Interview imaginaire avec Ahmès
par Charactorium · Ahmès (1504 av. J.-C. — 1492 av. J.-C.) · Politique · 5 min de lecture

Nous retrouvons Ahmès dans les jardins de son palais, à Thèbes, non loin des bassins où se reflètent les colonnes peintes de cèdre. Elle vient de rentrer des prières du matin, une amulette oudjat encore contre sa poitrine, et accepte de raconter, entre deux audiences, ce que signifie porter le titre de Grande Épouse Royale sous le règne de Thoutmosis Ier.
—Comment décririez-vous le jour où vous êtes devenue l'épouse de Thoutmosis Ier ?
Je me souviens de la lumière sur le Nil à Thèbes, le jour où l'on m'a proclamée Hémout Neswt Weret aux côtés de Thoutmosis Ier, l'an où il montait sur le trône. Les prêtres d'Amon chantaient, les nomes envoyaient déjà leurs tributs vers le palais, et je savais que mes enfants porteraient ce sang jusqu'au trône. On ne devient pas Grande Épouse Royale par le seul lit d'un roi : on le devient devant Maat, devant les dieux et devant la cour tout entière. Ce jour-là, j'ai compris que ma vie ne m'appartiendrait plus tout à fait — elle appartiendrait à la lignée.
—Que retenez-vous des campagnes de votre époux jusqu'à Tombos et l'Euphrate ?
Des messagers revenaient de Tombos, en Nubie, avec des récits de la troisième cataracte domptée, et d'autres arrivaient de Syrie, disant que les armées de mon époux avaient atteint les rives de l'Euphrate. On grava une stèle là-bas, à Tombos, pour que nul n'oublie jusqu'où portait le bras de Thoutmosis Ier. Moi, je restais à Thèbes, mais je vivais chaque campagne à travers les tributs qui affluaient, les bois précieux, l'or nubien. Une reine ne porte pas la lance, mais elle porte le poids de ce que la guerre rapporte — et de ce qu'elle coûte aux nomes qui doivent nourrir les armées.
—Que signifiait, pour vous, porter le titre de Grande Épouse Royale ?
On m'a nommée Hémout Neswt Weret — Grande Épouse Royale — et ce titre n'était pas un simple ornement de cour. Je dirigeais le Hémou, le harem royal, ses femmes, ses enfants, son intendance ; je veillais à ce que chaque rite maintienne la Maat, cet équilibre sans lequel même un pharaon victorieux court à sa perte. L'après-midi, je recevais les messagers, je réglais les différends entre les femmes de la maison, je surveillais l'éducation des enfants royaux. Ce n'était pas un pouvoir affiché comme celui du roi, mais sans lui, le trône ne tenait pas debout deux saisons.
—Comment votre nom en est-il venu à être gravé à Karnak ?
Mon nom fut gravé à Karnak, dans l'Ipet-Sout — le plus select des lieux —, aux côtés de celui de mon époux. On grava aussi nos deux cartouches ensemble sur des scarabées, des amulettes, des objets que l'on retrouve aujourd'hui encore dans les tombes thébaines. Ce n'est pas un hasard : seules les épouses dont la descendance devait régner recevaient cet honneur. Chaque passant qui levait les yeux vers ces pierres savait que la maison de Thoutmosis Ier avait une reine, et que cette reine avait des enfants destinés au trône. On n'oublie pas facilement un nom gravé dans le grès de Karnak.
—À quoi ressemblait une matinée dans votre vie au palais ?
Avant l'aube déjà, les servantes préparaient la vasque sacrée. On me baignait, on m'oignait d'huiles à la myrrhe et à la cannelle, et je me rendais au temple du palais pour les prières du matin, quand les prêtres appellent le soleil levant et la faveur d'Amon sur la maison royale. Je portais alors une amulette oudjat, l'œil d'Horus, contre les forces mauvaises qui rôdent avant que le jour ne soit plein. Ce n'est qu'après ces rites que je redevenais reine parmi les vivants — épouse, mère, maîtresse du harem. Une matinée manquée aux dieux, disait-on à la cour, se payait avant la nuit.
Une matinée manquée aux dieux se payait avant la nuit.
—Que portiez-vous lors des cérémonies et des banquets royaux ?
Le soir, au banquet, je portais ma perruque tripartite ornée d'un diadème d'or à l'uræus, mon collier ousekh de faïence bleue et de cornaline, et sur ma poitrine un pectoral d'or et de lapis-lazuli qui pesait autant que mon rang l'exigeait. Les musiciens jouaient, les danseuses tournaient, et moi je tenais parfois le sistre pour honorer Hathor, dont la faveur assure l'harmonie du foyer autant que celle des champs. Un miroir de bronze au manche hathorique m'attendait dans mes appartements pour vérifier que rien ne manquait à ma parure avant d'entrer dans la salle. Une reine mal parée insulte autant les dieux que la cour.
—D'où vient votre nom, Ahmès ?
On m'appelait Iah-mès — 'la Lune est née' — car Iah, le dieu lunaire, veillait sur ma naissance comme il veille sur toutes les grandes maisons de Thèbes. Ce n'était pas un simple ornement de langage : un nom pareil disait au peuple que le ciel lui-même avait une part dans ma venue. Plus tard, j'ai choisi pour ma seconde fille le nom de Néféroubithy, 'la perfection de la Maison Blanche' — néférou étant ce mot qui dit à la fois beauté et bonté chez nous. Nommer un enfant, à la cour, c'est déjà lui tracer un chemin parmi les dieux et les hommes.
—Pouvez-vous nous parler de vos enfants ?
J'ai porté deux enfants dont l'Histoire devait se souvenir, chacune à sa manière. Hatchepsout, d'abord, née pour régner — je le sentais déjà dans la façon dont les prêtres la regardaient enfant. Et Néféroubithy, ma seconde fille, que j'ai perdue tout enfant — son nom pourtant reste gravé dans les inscriptions royales, comme si l'Égypte refusait d'oublier même ceux qui ne voient pas grandir leur premier printemps. Une reine porte deux sortes de deuils et d'espoirs à la fois : ceux qu'elle voit grandir, et ceux dont il ne reste qu'un nom sur la pierre. Les deux comptent devant Amon.
Une reine porte deux sortes de deuils et d'espoirs à la fois.
—Si vous pouviez imaginer comment votre fille choisirait un jour de raconter votre rôle dans sa naissance, que diriez-vous ?
Je ne peux savoir ce que la pierre dira de moi quand je ne serai plus là pour la voir gravée. Mais si Hatchepsout devait un jour bâtir un temple à Deir el-Bahari, j'imagine qu'elle voudrait dire au peuple que sa naissance n'était pas un simple hasard de couche royale — qu'Amon lui-même avait pris les traits de son père pour me visiter. On me décrirait peut-être comme « la plus belle des femmes », assise face au dieu qui annonce une fille promise à la royauté. Ce serait sa manière à elle de dire que le trône lui revenait depuis le premier souffle, et non par simple héritage de sang.
—Quel avenir espérez-vous pour votre fille Hatchepsout, quand vous songez à ce qu'elle pourrait devenir ?
Je ne sais pas jusqu'où les dieux la porteront, mais je la vois déjà différente des autres enfants du Hémou. Elle observe les rites avec une attention que je n'ai vue chez aucune de mes servantes, ni même chez ses frères. Si mon nom devait un jour n'être plus qu'une inscription silencieuse à Karnak, je voudrais qu'on se souvienne au moins de ceci : qu'une Grande Épouse Royale a élevé une fille assez forte pour qu'Amon lui-même veuille la revendiquer comme sienne. Le reste, la Maat et le temps en décideront — une mère ne fait que planter la graine sur les rives du Nil.
Une mère ne fait que planter la graine sur les rives du Nil.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ahmès. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


