Les enfants interrogent Anne Royall
par Charactorium · Anne Royall (1769 — 1854) · Lettres · Société · 5 min de lecture

Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte à Washington, poussent la porte d'un petit logement encombré de papiers. Une vieille dame aux robes sombres pose sa plume et leur sourit. C'est Anne Royall, et elle a mille histoires à raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez commencé à écrire des livres ?
Tu sais, mon enfant, j'avais déjà plus de cinquante ans. Imagine : à cet âge, la plupart des femmes se reposent près du feu. Moi, je venais de tout perdre. Mon mari William Royall était mort, et sa famille m'a pris l'héritage qu'il m'avait laissé. Des procès pendant des années ! En 1823, la justice a tranché contre moi. Ruinée, sans un sou. Alors j'ai fait mes bagages dans une vieille malle et j'ai voyagé à travers le pays, en diligence, sur des routes affreuses. J'écrivais ce que je voyais, et je vendais mes livres pour manger. C'est le malheur qui a fait de moi une écrivaine.
C'est le malheur qui a fait de moi une écrivaine.
—C'était comment de voyager toute seule en diligence à cette époque ?
Ah, ce n'était pas un voyage de plaisir, crois-moi ! Imagine une voiture de bois tirée par des chevaux, qui saute sur chaque trou de la route. Pas de moteur, juste le bruit des sabots et le grincement des roues. J'y ai parcouru des milliers de kilomètres, secouée comme un sac. Mon premier livre, les Sketches, en 1826, est né de ces routes. J'observais tout : les villes, les gens, leurs bêtises et leurs vertus. Une vieille dame seule qui pose trop de questions, ça dérange. Mais mes yeux étaient mon vrai trésor, et personne ne pouvait me les voler.
Mes yeux étaient mon vrai trésor, et personne ne pouvait me les voler.
—Comment vous faisiez pour parler aux hommes politiques ? Vous aviez un rendez-vous ?
Un rendez-vous ? Jamais, mon petit ! Je montais tout droit au Capitole, ce grand bâtiment où siègent ceux qui font les lois. J'entrais dans les bureaux des ministres sans frapper trop fort, et je posais mes questions. Les sénateurs me voyaient arriver et pâlissaient un peu. Tu sais pourquoi ? Ils avaient peur de se retrouver dans mon journal ! Beaucoup s'abonnaient non pas par amour de moi, mais par crainte que je raconte leurs petites malhonnêtetés. Une femme âgée qui n'a peur de rien, ça vaut mieux qu'une armée. Le franc-parler, c'était mon arme.
Une femme âgée qui n'a peur de rien, ça vaut mieux qu'une armée.
—C'est vrai l'histoire du président tout nu dans la rivière ?
Ha ! Tu as entendu cette légende, toi aussi ? On raconte que j'aurais surpris le président John Quincy Adams en train de se baigner dans le Potomac, la grande rivière de Washington. Je me serais assise sur ses habits, refusant de les rendre tant qu'il n'aurait pas répondu à mes questions ! C'est une belle histoire, n'est-ce pas ? Mais je dois être honnête avec toi : elle n'est presque sûrement pas vraie. Les gens l'ont inventée parce qu'elle me ressemble. Voilà ce qui arrive quand on est connue pour son audace : on te prête des exploits que tu n'as même pas commis.
Voilà ce qui arrive quand on est connue pour son audace.
—C'était quoi votre journal ? Ça parlait de quoi dedans ?
J'en ai eu deux, mon enfant ! Le premier s'appelait Paul Pry, à partir de 1831. Puis, en 1836, je l'ai remplacé par The Huntress, que j'ai dirigé jusqu'à ma mort. Une chasseuse, tu comprends ? Je chassais les voleurs et les tricheurs de l'État. Chaque semaine, sur ma vieille presse à imprimer en bois et en fonte, je fabriquais mes feuilles, ligne par ligne. Je dénonçais les fonctionnaires corrompus qui volaient l'argent du peuple. Et je défendais une idée qui me tenait à cœur : que l'Église et l'État restent séparés, chacun à sa place, sans se mélanger.
Je chassais les voleurs et les tricheurs de l'État.

—Comment vous gagniez de l'argent avec votre journal ?
Bonne question, petite tête ! Un journal, ça ne se donne pas, ça se vend. J'avais un registre, un grand carnet, où j'inscrivais chaque abonné. Un abonnement, c'est de l'argent payé d'avance par un lecteur pour recevoir mes feuilles toute l'année. C'était ma seule ressource. Le matin, je lisais le courrier de mes abonnés ; le soir, je corrigeais les épreuves avant l'impression. Je vivais pauvrement, tu sais : du pain, quelques légumes, un peu de viande les bons jours. Mais chaque sou venait de lecteurs qui croyaient en ma voix. Aucun riche ne me payait pour me taire.
Aucun riche ne me payait pour me taire.
—C'est vrai que vous avez été jugée au tribunal ? Vous aviez fait quoi ?
Oui, en 1829, à Washington ! Et sais-tu de quoi on m'accusait ? D'être une common scold — dans la vieille langue, cela veut dire une « mégère querelleuse », une femme qui trouble la paix en criant trop fort ses vérités. Un délit d'un autre âge ! On a même parlé de me punir avec le ducking stool : imagine une chaise fixée à un long bras de bois, où l'on t'attache pour te plonger dans la rivière glacée. Heureusement, le juge a choisi une simple amende. Et devine qui l'a payée ? Deux journalistes venus me soutenir. On ne fait pas taire une femme en la mouillant.
On ne fait pas taire une femme en la mouillant.
—Vous aviez peur pendant votre procès ?
Peur ? Un peu, je ne vais pas te mentir, mon enfant. J'étais vieille et pauvre, seule face à tout un tribunal. Imagine-toi debout dans une salle pleine d'hommes qui te regardent comme une bête curieuse. Le cœur bat fort, les jambes tremblent. Mais tu sais, la peur ne m'a jamais empêchée de parler. J'avais compris une chose : si je me taisais ce jour-là, tous les corrompus de Washington auraient gagné. Alors j'ai gardé la tête haute. Ma condamnation fut l'une des dernières de ce genre dans notre histoire. J'en suis presque fière, figure-toi.
La peur ne m'a jamais empêchée de parler.

—Pourquoi vous étiez fâchée contre les gens d'Église ?
Attention, mon petit, je n'étais pas contre la foi ! J'étais contre ceux qui s'en servent pour prendre le pouvoir. À mon époque, un grand mouvement religieux agitait le pays : on l'appelait le Second Grand Réveil. Des prédicateurs et des missionnaires voulaient tout diriger, jusqu'aux affaires de l'État. Dans mon livre The Black Book, en 1828, je les ai attaqués nommément. Je disais qu'ils menaçaient la liberté de la jeune République. Cela m'a valu beaucoup d'ennemis, crois-moi. Mais je pense qu'un prêtre doit rester dans son église, et l'homme de loi dans son tribunal. Chacun à sa place.
Un prêtre dans son église, l'homme de loi dans son tribunal.
—Ça vous faisait quoi d'avoir autant d'ennemis à cause de vos idées ?
Tu sais, mon enfant, les ennemis, c'est le prix de la vérité. Chaque fois que j'écrivais un nom dans The Huntress, je savais que je me faisais un adversaire de plus. Les missionnaires me détestaient, les fonctionnaires me craignaient. Certains soirs, seule dans mon petit logement encombré de papiers, je me sentais bien fatiguée. Mais imagine un instant que je me sois tue pour être aimée : à quoi aurais-je servi ? Rien. Une plume qui n'ose rien dire ne vaut pas l'encre qu'elle boit. J'ai préféré être redoutée et libre plutôt que douce et muette.
Une plume qui n'ose rien dire ne vaut pas l'encre qu'elle boit.
—Si on se souvenait d'une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Oh, quelle jolie question pour finir ! Si tu ne devais garder qu'une chose, souviens-toi de ceci : une femme, vieille et sans argent, a osé poser des questions que personne d'autre n'osait poser. J'ai dirigé mes journaux seule, jusqu'à mes quatre-vingt-cinq ans, dans cette ville de Washington. On me dit l'une des premières femmes reporters des États-Unis. Ce titre me touche. Mais ce que je voudrais vraiment te laisser, c'est le courage. Le courage de regarder les puissants dans les yeux et de dire tout haut ce qui est juste. Voilà mon vrai héritage, à toi maintenant de le porter.
Le courage de dire tout haut ce qui est juste.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anne Royall. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


