Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre John Quincy Adams et Anne Royall

par Charactorium · Anne Royall (1769 — 1854) · Lettres · Société · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Anne Royall
Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — 38 Degrees

C'est dans un logement encombré de Washington, à deux pas du Capitole, que John Quincy Adams vient retrouver Anne Royall en ce printemps de 1842. L'odeur d'encre et le bois de la presse manuelle emplissent la pièce basse, où s'entassent papiers, épreuves et registres d'abonnés. Ancien président devenu représentant obstiné, il connaît de longue date cette femme redoutée qui arpentait les couloirs du pouvoir sans jamais demander d'audience. Il s'assied parmi les journaux, curieux de comprendre, avant qu'il ne soit trop tard, ce qui a forgé la première femme reporter de la République.

Anne, on vous a connue veuve et sans le sou après la mort de votre mari. Est-ce vraiment la ruine qui a fait de vous une femme de lettres ?

C'est la vérité toute nue, et je n'en rougis pas. Quand William est mort en 1812, sa famille s'est jetée sur son testament comme une meute, et la justice m'a tout repris en 1823. Passé cinquante ans, sans toit ni rente, il me fallait vivre ou mourir : j'ai choisi de vivre de ma plume. J'ai pris la diligence, mon encrier et une malle, et je suis partie regarder ce pays en face pour le raconter. Vous qui avez toujours eu un nom et un rang, vous ignorez ce que c'est de tout devoir à sa seule audace. La misère m'a arraché mes illusions, mais elle m'a donné mon métier.

La misère m'a arraché mes illusions, mais elle m'a donné mon métier.

Vos premiers Sketches ont paru en 1826. Qu'espériez-vous, en jetant ainsi vos observations sur la jeune République au visage du public ?

J'espérais manger, d'abord, je ne vous mentirai pas. Mais en écrivant ces Sketches of History, Life, and Manners, j'ai découvert que j'avais l'œil pour ce que les autres ne voulaient pas voir : la vanité des villes, la bêtise des grands, la vie vraie des petits. J'allais de ville en ville, je notais tout, les mœurs, les rues, les visages. Le livre s'est vendu, et j'ai compris que mon regard valait de l'argent et, mieux encore, qu'il dérangeait. On me croyait finie, une vieille femme sur les routes ; j'ai répondu par un livre, puis par un autre. C'est ainsi qu'on m'a d'abord lue avant de me craindre.

Je vous ai vue plus d'une fois surgir dans les couloirs, sans rendez-vous, carnet en main. Comment osiez-vous ainsi forcer la porte des sénateurs et des ministres ?

J'osais parce que personne d'autre ne le faisait, et parce que ces messieurs comptaient là-dessus. Je montais au Capitole l'après-midi, je m'installais, et j'attendais qu'un sénateur passât pour le questionner droit dans les yeux. Le rendez-vous, voyez-vous, c'est l'arme du puissant pour éconduire le gêneur : je le lui refusais donc à mon tour. Vous-même, lorsque je suis venue vous trouver, avez-vous jamais réussi à m'expédier d'un mot ? Un homme qui n'a rien à cacher répond ; celui qui se dérobe se dénonce. Je ne cherchais pas la faveur, je cherchais la vérité, et je la prenais où elle se tenait.

Le rendez-vous, c'est l'arme du puissant pour éconduire le gêneur : je le lui refusais.

On murmure que bien des hommes politiques s'abonnent à votre feuille moins par goût que par crainte d'y figurer. Est-ce là une réputation que vous cultivez ?

Je ne la cultive pas, je la mérite. Un fonctionnaire honnête n'a rien à redouter de Paul Pry ni de The Huntress ; c'est le fripon qui pâlit en voyant mon nom sur l'enveloppe. Alors oui, beaucoup paient leur abonnement comme on paie une prime d'assurance, espérant que la plume ira se planter dans le voisin plutôt qu'en eux. Grand bien leur fasse : leur argent nourrit ma presse, et ma presse continue de les surveiller. J'ai fait de la peur du scandale un outil de vertu publique. Qu'importe qu'on me lise par admiration ou par frayeur, pourvu qu'on me lise et qu'on se tienne droit.

Beaucoup paient leur abonnement comme une prime d'assurance, espérant que la plume aille se planter dans le voisin.

Puisque nous sommes entre nous, Anne : cette histoire où vous m'auriez interrogé assise sur mes habits, tandis que je me baignais dans le Potomac — qu'en est-il vraiment ?

Ah, vous voilà bien placé pour rétablir les faits, et pourtant je vous vois sourire ! Je vous laisse la joie de démentir ce que le peuple préfère croire. Ce qui est sûr, c'est que la légende m'a servie autant qu'elle m'a caricaturée : on me prête cette audace-là parce qu'on m'en a vu de plus grandes ailleurs. Les gens ont besoin d'une image, d'une femme qui n'a peur de rien, pas même d'un président dans l'eau. Qu'ils la gardent. Moi, je sais ce que j'ai fait et ce que je n'ai pas fait, et cela me suffit. La vérité, cher Monsieur, est souvent plus austère que la fable — et bien moins vendeuse.

La vérité est souvent plus austère que la fable — et bien moins vendeuse.
AnneRoyallHeadstone
AnneRoyallHeadstoneWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Slashme

En 1829, on vous a traînée devant un tribunal de cette même ville et déclarée common scold. Comment avez-vous vécu ce procès en mégère querelleuse ?

Comme une infamie déguisée en justice, voilà comment. Me juger pour « mégère querelleuse », moi, alors qu'on laissait courir cent voleurs de deniers publics ! C'était une loi moisie qu'on ressortait exprès pour faire taire une femme qui parlait trop haut. Je me suis tenue devant ce tribunal sans baisser la tête, car céder eût été leur donner raison. On a voulu me couvrir de ridicule, mais le ridicule est retombé sur ceux qui exhumaient des lois d'un autre âge pour une querelle de plume. J'y ai gagné plus de lecteurs que d'ennemis. Une femme qu'on traîne en justice pour avoir dit vrai devient, qu'on le veuille ou non, un drapeau.

On me jugeait pour ma langue, quand on laissait courir cent voleurs de deniers publics.

J'ai entendu qu'on parla même de vous plonger dans le fleuve attachée à une chaise. Ce ducking stool menaçait-il sérieusement une femme de votre âge ?

Sérieusement, oui, et cela vous dit dans quel siècle nous vivons encore. On a réellement évoqué de m'attacher au ducking stool et de me tremper dans le Potomac, comme au temps des sorcières. Songez-y : une vieille femme, coupable d'avoir tenu une plume trop libre, qu'on eût noyée à moitié pour l'exemple. Le juge a heureusement reculé devant le grotesque et m'a condamnée à une amende. Et savez-vous qui l'a payée ? Deux journalistes, deux confrères venus me soutenir. Voilà qui m'a réchauffé le cœur plus que la sentence ne m'avait glacée. Ce jour-là, j'ai compris que la presse, quand elle se serre les coudes, est plus forte que les vieilles chaises à noyer.

On eût noyé à moitié une vieille femme, coupable d'avoir tenu une plume trop libre.
Official portrait of Baroness Royall of Blaisdon crop 2, 2024
Official portrait of Baroness Royall of Blaisdon crop 2, 2024Wikimedia Commons, CC BY 3.0 — ©House of Lords / photography by Roger Harris

Votre Black Book a fait scandale en attaquant nommément les missionnaires. Pourquoi vous être ainsi acharnée contre les hommes de religion ?

Parce que je ne m'en prends pas à la foi, Monsieur, mais à ceux qui s'en servent comme d'un levier de pouvoir. Dans The Black Book, j'ai désigné les missionnaires et les sociétés pieuses qui, sous couvert de sauver les âmes, voulaient mettre la main sur nos écoles, nos lois, notre République. Ces gens du Second Grand Réveil rêvent d'un gouvernement soumis à la chaire ; moi, je défends une nation où le pasteur reste au temple et le magistrat au tribunal. On m'a traitée d'impie pour cela. Qu'importe. J'ai vu de trop près l'hypocrisie de ceux qui prêchent la charité et pratiquent l'intrigue. Je préfère leur haine à leur bénédiction.

Je ne m'en prends pas à la foi, mais à ceux qui s'en servent comme d'un levier de pouvoir.

Vous placez la séparation de l'Église et de l'État au cœur de votre combat. Est-ce là, selon vous, l'affaire de toute votre vie de plume ?

C'en est le fil rouge, oui, celui qui court de Paul Pry jusqu'à The Huntress. Nos pères ont bâti une République en tenant l'autel à distance du gouvernement, et je vois aujourd'hui des zélateurs vouloir défaire cet ouvrage à coups de sermons et de pétitions. Tant que je tiendrai une plume, je crierai que la liberté de conscience meurt le jour où une secte dicte la loi. C'est un combat qui m'a coûté des amis, des abonnés, ma tranquillité. Mais une République sans cette muraille entre le trône et l'autel n'est qu'une théocratie qui s'ignore. J'aime trop ce pays pour le laisser glisser là sans crier gare.

La liberté de conscience meurt le jour où une secte dicte la loi.

Vous dirigez seule votre feuille depuis tant d'années, âgée et sans fortune. Qu'est-ce qui vous retient encore, chaque matin, devant cette presse ?

L'ouvrage inachevé, tout simplement. Tant qu'il restera un fripon au Capitole et une âme prête à me lire, je corrigerai mes épreuves le soir à la chandelle. The Huntress est mon dernier champ de bataille, et je compte y mourir debout, l'encre aux doigts. Je n'ai ni fortune ni descendance ; ce journal est mon héritage, la seule chose que la famille de mon mari n'aura pas pu me voler. On me croit une vieille entêtée dans son taudis de papiers : soit. Cette entêtée a ouvert une porte que d'autres femmes, après moi, franchiront la tête haute. Voilà pourquoi je me lève chaque matin devant cette presse.

Je compte mourir debout, l'encre aux doigts.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anne Royall. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.