Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Anansi

par Charactorium · Anansi · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Anansi
Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Sous un fromager de la région Ashanti, à l'heure où les conteurs allument le feu, une voix fine descend le long d'un fil invisible. L'araignée Anansi s'est laissée glisser jusqu'à hauteur d'oreille, huit pattes repliées, l'œil malicieux. Elle accepte de parler, à condition qu'on l'écoute jusqu'au bout — car celui qui interrompt une histoire, dit-elle, mérite de ne jamais en connaître la fin.

On raconte que toutes les histoires du monde vous appartiennent. Comment les avez-vous obtenues ?

Au commencement, les contes n'étaient pas à moi. Ils dormaient tous chez Nyame, le dieu du ciel, serrés dans une boîte près de son trône. Je suis monté par mon fil jusqu'à lui et j'ai demandé le prix. Il a ri de sa grande voix : il me les céderait si je lui apportais Onini le python, Osebo le léopard, les frelons Mmoboro et Mmoatia, l'être qu'on ne voit pas. Tout le ciel pensait que mon affaire était perdue d'avance. Mais une araignée ne combat pas par la force ; elle mesure, elle ruse, elle tisse. Un à un, je les ai pris au piège de ma toile et de ma parole. Quand j'ai déposé mon butin aux pieds de Nyame, il a dû s'incliner. Depuis ce jour, toutes les histoires portent mon nom.

Une araignée ne combat pas par la force ; elle mesure, elle ruse, elle tisse.

Et ce nom que portent désormais les contes, que signifie-t-il exactement ?

Dans la langue twi que parlent mes enfants du Ghana, on les appelle les Anansesem — cela veut dire « paroles d'Anansi ». Ce n'est pas une petite chose. Cela signifie que lorsqu'un griot ouvre la bouche au soir tombé, c'est ma voix qu'il prête à la sienne, c'est mon fil qu'il déroule. Je ne suis pas un personnage parmi mille autres dans le panier des récits : je suis le gardien du panier lui-même. Tournez n'importe quelle histoire dans vos mains, vous y trouverez la marque de mes huit pattes. C'est pourquoi, avant de raconter, le conteur prononce mon nom, comme on frappe à la porte avant d'entrer chez le maître de maison.

Je ne suis pas un conte parmi d'autres : je suis le gardien du panier lui-même.

Le léopard est plus fort, plus rapide, plus dangereux que vous. Comment une araignée triomphe-t-elle d'une telle bête ?

Osebo le léopard a des crocs ; moi je n'ai qu'une gourde de calebasse et un peu de patience. La force regarde droit devant elle, voilà sa faiblesse : elle ne voit jamais le trou creusé sous ses pattes ni le fil tendu en travers du sentier. J'ai laissé le léopard tomber dans sa propre arrogance, puis je suis descendu lui proposer mon aide — quelle aubaine, pour lui ! — et c'est en se croyant sauvé qu'il s'est livré. Voilà ce que mes histoires enseignent aux petits autour du feu : celui qui n'a ni griffe ni mâchoire possède encore sa tête. Le faible qui réfléchit vaut mieux que le fort qui fonce. C'est une leçon que beaucoup de peuples sans armes ont gardée précieusement.

Le faible qui réfléchit vaut mieux que le fort qui fonce.

Vos contes vous montrent souvent en train de tendre des pièges. La ruse n'est-elle pas une forme de tromperie condamnable ?

On me dit rusé comme on cracherait un reproche. Mais regardez ma toile : chaque fil y est posé avec art, et c'est par elle que je vis. La ruse, dans nos histoires, n'est pas un vice de cœur, c'est l'arme de qui n'en a pas d'autre. Quand je tends ma corde ou que je dépose un pot de miel pour attirer plus gros que moi, je fais ce que toute créature démunie doit apprendre à faire pour ne pas être dévorée. Bien sûr, ma malice se retourne parfois contre moi — et là encore l'auditeur rit, car il comprend qu'à trop vouloir tromper, on se prend à son propre fil. C'est ainsi que je suis devenu l'archétype du trompeur : moitié maître, moitié dupe, pour que chacun retienne la leçon sans qu'on la lui impose.

La ruse n'est pas un vice de cœur, c'est l'arme de qui n'en a pas d'autre.

Parlez-nous de cette histoire où vous tentez d'enfermer toute la sagesse du monde dans un pot.

Ah, celle-là, on la raconte pour me rabaisser, et elle a bien raison. J'avais ramassé toute la sagesse du monde et je l'avais entassée dans une calebasse, décidé à la garder pour moi seul. Je voulais grimper au sommet d'un arbre la cacher tout en haut, le pot serré contre mon ventre — et c'est justement là qu'il me gênait, m'empêchant d'avancer. Mon propre fils, resté en bas, me cria de porter le pot sur mon dos. Une telle évidence ! Et moi qui prétendais détenir toute la sagesse, je ne l'avais même pas trouvée. De rage, j'ai lâché la calebasse : elle s'est brisée, et la sagesse s'est éparpillée aux quatre vents, distribuée à tous les hommes. Voilà pourquoi nul ne possède toute la sagesse, et pourquoi un enfant peut en remontrer à son père.

Je prétendais détenir toute la sagesse, et je ne l'avais même pas trouvée.
Tere Marichal, storyteller from Puerto Rico, telling the afro-caribbean folktale of Anansi at Biblioteca Juvenil de Mayagüez during a Multicultural Children's Book Day activity
Tere Marichal, storyteller from Puerto Rico, telling the afro-caribbean folktale of Anansi at Biblioteca Juvenil de Mayagüez during a Multicultural Children's Book Day activityWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Biblioteca Juvenil Mayaguez (talk · contribs)

Vos récits ne s'achèvent pourtant jamais par une morale clairement énoncée. Pourquoi ce choix ?

Parce qu'une leçon qu'on vous enfonce dans l'oreille ressort par l'autre. Chez nous, le conteur ne dit pas : « voici ce qu'il faut penser ». Il raconte, puis il se tait, et il laisse l'auditeur tirer lui-même le fil. C'est là toute la différence avec ces fables venues d'ailleurs qui collent une morale à la fin comme une étiquette sur une jarre. Mes Anansesem font confiance à celui qui écoute. L'enfant accroupi près du feu doit faire un effort, retourner l'histoire dans sa tête, décider lui-même si j'ai eu tort de vouloir tout garder. Ainsi la sagesse populaire ne s'apprend pas par cœur : elle se gagne. Un esprit qu'on a forcé à penser tout seul, voilà le seul qui retient.

Une leçon qu'on vous enfonce dans l'oreille ressort par l'autre.

Quelle place teniez-vous, le soir, dans la vie des villages ashanti ?

Le jour appartient au travail ; le soir m'appartient à moi. Quand la chaleur tombe sur la région Ashanti et que le repas est fini, on s'assoit en cercle, et le tam-tam appelle l'attention. Alors le conteur prononce mon nom pour ouvrir la veillée, comme on soulève le couvercle d'une marmite. Mes aventures n'étaient pas seulement faites pour amuser les petits — elles enseignaient la prudence, l'ingéniosité, la méfiance envers l'orgueil. Un homme qui avait ri de mes déboires retenait, sans même le savoir, qu'il ne faut pas trop se vanter ni convoiter le bien d'autrui. C'est ainsi, de bouche à oreille et de génération en génération, que ma parole tissait la mémoire de tout un peuple.

Le jour appartient au travail ; le soir m'appartient à moi.
Anansi-34
Anansi-34Wikimedia Commons, Public domain — Pamela Colman Smith

Vous dites que votre nom ouvrait chaque récit. Quel pouvoir y a-t-il dans le simple fait de nommer ?

Chez un peuple qui n'écrit pas, la parole est le seul grenier où l'on garde les récoltes de l'esprit. Tout passe par la bouche : les lois, les proverbes, l'histoire des ancêtres, et mes mille tours. Le griot qui invoque Anansi ne fait pas que m'appeler ; il ouvre le grenier et promet que ce qu'on va entendre est vrai à la manière des contes — c'est-à-dire plus vrai que le réel. Voilà pourquoi je tiens tant à mon nom. Dans cette tradition orale, exister, c'est être dit. Un dieu qu'on ne raconte plus s'éteint ; une araignée qu'on nomme chaque soir, elle, ne meurt jamais. Tant qu'un enfant entendra « il était une fois Anansi », mes huit pattes courront encore.

Un dieu qu'on ne raconte plus s'éteint ; une araignée qu'on nomme chaque soir ne meurt jamais.

On dit que vos histoires ont traversé l'océan. Comment ce voyage s'est-il fait ?

Ce fut le plus amer de mes voyages, et je n'y suis pas monté de mon plein gré. Lorsqu'on arracha mes enfants des côtes ashanti pour les jeter, enchaînés, dans le ventre des navires, ils n'avaient plus rien — ni terre, ni nom, ni tam-tam. Mais on ne fouille pas une mémoire comme on fouille des poches. Ils m'emportèrent dans leur tête, caché là où nul négrier ne pouvait me prendre. De l'autre côté de la grande eau, en Jamaïque, à Trinidad, je redressai mes pattes sous un nom déguisé : on m'appela Anancy, on dit les « Nancy stories ». Et pour ces hommes que la force écrasait, je redevins ce que j'avais toujours été : la preuve vivante que le petit peut déjouer le grand.

On ne fouille pas une mémoire comme on fouille des poches.

Des chercheurs ont retrouvé votre empreinte jusque dans le folklore américain. Reconnaissez-vous vos lointains descendants ?

Mon fil est plus long qu'on ne croit. Dans le sud des États-Unis, là où l'on avait conduit d'autres de mes enfants, on se mit à conter les ruses d'un certain Frère LapinBrer Rabbit. Un homme du nom de Joel Chandler Harris rassembla ces histoires et s'étonna de leur ressemblance avec les miennes : ce petit lapin sans crocs qui roule le renard et le loup, n'est-ce pas mon visage sous une autre fourrure ? La même leçon court dans nos deux pelages : quand on n'a pas la force, on garde la tête. J'ai franchi l'océan en araignée, je suis ressorti en lapin, mais le fil est le même. Une histoire, voyez-vous, ne se laisse pas enchaîner : elle change de forme et continue de courir.

J'ai franchi l'océan en araignée, je suis ressorti en lapin, mais le fil est le même.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anansi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.