Dialogue imaginaire entre Bhaiji (Jyotish Chandra Roy) et Anandamayi Ma
par Charactorium · Anandamayi Ma (1896 — 1982) · Spiritualité · 6 min de lecture

C'est dans la cour de l'ashram de Dhaka, à l'ombre du temple de Ramna, que Bhaiji retrouve la Mère par une fin d'après-midi de la fin des années 1920. Les guirlandes de fleurs offertes au dernier darshan embaument encore, et l'harmonium du kirtan du soir attend, silencieux. Bhaiji la connaît depuis peu, mais il l'a déjà vue se figer des heures durant dans l'extase, et il consigne chaque parole pour ceux qui viendront. Il vient ce jour-là non pour l'adorer, mais pour la comprendre.
—Mère, on raconte qu'à Bajitpur, ton époux Bholanath t'approchait et que l'extase te saisissait aussitôt. Que devenait alors le mariage ?
Ce corps que tu vois, Bhaiji, n'a jamais connu ce que les hommes appellent le mariage. Quand il s'approchait, quelque chose en ce corps s'ouvrait comme une fleur au matin, et il n'y avait plus ni épouse ni époux, seulement la Présence. Bholanath l'a compris avant moi peut-être : il a cessé d'attendre de ce corps ce qu'un mari attend, et il a commencé à le servir. Il m'a donné le nom, la maison, la protection d'un époux, et en retour ce corps l'a conduit là où lui-même voulait aller sans le savoir. Nous étions mariés selon la coutume, et libres selon la vérité. Tu me demandes ce que devenait le mariage : il devenait un chemin, et nous marchions côte à côte.
Nous étions mariés selon la coutume, et libres selon la vérité.
—Pardonne mon audace, Mère : ceux qui te connaissent disent que Bholanath finit par te reconnaître comme sa propre guru. Est-ce vrai ?
Les mots de guru et de disciple sont trop étroits pour ce qui s'est passé entre lui et ce corps. Il m'a d'abord traitée en épouse, puis en enfant étrange qu'il fallait veiller, et enfin il s'est assis devant ce corps comme on s'assoit devant ce qui vous dépasse. Mais ne crois pas qu'il y ait eu une hauteur d'un côté et une soumission de l'autre. Celui qui sert et celui qui est servi ne font qu'un quand le cœur est pur. Il m'a nourrie de sa main lorsque ce corps ne pouvait plus se nourrir, et par ce geste il s'est nourri lui-même. La véritable initiation, Bhaiji, ne passe pas toujours par des paroles : elle passe parfois par une main qui tend un peu de riz.
La véritable initiation ne passe pas toujours par des paroles : elle passe parfois par une main qui tend un peu de riz.
—Mère, toi qui n'as reçu aucun maître, à qui donc t'es-tu adressée en cette nuit de 1922 où tu t'es initiée toi-même ?
À qui veux-tu qu'on s'adresse quand on cherche ce qui est déjà présent partout ? Ce corps n'a pas cherché de guru au-dehors parce que le guru et le disciple habitaient déjà le même souffle. Cette nuit-là, il n'y a pas eu deux êtres, l'un donnant la diksha et l'autre la recevant : la main qui traçait le mantra et le cœur qui l'accueillait étaient une seule et même chose. On s'étonne, on trouve cela exceptionnel. Mais dis-moi, Bhaiji, qui allume la première lampe si toutes les lampes attendent d'être allumées par une autre ? Il faut bien qu'une flamme jaillisse d'elle-même. Ce corps n'a fait qu'obéir à ce qui, en lui, savait déjà le chemin.
Qui allume la première lampe si toutes les lampes attendent d'être allumées par une autre ?
—Quand les savants viennent te demander le nom de ton guru, tu réponds parfois que tout l'univers l'est. N'est-ce pas déconcertant pour eux ?
Ils viennent avec leurs livres et leurs lignées, et ils voudraient inscrire ce corps dans une colonne, sous un nom respectable. Je ne leur refuse rien, Bhaiji : je leur dis la vérité, et la vérité les déconcerte parce qu'elle ne se range pas. Cet arbre m'enseigne la patience, ce mendiant m'enseigne le détachement, ton propre visage attentif m'enseigne la dévotion. Comment nommerais-je un seul maître quand chaque chose me murmure la même Présence ? Ceux qui sont troublés le sont parce qu'ils cherchent une échelle à monter. Il n'y a pas d'échelle. Il y a seulement, partout, Celui qui est éternel et immuable, et qui se sert de tout pour se faire connaître de qui veut bien regarder.
Chaque chose me murmure la même Présence.
—Mère, hier soir encore, pendant le kirtan, ton corps s'est figé des heures et nous avons dû te veiller. Où étais-tu partie ?
Tu me demandes où « je » suis partie, mais c'est justement qu'il n'y avait plus de « je » pour partir quelque part. Le nom divin s'est mis à chanter, et ce corps a cessé de m'appartenir comme le vase cesse d'appartenir à l'eau qui le traverse. Ce que tu appelles se figer, ce n'était pas une absence, Bhaiji : c'était une plénitude si vaste que le corps ne pouvait plus la contenir ni bouger. Le bhava n'est pas un sommeil, c'est un débordement. Tu m'as veillée, tu m'as parfois nourrie à la main comme on nourrit un tout-petit, et je te dis merci pour cela. Mais ne t'inquiète pas de ces heures : ce corps était plus vivant alors qu'il ne l'est en te parlant.
Le bhava n'est pas un sommeil, c'est un débordement.

—Toi qui manges si peu, Mère, comment ce corps tient-il debout à travers ces nuits de chant et ces jours de darshan sans fin ?
Tu regardes le riz dans l'assiette, Bhaiji, et tu comptes les bouchées. Mais ce corps se nourrit d'une autre nourriture que tu ne vois pas dans le plat. Quand le nom divin résonne, il rassasie plus sûrement que le repas le plus riche. Il y a des jours où ce corps oublie de manger, non par mortification — je n'impose rien à personne et surtout pas la souffrance — mais parce que la faim elle-même se tait devant la Présence. Puis vient un jour où ce corps redemande du riz comme un enfant, et alors il faut me le donner. Ne cherche pas de règle là-dedans. Ce corps mange quand il doit manger et jeûne quand la joie le nourrit. Rien en cela n'est un effort ; tout suit un ordre que je n'ai pas choisi.
La faim elle-même se tait devant la Présence.
—Mère, tu ne restes jamais longtemps parmi nous à Dhaka. Bientôt tu partiras vers l'Himalaya. Pourquoi refuses-tu de te fixer ?
Un oiseau se pose-t-il pour toujours sur une seule branche, Bhaiji ? Ce corps va où il est appelé, et il est appelé de partout à la fois. À Dhaka vous avez élevé un temple, dans l'Himalaya d'autres cœurs attendent, et si ce corps s'attachait à un lieu, il trahirait tous les autres. Se fixer, c'est déjà posséder ; et posséder un lieu, c'est se laisser posséder par lui. Ce corps ne veut ni maison ni domaine. Les ashrams que vous bâtissez ne sont pas à moi : ils sont des haltes où la Présence se donne, puis on repart. Toi qui me suis, tu le sais : le jour où tu croiras me tenir en un endroit, c'est là que tu m'auras perdue. Je ne suis nulle part pour être partout.
Le jour où tu croiras me tenir en un endroit, c'est là que tu m'auras perdue.

—Les disciples élèvent pour toi des ashrams de Dhaka jusqu'aux contreforts de l'Himalaya. Ne crains-tu pas qu'ils bâtissent une organisation autour de toi ?
Ils bâtissent parce que leur amour a besoin de mains, et je ne le leur reproche pas. Mais qu'ils sachent bien ceci : ce corps ne dirige rien, ne commande à personne, ne signe aucun ordre. Les murs qu'ils dressent sont pour eux, non pour moi. Un ashram n'a de valeur que si l'on y cherche Celui qui demeure ; sinon ce n'est qu'une belle maison vide. Le danger, Bhaiji, ce n'est pas la pierre, c'est le cœur qui prend la pierre pour le but. Que ces lieux restent des haltes de prière, des feux autour desquels on se rassemble pour chanter le nom divin, et non des royaumes avec leurs frontières. Tant qu'on y cherche la Présence et non le prestige, laisse-les bâtir : ils travaillent pour leur propre libération.
Le danger, ce n'est pas la pierre, c'est le cœur qui prend la pierre pour le but.
—Mère, des hommes puissants viennent te voir, ministres et lettrés venus d'Occident. Leur parles-tu autrement qu'à nous, tes proches ?
Crois-tu que ce corps ait deux langues, Bhaiji, une pour les puissants et une pour toi ? À celui qui gouverne des provinces comme à l'enfant qui balaie la cour, je dis la même chose, car la même vérité les attend tous les deux. Les grands qui viennent sont souvent plus démunis que les humbles : ils portent le poids de mille décisions et cherchent ici un instant où déposer ce fardeau. Le rang ne pèse rien devant la Présence. Un homme venu de très loin, par-delà les mers, a écrit sur ce corps dans son livre et l'a nommé d'un nom de joie ; qu'il le nomme ainsi ou autrement, cela ne change rien à ce qui est. Ce que je suis, je l'étais petite fille, et je le serai toujours. Le regard des puissants n'y ajoute ni n'en retranche rien.
Le rang ne pèse rien devant la Présence.
—Ce voyageur d'Occident écrit que ta conscience ne s'est jamais liée à ce corps passager. Toi qui me parles ici, comment l'entends-tu ?
Il a bien entendu, celui-là, ce qu'il a rapporté. Ce corps est un vêtement que l'on porte un temps, Bhaiji, et le vêtement change de couleur, s'use, sera un jour déposé. Mais ce qui le porte n'a jamais été jeune ni ne vieillira. Avant que ce corps ne vienne sur cette terre, cela était le même ; petite fille à Kheora, cela était le même ; devant toi aujourd'hui, cela est encore le même. Tu me consignes dans tes cahiers, tu veux garder mes paroles pour ceux qui viendront. Garde plutôt ceci : ne t'attache pas à cette forme que tu vois, ni à celles que tu aimes. Cherche en toi Celui qui ne va ni ne vient. C'est là seulement que tu me trouveras vraiment, quand ce corps aura été déposé comme on quitte un habit du soir.
Ce corps est un vêtement que l'on porte un temps ; ce qui le porte n'a jamais été jeune ni ne vieillira.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anandamayi Ma. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


