Dialogue imaginaire entre Marlene Dietrich et Anna May Wong
par Charactorium · Anna May Wong (1904 — 1961) · Spectacle · Société · 5 min de lecture

C'est dans un salon feutré de Berlin, un soir de tournage de Shanghai Express en 1932, que Marlene Dietrich retrouve son amie Anna May Wong. La fumée des cigarettes se mêle à la lumière tamisée des abat-jour, et un phonographe joue en sourdine. Elles se connaissent depuis les nuits cosmopolites de la capitale allemande, où Anna apprenait l'allemand et fréquentait les cercles artistiques. Marlene, complice et curieuse, veut ce soir entendre ce que son amie ne confie jamais aux journalistes.
—Anna, sur notre plateau tu joues encore Hui Fei, une femme perdue et tragique. Depuis The Toll of the Sea, pourquoi cette ombre te suit-elle partout ?
Toi qui me vois chaque matin au maquillage, Marlene, tu sais que ce n'est pas moi qui choisis. Depuis The Toll of the Sea en 1922, on me confie des Orientales abandonnées, des femmes qui pleurent puis qui meurent avant la dernière bobine. Hui Fei est une prostituée au destin tragique, comme presque tous mes rôles. Je suis condamnée à jouer la méchante Orientale, la femme-dragon perfide, sans issue. On me trouve trop asiatique pour aimer un homme blanc à l'écran, et trop actrice pour disparaître. Alors je meurs, encore et encore, sous les projecteurs. Chaque fois, je glisse dans ces personnages une dignité qu'on n'a pas écrite pour eux — c'est ma seule liberté.
Je suis condamnée à jouer la méchante Orientale, sans issue.
—Quand on te réduit à la Dragon Lady, à la traîtresse aux yeux bridés, que ressens-tu au fond, toi qui es si différente de ces femmes-là ?
Je ressens l'injustice d'un miroir déformant, Marlene. Pourquoi la Chinoise de l'écran est-elle toujours le vilain, si cruelle, un serpent dans l'herbe ? Nous ne sommes pas ainsi. Comment le serions-nous, quand la Chine porte la civilisation la plus riche, la plus mûrie du monde ? Je le disais déjà à un journaliste voici quelques années. Ces rôles de meurtrières et de traîtresses ne me racontent pas ; ils racontent les peurs de ceux qui les écrivent. Je les endosse parce qu'il faut travailler, mais je refuse ceux qui dégradent trop. Un jour, j'espère qu'un film dira enfin la vérité sur les Chinois. Toi qui as connu l'exil, tu comprends qu'on puisse aimer un peuple qu'on vous force à trahir en images.
Comment serions-nous perfides, quand la Chine porte la civilisation la plus mûrie du monde ?
—On raconte que MGM t'a refusé le rôle d'O-Lan dans La Terre chinoise. Comment vit-on pareille humiliation, toi la plus célèbre actrice chinoise du monde ?
C'est la blessure la plus profonde, Marlene. Le studio adaptait le roman de Pearl Buck, une paysanne chinoise au cœur du récit — un rôle fait pour moi. On m'a écartée. On l'a donné à Luise Rainer, une Autrichienne grimée en yellowface, parce que les lois anti-métissage interdisent qu'une actrice asiatique embrasse un partenaire blanc à l'écran. Comprends l'absurdité : on maquille une femme blanche pour jouer une Chinoise, et l'on refuse la Chinoise véritable. On m'a même proposé un rôle de traîtresse dans ce même film ; j'ai décliné. Je ne pouvais pas incarner la seule figure ignoble d'une histoire chinoise que je connais mieux que quiconque. Ce refus m'a marquée comme un fer rouge.
On maquille une femme blanche en Chinoise, et l'on refuse la Chinoise véritable.
—Ce yellowface, ces contrats qui bornent tes rôles avant même le premier plan — te sens-tu prisonnière d'un système bâti contre toi ?
Prisonnière, oui, mais lucide. Le studio system tient nos vies entières : nos rôles, nos visages publics, jusqu'à qui nous pouvons aimer. Les contrats que je signe portent parfois des clauses qui limitent ce que j'ai le droit d'incarner — le racisme couché noir sur blanc. Pendant qu'on maquille des acteurs blancs en Asiatiques, on me barre les grands rôles au nom d'une prétendue morale. Le Code Hays interdit l'amour entre races à l'écran, alors je reste éternellement au second plan. Mais un contrat n'achète pas ma conscience. Je refuse les scripts qui rabaissent, et ces refus sont rares pour une femme sans pouvoir. Toi qui connais la puissance des studios, tu sais ce que coûte un simple « non ».
Un contrat n'achète pas ma conscience.
—Tu te souviens de nos soirées ici même, à Berlin, quand tu apprenais l'allemand ? Qu'es-tu venue chercher en Europe en quittant Hollywood ?
Je suis venue chercher l'air libre, Marlene. En 1928, lassée du racisme d'Hollywood, j'ai traversé l'océan. Londres, Paris, Berlin m'ont offert ce que l'Amérique me refusait : des rôles ambitieux, une critique qui m'acclamait, des cercles d'artistes où l'on me voyait comme une actrice, non comme une curiosité exotique. À Londres, j'ai tourné Piccadilly en 1929 — enfin un personnage complexe, Shosho, une plongeuse qui devient étoile. Ici, à Berlin, j'ai appris ta langue, fréquenté vos théâtres, et rencontré des esprits libres comme toi. Ces années européennes m'ont rendu une dignité artistique. Je respire différemment de ce côté-ci de l'Atlantique — et nos rires ensemble en font partie.
Je suis venue chercher l'air libre — l'Europe m'a rendu une dignité artistique.

—Sur notre plateau je te vois plus légère qu'on ne t'imagine. Cette liberté d'ici change-t-elle vraiment la façon dont tu joues ?
Elle change tout, Marlene. À Hollywood, je jouais crispée, sachant qu'une seule erreur me ferait remplacer par une autre — l'actrice asiatique n'a pas droit à la faute. Ici, on me fait confiance, alors j'ose. Dans Piccadilly, j'ai pu donner à Shosho une profondeur qu'on ne m'aurait jamais laissée à Los Angeles. Le passage au cinéma parlant, que tant redoutaient, fut pour moi une chance : je parle anglais, cantonais, mandarin, français, ton allemand. Ma voix devient enfin un atout, non un handicap. Travailler à tes côtés dans Shanghai Express, c'est retrouver ce plaisir pur du jeu, entre amies qui se comprennent d'un regard. Je joue mieux quand on me regarde comme une artiste.
Je joue mieux quand on me regarde comme une artiste.
—Tu es partie en Chine l'an passé retrouver tes racines. Je t'ai sentie changée au retour — que t'est-il arrivé là-bas, mon amie ?
Un rejet que je n'avais pas imaginé, Marlene. En 1936, j'ai parcouru Shanghai et Pékin, cherchant le pays de mon père, améliorant mon mandarin. J'espérais y trouver un foyer. Mais la presse nationaliste m'a accueillie glacialement : elle me reprochait mes rôles de femmes vénales et de traîtresses, m'accusant de salir l'image de la Chine. Comprends l'ironie cruelle — ces rôles, on me les avait imposés en Amérique, et voilà qu'on m'en punissait en Chine. Étrangère à Hollywood parce qu'asiatique, étrangère en Chine parce qu'américaine. Je suis rentrée ébranlée, sans terre pleinement mienne. Toi qui as quitté ton Allemagne, tu sais ce qu'est cette appartenance qu'on vous refuse des deux côtés.
Étrangère à Hollywood parce qu'asiatique, étrangère en Chine parce qu'américaine.

—Ce double rejet, ni tout à fait américaine, ni tout à fait chinoise — comment portes-tu ce déchirement sans qu'il te brise ?
Je le porte comme une seconde peau, Marlene. Je suis née à Los Angeles, dans le Chinatown, fille d'un blanchisseur ; l'Amérique est mon pays natal, mon passeport le dit. Pourtant Hollywood me traite en étrangère perpétuelle, et la Chine me voit en enfant prodigue infidèle. Alors j'ai cessé d'attendre qu'un lieu me réclame. Mon foyer, je le construis dans mon travail, dans mes amitiés — dans les soirées comme celle-ci. Ce déchirement, au lieu de me briser, aiguise ma volonté : je veux qu'un jour les nôtres, sur l'écran, ne soient plus des caricatures. Si je ne suis d'aucun pays entièrement, peut-être suis-je le pont entre deux — et un pont, cela sert à faire passer les autres.
Si je ne suis d'aucun pays entièrement, peut-être suis-je le pont entre deux.
—Tu portes ce soir encore un qipao superbe. Les couturiers t'adorent, on te dit parmi les femmes les mieux vêtues — qu'est-ce que ce vêtement dit de toi ?
Il dit ma fierté, Marlene. Le qipao n'est pas un costume de scène que j'ôte le soir ; je le porte en public par choix, à une époque où l'on se moque de tout ce qui est asiatique. Quand je l'endosse, j'affirme que la civilisation chinoise est belle, qu'elle mérite d'être vue avec respect. Les couturiers de Paris et de Londres me taillent des robes, on me cite parmi les élégantes du monde — mais ma plus belle parure reste ce vêtement de mes ancêtres. Je mêle vos modes occidentales et cette soie ajustée, et j'en fais une déclaration. Puisqu'on m'impose l'exotisme à l'écran, je choisis, dans la vie, ce que mon héritage a de plus noble.
Puisqu'on m'impose l'exotisme à l'écran, je choisis, dans la vie, la part la plus noble de mon héritage.
—Derrière l'élégance que le monde admire, y a-t-il un combat que tu mènes que le public ne devine jamais, toi qui parais si légère aux premières ?
Le combat est constant, Marlene, sous chaque sourire de première. On me voit rire dans les dîners d'artistes, on vante ma toilette, mais on ignore les scripts que je jette : servantes soumises, criminelles, traîtresses que je refuse d'incarner. Chaque « non » me coûte un rôle, parfois un studio. Je lis énormément, j'écris à ma famille de Los Angeles, je cultive cinq langues — non par coquetterie, mais pour rester maîtresse de moi-même quand tout veut me réduire. L'élégance est mon armure, pas ma frivolité. Toi qui te caches aussi derrière une image, tu sais que la légèreté publique est souvent le masque d'une gravité tenace. Je souris pour survivre, et je résiste pour que celles qui viendront n'aient plus à sourire ainsi.
L'élégance est mon armure, pas ma frivolité.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anna May Wong. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


