Interview imaginaire avec Anansi
par Charactorium · Anansi · Mythologie · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, en classe découverte, se sont assis sous un grand arbre. Entre les branches, une toile brille au soleil. Et la voix d'une vieille araignée rusée se met à raconter.
—Bonjour ! On a vu votre toile. C'est vrai que vous êtes une araignée ?
Oui, mon enfant, une araignée. Mais pas n'importe laquelle ! Je tisse ma toile entre les arbres de la forêt, là où vivent les miens, chez le peuple akan, dans le pays qu'on appelle aujourd'hui le Ghana. Imagine huit pattes, toutes petites, face à des bêtes énormes : le léopard, le python. Je suis le plus faible, tu vois ? Mais j'ai une chose qu'ils n'ont pas : la tête bien remplie. On dit que je suis rusé. La ruse, c'est trouver une astuce maligne quand on ne peut pas gagner par la force. Et crois-moi, ça vaut tous les muscles du monde.
Je suis le plus faible de la forêt, mais j'ai la tête la mieux remplie.
—Comment vous avez fait pour avoir toutes les histoires du monde ?
Ah, ça ! Au début, toutes les histoires appartenaient à Nyame, le dieu du ciel. Je suis allé le voir et je lui ai demandé de me les vendre. Il a ri. Il m'a donné une tâche qu'il croyait impossible : lui ramener un python vivant, un nid de frelons, un léopard féroce, et un être qu'on ne peut même pas voir. Tu imagines la peur ! Mais j'ai usé d'astuce pour chacun, un par un. J'ai trompé le python avec une branche, les frelons avec de l'eau. Quand je suis revenu avec tout, Nyame n'en croyait pas ses yeux. Depuis ce jour, les histoires portent mon nom.
Le dieu du ciel m'a donné une tâche impossible. Je l'ai rendue possible.
—C'est quoi le mot bizarre, là, pour vos histoires ?
Tu veux dire Anansesem ? C'est un mot de ma langue, le twi, qu'on parle là-bas chez les Ashanti. Ça veut dire « les paroles d'Anansi ». Joli, non ? Quand un conteur ouvre la bouche le soir, il prononce mon nom avant tout. Car toutes ces histoires, les ruses, les bêtes, les leçons, on dit qu'elles sont à moi. Imagine un grand panier où l'on range toute la mémoire d'un peuple : ses peurs, ses rires, sa sagesse. Ce panier porte mon nom. Je ne suis pas juste un personnage parmi d'autres, mon enfant. Je suis le gardien de toutes les paroles.
On range la mémoire de tout un peuple dans un panier qui porte mon nom.
—Le léopard, il est super fort. Vous avez fait comment pour pas vous faire manger ?
Le léopard ! Quel orgueilleux. Fort, oui, avec ses crocs et ses griffes. Moi, à côté, je suis minuscule. Mais écoute : un jour, il voulait me dévorer. Au lieu de fuir, je lui ai parlé doucement, je l'ai flatté, je lui ai promis un beau jeu. Pendant qu'il se réjouissait, je tendais ma toile autour de lui, fil après fil. Il n'a rien vu venir. Quand il a voulu bondir, il était déjà pris. Tu comprends ? Le fort regarde ses muscles. Le malin, lui, regarde le piège qu'il prépare. La force frappe une fois. La ruse, elle, prépare son coup en silence.
Le fort regarde ses muscles. Le malin regarde le piège qu'il prépare.
—Vous avez des objets magiques pour vos pièges ?
Magiques ? Pas vraiment, mon enfant. Mes outils sont tout simples, ceux qu'on trouve dans n'importe quel village. Une corde pour ligoter. Un pot de miel, bien sucré, pour attirer les gourmands : ils plongent le museau dedans et hop, ils sont coincés. Et parfois, je me cache derrière un masque, je change d'allure pour qu'on ne me reconnaisse pas. Apparaître autrement qu'on est, on appelle ça une métamorphose. Le secret, ce n'est pas l'objet. C'est de savoir s'en servir au bon moment. Une simple ficelle dans des mains malignes vaut mille armes dans des mains bêtes.
Une simple ficelle dans des mains malignes vaut mille armes dans des mains bêtes.

—On nous a dit que vous vouliez garder toute la sagesse pour vous tout seul ?
Ah… tu as entendu cette histoire-là. Elle ne me montre pas sous mon meilleur jour, c'est vrai. J'avais ramassé toute la sagesse du monde, et je voulais la cacher dans un pot, rien que pour moi. Cupide, oui, je l'avoue. J'ai voulu grimper en haut d'un arbre avec le pot serré contre mon ventre. Mais le pot me gênait, je glissais ! Mon petit l'a vu et a crié : « Mets-le donc sur ton dos ! » Et là, j'ai compris : la sagesse, je n'en avais pas tout, puisqu'un enfant en savait plus que moi. De colère, j'ai lâché le pot. Il s'est brisé, et la sagesse s'est répandue partout.
On ne peut pas garder la sagesse pour soi : elle se brise et se répand.
—Vos histoires, on les racontait quand ? Le matin ?
Oh non, jamais le matin ! C'était le soir, mon enfant, quand le soleil tombait derrière les arbres. Le village se rassemblait autour du feu. Parfois le tam-tam résonnait au loin pour appeler les gens. Et le conteur, le griot, commençait toujours par prononcer mon nom. Imagine la nuit chaude, les visages éclairés par les flammes, les petits serrés contre les grands. Et la voix qui raconte mes ruses, mes bêtises, mes victoires. On riait, on avait un peu peur aussi. Ces récits-là, on ne les gardait pas pour les enfants seulement. Les grands écoutaient autant que les petits.
Le soir, autour du feu, le conteur prononçait mon nom avant tout.

—Et à la fin, le monsieur disait la morale, comme dans les fables ?
Justement non, et c'est ce qui me plaît ! Chez nous, le conteur ne te disait pas : « Voilà, la leçon c'est ceci. » Il te laissait y réfléchir tout seul. Mes histoires apprenaient la prudence, la méfiance envers l'orgueil, l'art de se débrouiller. Mais à toi de trouver pourquoi. Tu vois, quand je me fais punir pour ma cupidité, personne n'a besoin de te l'expliquer : tu le sens. Un enfant qui trouve la leçon lui-même la garde pour toujours. Celle qu'on lui récite, il l'oublie au matin. C'est ça, la sagesse de mon peuple : faire travailler la tête des petits.
La leçon qu'un enfant trouve seul, il la garde. Celle qu'on lui récite, il l'oublie.
—C'est vrai que vos histoires sont parties très loin, de l'autre côté de la mer ?
Oui, mon enfant, et c'est une histoire triste celle-là. Des bateaux sont venus sur nos côtes. Des miens, des gens d'Afrique, ont été enchaînés et emmenés de force très loin, par-delà l'océan, vers des îles comme la Jamaïque. On leur a tout pris. Tout, sauf une chose : ils m'ont emporté dans leur tête. Le soir, dans la souffrance, ils se racontaient encore mes ruses. Là-bas, on m'a appelé « Nancy ». Pour eux, j'étais l'espoir : la preuve que le faible, par la malice, peut tenir tête au puissant. On ne peut pas enchaîner une histoire, vois-tu.
On peut enchaîner un homme. On ne peut pas enchaîner une histoire.
—Et aujourd'hui, on vous connaît encore là-bas ?
Oui, et ça me touche beaucoup. Là-bas, de l'autre côté de la mer, j'ai eu comme des cousins. Dans le sud d'un grand pays, les conteurs racontaient un certain Frère Lapin, petit, malin, qui dupait les plus gros que lui. Des savants ont remarqué qu'il me ressemblait drôlement ! C'est qu'il descendait de moi, en quelque sorte. Je suis parti d'une forêt ashanti, tout petit, et me voilà l'ancêtre de mille histoires, dans mille langues. Toi aussi, aujourd'hui, tu connais mon nom. Alors le conteur de jadis avait raison : tant qu'on raconte mes ruses, je ne meurs jamais vraiment.
Tant qu'on raconte mes ruses, je ne meurs jamais vraiment.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anansi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


