Styles, mon tout premier roman de 1920, tout repose sur un détail pharmaceutique que j'avais vu se produire derrière mon comptoir. Cette rigueur, c'est ma manière d'honorer le lecteur : je joue franc jeu, je pose tous les indices sous ses yeux. Le crime doit être une énigme loyale, pas un tour de passe-passe. C'est là toute la différence entre tromper et mentir : je trompe, je ne mens jamais.

Je joue franc jeu : je trompe le lecteur, mais je ne lui mens jamais.

Beaucoup vous interrogent encore sur ces onze jours de décembre 1926. Que se passe-t-il, cette semaine-là ?

Vous comprendrez que c'est le seul mystère que je refuse de résoudre. Cette année-là fut la pire de ma vie — ma mère venait de mourir, mon mariage s'effondrait. Un soir, je suis partie, et l'on a retrouvé ma voiture abandonnée près d'une carrière. Ce que je sais des journaux, c'est qu'ils ont lancé mille policiers et quinze mille volontaires à mes trousses, comme si j'étais moi-même l'un de mes cadavres. On m'a retrouvée dans un hôtel du Yorkshire, inscrite sous un autre nom. Ce qui s'est passé dans ma tête durant ces jours-là, je ne l'ai jamais dit à personne, et je ne compte pas commencer avec vous. Certaines énigmes n'ont pas de dernier chapitre.

C'est le seul mystère que je refuse de résoudre : certaines énigmes n'ont pas de dernier chapitre.

Cette disparition a-t-elle changé votre regard sur vos propres intrigues ?

Peut-être m'a-t-elle appris que l'esprit humain est plus insondable que n'importe quelle chambre close. Avant 1926, je croyais tout expliquer par la logique ; après, j'ai su qu'une personne parfaitement raisonnable peut s'effacer d'elle-même, comme une craie qu'on efface d'un tableau. Mes détectives cherchent le comment et le qui — mais le pourquoi, le véritable pourquoi, échappe souvent. Je me suis mise à écrire des coupables plus humains, moins mécaniques. On me trouvait froide, cérébrale ; en vérité, je crois que ce sont les blessures secrètes qui font marcher mes meurtriers. J'en sais quelque chose.

Une personne parfaitement raisonnable peut s'effacer d'elle-même, comme une craie qu'on efface d'un tableau.

Vous avez avoué à votre éditeur ne pas beaucoup aimer Hercule Poirot. Comment expliquer cette étrange brouille avec votre propre créature ?

Oh, je l'ai écrit noir sur blanc à Collins : « A.C. does not love Poirot. He is an egocentric, and she finds him tiresome. » Ce petit Belge tiré à quatre épingles, avec ses moustaches cirées et ses fameuses little grey cells qu'il invoque à tout bout de champ — il est devenu un tyran. Le public l'adorait, alors j'étais condamnée à le ressusciter roman après roman. On ne se débarrasse pas si facilement d'un succès. J'ai fini par le supporter comme on supporte un vieux mari envahissant : avec agacement et, je l'avoue, une pointe de tendresse. Mais quel soulagement, le jour où j'ai décidé de sa fin.

Je l'ai supporté comme un vieux mari envahissant : avec agacement et une pointe de tendresse.
Agatha Christie's Nursie by Nathaniel Hughes John Baird
Agatha Christie's Nursie by Nathaniel Hughes John BairdWikimedia Commons, Public domain — Nathaniel Hughes John Baird

Vous parlez de sa fin. Vous aviez, dit-on, écrit sa dernière enquête bien des années avant sa parution ?

En effet. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous les bombes, j'ai rédigé en secret Curtain, l'ultime affaire de Poirot. Je craignais de mourir avant lui, voyez-vous, et je ne voulais pas qu'un autre s'empare de mon détective pour lui faire dire des sottises. J'ai enfermé le manuscrit dans un coffre pendant plus de trente ans. Quand on l'a enfin publié en 1975, la mort de Poirot a fait la une du New York Times — un honneur, paraît-il, qu'aucun personnage de fiction n'avait jamais reçu. J'ai trouvé cela follement drôle : on offrait une nécrologie à un homme qui n'a jamais existé, sinon dans mes petites cellules grises à moi.

On offrait une nécrologie à un homme qui n'a jamais existé, sinon dans mes petites cellules grises à moi.

En 1926, justement, paraît Le Meurtre de Roger Ackroyd, qui fit scandale. Assumez-vous d'avoir brisé les règles du genre ?

Quel délicieux scandale, oui. Certains puristes du whodunit ont crié à la tricherie ; ils estimaient que j'avais rompu un contrat sacré avec le lecteur. Je le nie absolument : chaque indice était là, sous leurs yeux, honnêtement disposé. J'avais simplement compris que le meilleur endroit pour cacher une vérité est celui où personne ne songe à regarder. Nous étions au cœur de ce qu'on a appelé le Golden Age of Detective Fiction, ce grand jeu d'esprit où Sayers, Carr et moi rivalisions d'astuce. Un bon red herring vaut mieux qu'un pistolet ; l'art n'est pas de surprendre par la force, mais par l'évidence qu'on avait négligée.

Le meilleur endroit pour cacher une vérité est celui où personne ne songe à regarder.

Qu'est-ce qui rend, selon vous, le manoir de campagne anglais si parfait pour le crime ?

La country house, mon cher, est un théâtre livré clé en main. Songez : une demeure isolée, un week-end pluvieux, une poignée d'invités qui se sourient poliment tout en se détestant, une domesticité qui voit tout et ne dit rien. Vous fermez les portes, vous coupez les routes par la neige — comme dans Le Crime de l'Orient-Express, où mon train se retrouve prisonnier des congères — et vous obtenez une boîte close, un microcosme de la société britannique où chacun a un mobile. Le drawing room devient une arène. Rien de tel que la respectabilité anglaise pour dissimuler les passions les plus meurtrières ; c'est le vernis qui rend la tache si spectaculaire.

Rien de tel que la respectabilité anglaise pour dissimuler les passions les plus meurtrières.
Agatha Christie's mother Clarissa Margaret 'Clare' Boehmer
Agatha Christie's mother Clarissa Margaret 'Clare' BoehmerWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

On oublie souvent votre autre vie, celle des chantiers de fouilles au Moyen-Orient. Comment y êtes-vous venue ?

Par amour, et par curiosité — les deux vont bien ensemble. Après mon mariage avec l'archéologue Max Mallowan, je l'ai suivi sur les grands sites d'Irak et de Syrie. À Nimrud, je n'étais pas une épouse oisive : je photographiais les objets, je nettoyais et restaurais les ivoires assyriens avec ma crème de visage, faute de mieux ! J'emportais ma machine à écrire Remington dans une maison de briques crues, et j'écrivais entre deux tranchées, la poussière du désert sur les touches. Meurtre en Mésopotamie est né là-bas. On me croyait femme de salon ; j'ai passé des mois à genoux dans la terre, une truelle à la main, plus heureuse que jamais.

Je restaurais les ivoires assyriens avec ma crème de visage, faute de mieux !

Ces voyages en Orient-Express ont-ils nourri autre chose que des décors ?

Le voyage est mon véritable atelier. Dans le wagon de l'Orient-Express, entre Paris et Istanbul, on est suspendu hors du temps, enfermé avec des inconnus de toutes nationalités — le rêve d'une romancière policière. J'observais les visages, les manies, les silences, et je remplissais mes carnets marbrés d'idées de crimes. Le mouvement délie l'imagination : bien des intrigues me sont venues dans un compartiment ou dans un bain chaud, mes deux lieux de méditation favoris. Ma grande malle de cuir, estampillée à mes initiales, m'a accompagnée sur toutes les routes du Proche-Orient. Voyager, pour moi, ce n'était pas fuir le crime : c'était aller le chercher.

Voyager, pour moi, ce n'était pas fuir le crime : c'était aller le chercher.

Après tant de romans, croyez-vous vraiment que le mal puisse être percé à jour par la seule logique ?

J'y crois et je n'y crois pas, et c'est peut-être là toute ma malice. Mes détectives — Poirot avec sa logique, ma vieille Miss Marple avec son œil de spinster qui a tout vu du village de St Mary Mead — finissent toujours par démasquer le coupable. Le lecteur veut cet ordre-là : que la raison triomphe, que la vérité éclate au drawing room, que le monde retrouve son équilibre le temps d'un dernier chapitre. Mais entre vous et moi, je sais bien que la vie n'offre pas toujours de coupable ni de solution nette. Mes romans sont des consolations : de petites justices de papier dans un siècle qui en a tant manqué, entre deux guerres mondiales.

Mes romans sont de petites justices de papier dans un siècle qui en a tant manqué.
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