Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Annie Ernaux

par Charactorium · Annie Ernaux (1940 — ?) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un pavillon discret de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, près du Val-d'Oise, qu'Annie Ernaux nous reçoit, des cahiers raturés posés sur la table. La voix est posée, presque clinique, sans aucune emphase. Au mur, des photographies anciennes — une enfant, un comptoir, une Normandie disparue.

Où placez-vous le point de départ de tout ce que vous avez écrit ?

Dans un café-épicerie d'Yvetot, en Normandie, derrière le comptoir où mes parents servaient à la fois le cidre et les denrées. J'ai grandi là, entre deux mondes qui ne se parlaient pas : les clients ouvriers qui venaient boire un verre debout, et l'école qui, chaque jour, m'éloignait un peu plus d'eux. Ce comptoir était une frontière. D'un côté la langue du patois, des gestes, du travail ; de l'autre le français correct, le dictionnaire, les manières apprises. Ma mère, derrière sa caisse, était persuadée que l'instruction me sauverait de la condition ouvrière. Elle avait raison, et c'est précisément ce sauvetage qui m'a coûté le plus cher. On ne change pas de monde sans trahir le premier.

Ce comptoir était une frontière entre deux mondes qui ne se parlaient pas.

Vous employez souvent le mot « honte ». Que recouvre-t-il exactement chez vous ?

La honte n'est pas un sentiment vague, c'est une donnée sociale précise. Je l'ai éprouvée enfant, quand je mesurais l'écart entre la manière de parler de mes parents et celle des familles cultivées. On devient ce que la sociologie appelle un transfuge de classe : on monte, oui, mais on emporte avec soi une gêne qui ne vous quitte plus. J'ai mis un livre entier à nommer cela. Le danger, quand on a réussi par les études, c'est de mépriser d'où l'on vient, de regarder ses propres parents avec les yeux du monde qui vous a adoptée. J'ai toujours refusé ce mépris-là. Écrire, pour moi, c'est rendre justice à ce milieu populaire sans le trahir une seconde fois, sans le décrire de haut. La honte, retournée, devient une matière, presque une méthode.

On dit que vous avez mis plus de dix ans à écrire le livre consacré à votre père. Pourquoi cette lenteur ?

Parce que j'ai d'abord cherché au mauvais endroit. J'ai voulu écrire un roman, avec une intrigue, des personnages, du style — et chaque fois cela sonnait faux, presque indécent. Raconter la vie d'un homme du peuple, mon père, avec les artifices de la belle littérature, c'était le trahir une dernière fois, le faire entrer de force dans un monde qui n'était pas le sien. J'ai tout abandonné. Il m'a fallu près de quinze ans pour comprendre qu'il n'y avait qu'une seule forme juste : dépouillée, sans métaphores, sans émotion ajoutée. Le jour où j'ai écrit La Place ainsi, en 1983, les phrases sont venues. Le prix Renaudot est arrivé la même année, mais ce n'est pas ce qui comptait : j'avais enfin trouvé comment ne pas mentir.

Raconter la vie de mon père avec les artifices de la belle littérature, c'était le trahir.

Comment décririez-vous cette forme que vous appelez l'« écriture plate » ?

C'est une écriture sans effets, sans lyrisme, sans ces images qui flattent le lecteur cultivé. Une écriture qui ressemble à celle que j'employais autrefois dans mes lettres à mes parents : factuelle, droite, sans rien qui dépasse. La Place s'ouvre ainsi : « Mon père est mort deux mois jour pour jour avant que je sois reçue à l'agrégation de lettres modernes. Il avait soixante-sept ans et tenait avec ma mère un café-alimentation dans un quartier d'Yvetot. » Tout est là, sec, vérifiable. Pas un adjectif pour consoler. J'ai compris que toute beauté de style aurait été une forme de mépris de classe : la littérature des dominants pour raconter les dominés. L'écriture plate, c'est mon outil le plus précis, comme un cahier où l'on note sans embellir.

Dans L'Événement, vous revenez sur l'avortement clandestin que vous avez vécu. Qu'est-ce qui vous a décidée à le raconter ?

1963. J'étais étudiante, j'attendais un enfant que je ne voulais pas, et la loi faisait de moi une criminelle. Il n'y avait ni la loi Neuwirth, qui n'autoriserait la contraception qu'en 1967, ni a fortiori la loi Veil. Il fallait trouver une faiseuse d'anges, dans l'illégalité, le silence et la peur du sang. J'ai porté cela des décennies avant d'oser l'écrire dans L'Événement, en 2000. Non pour me confesser — l'aveu ne m'intéresse pas — mais parce que cette expérience était celle de milliers de femmes que l'Histoire avait effacées. Écrire un événement intime, c'est l'arracher au secret honteux pour en faire un fait social, transmissible. Quand le livre a été porté à l'écran en 2021, j'ai vu de jeunes femmes découvrir, stupéfaites, ce qu'avaient traversé leurs grands-mères.

L'aveu ne m'intéresse pas : il s'agissait d'arracher au secret ce qu'avaient vécu des milliers de femmes.
Annie Ernaux al Salone del Libro
Annie Ernaux al Salone del LibroWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — 2cordevocali

Pensez-vous qu'un récit individuel comme celui-là puisse avoir une portée collective ?

C'est même toute ma conviction. Je n'écris jamais « je » pour parler de moi seule. Mon corps de jeune femme de 1963, sa détresse, son sang, n'ont d'intérêt que parce qu'ils disent la condition faite à toutes les femmes d'une époque, avant que les lois ne changent. C'est ce que je nomme l'autosociobiographie : la vie personnelle lue comme le reflet d'une trajectoire collective. Quand on m'objecte que l'avortement n'est pas un sujet littéraire, je réponds que rien n'est plus politique que de décider qui a le droit de raconter son propre corps. L'Événement n'est pas un plaidoyer, c'est un constat clinique, daté, précis. Et les constats, parfois, agissent plus fort que les manifestes, parce qu'on ne peut pas les accuser d'exagérer.

Les Années est souvent présenté comme votre livre le plus ambitieux. Comment l'avez-vous construit ?

À partir de photographies. J'ai posé devant moi les images de toute une vie — une petite fille à Yvetot, une jeune femme, une mère, une grand-mère — et chaque cliché ouvrait une époque, des années 1940 à 2006. Mais j'ai refusé le « je ». J'ai écrit « elle », « on », « nous », pour fondre ma mémoire dans celle d'une génération entière, celle qui a traversé les Trente Glorieuses, la consommation de masse, la télévision. Le livre commence par cette phrase qui me hante : « Toutes les images disparaîtront. » Voilà ce que combat l'écriture : la disparition. Chaque photo est une preuve fragile d'un passage sur la terre, et le livre tente de sauver ce qui, sans cela, retournerait au néant.

Chaque photographie est une preuve fragile d'un passage sur la terre.
Annie Ernaux al Salone del Libro (cropped2)
Annie Ernaux al Salone del Libro (cropped2)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — 2cordevocali

Que cherchez-vous quand vous mêlez votre souvenir intime à celui de toute une époque ?

Je cherche à faire exister la mémoire collective, cette chose qu'aucun individu ne possède seul. Une chanson, une marque de lessive, un slogan publicitaire, une réforme : ce sont les sédiments d'une vie commune. Dans Les Années, ma mémoire personnelle n'est qu'un fil parmi des millions, et c'est cela qui m'intéresse — non pas ce qui me distingue, mais ce qui me relie. Je tiens depuis des décennies un journal, j'accumule des notes, des observations prises dans les centres commerciaux de Cergy, dans le métro, dans la rue. La matière de l'Histoire n'est pas seulement dans les traités : elle est dans un emballage, un repas, une émission de télévision regardée le soir. Je suis une archéologue de l'ordinaire.

En 2022, vous devenez la première femme française à recevoir le prix Nobel de littérature. Qu'avez-vous ressenti à Stockholm ?

Une étrange responsabilité, plus qu'une joie personnelle. À Stockholm, en décembre 2022, je pensais à la petite fille du café-épicerie d'Yvetot, fille de commerçants modestes, à qui personne n'aurait prédit cette salle, ces robes, ces discours. Le comité a salué « l'acuité clinique » avec laquelle j'explore les contraintes collectives de la mémoire. Mais ce qui m'importait, je l'ai dit dans mon discours : « Je considérerai comme un honneur que des lecteurs et des lectrices, en France et ailleurs, puissent trouver dans mes livres de quoi penser leur propre vie, leur propre expérience. » Voilà le seul Nobel qui vaille : non pas la consécration d'une personne, mais le fait que des inconnus se reconnaissent dans une vie qui n'est pas la leur.

Le seul Nobel qui vaille, c'est que des inconnus se reconnaissent dans une vie qui n'est pas la leur.

Que diriez-vous à ceux qui se demandent à quoi sert d'écrire sa propre existence ?

Qu'écrire sa vie, ce n'est pas s'admirer dans un miroir, c'est offrir un outil. Quand j'ai écrit la mort de ma mère — « Ma mère est morte le lundi 7 avril à la maison de retraite de l'hôpital de Pontoise » —, je ne cherchais pas à pleurer en public. Je cherchais la forme la plus juste pour dire une femme du peuple, son ambition pour sa fille, son émancipation par le travail. Une vie singulière, écrite avec assez de précision, devient le miroir de milliers d'autres. C'est pourquoi je n'ai jamais cru à la frontière entre l'intime et le social, entre la littérature et la sociologie de Bourdieu que j'ai tant lue. Tout ce que j'ai vécu, je l'ai vécu comme une enquête. Et l'enquête, elle, appartient à tous.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Annie Ernaux. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.