Interview imaginaire avec Antoine de Saint-Exupéry
par Charactorium · Antoine de Saint-Exupéry (1900 — 1944) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, ont rendez-vous avec un grand monsieur au regard rieur. Il a posé sa veste de pilote sur une chaise. Sur la table traînent des feuilles couvertes de petits dessins.
—C'était comment, votre premier vrai métier de pilote ?
Tu sais, j'avais à peine vingt-six ans. En 1926, j'entre à la compagnie Latécoère, qu'on appellera bientôt l'Aéropostale. C'était une entreprise qui transportait le courrier en avion, des lettres, par-dessus la mer et le désert. Je décollais de Toulouse, d'un terrain qui s'appelait Montaudran. Imagine un petit avion ouvert au vent, sans rien pour te chauffer. On disait « faire la ligne » : suivre toujours la même route, beau temps ou tempête. J'avais peur, oui. Mais porter une lettre à l'autre bout, c'était porter un peu de la vie des gens.
Faire la ligne, c'était porter un peu de la vie des gens.
—Vous viviez vraiment tout seul au bord du désert ?
Presque, mon enfant. En 1927, on m'a nommé chef d'escale à Cap Juby, au bord du Sahara, au Maroc. Une escale, c'est un point d'arrêt où l'avion se pose pour refaire le plein et changer de pilote. Le mien était au milieu de nulle part. Je dormais dans un baraquement tout simple, et je regardais le soleil se lever sur le sable. Parfois, des pilotes étaient capturés par les nomades du désert, qu'on appelait les Maures. Alors je devais discuter avec eux, patiemment, pour les libérer. Le désert m'a appris le silence.
Le désert m'a appris le silence.
—Vous avez vraiment failli mourir de soif un jour ?
Oui, et j'y pense encore. En décembre 1935, je tente un grand vol, un raid, de Paris vers Saïgon, avec mon mécanicien André Prévot. Un raid, c'est un vol de très longue distance, presque d'une traite. Et nous nous écrasons en plein désert de Libye. Plus une goutte d'eau. Pendant des jours, on marche, et le soleil te joue des tours : tu crois voir des lacs, des palmiers… des mirages. On allait mourir quand un Bédouin nous a trouvés et sauvés. Cette soif-là, je ne l'ai jamais oubliée. Elle a coulé plus tard dans mes livres.
Le soleil te montre des lacs qui n'existent pas : ce sont les mirages.
—Cette aventure horrible, ça vous a aidé à écrire après ?
Beaucoup, figure-toi. Quand on a connu la vraie soif, on comprend ce qui compte. Plus tard, dans Le Petit Prince, mon héros tombe lui aussi en panne dans le désert, et il cherche de l'eau. Ce n'est pas un hasard. Dans un autre livre, Terre des hommes, j'ai écrit que la terre nous en apprend plus que les livres, parce qu'elle nous résiste. C'est en se cognant à un obstacle qu'on se découvre. Le désert m'a presque tué, mais il m'a montré l'homme : fragile, et capable de tenir bon.
On se découvre quand on se mesure à l'obstacle.
—Le petit bonhomme blond, vous l'avez inventé pour le livre ?
Oh non, il existait bien avant ! Tu sais, je dessinais tout le temps. Sur mes carnets, sur des coins de papier, parfois sur des nappes de restaurant, au grand désespoir des serveurs. Et je griffonnais souvent ce petit personnage blond, debout, l'air rêveur. Mes amis le reconnaissaient, ils me disaient : « Tiens, encore ton petit bonhomme. » Il vivait dans mes mains depuis des années. Un jour seulement, je lui ai donné une histoire, une planète et une rose. Avant d'être un livre, Le Petit Prince était un gribouillage.
Avant d'être un livre, le Petit Prince était un gribouillage.
—Où est-ce que vous l'avez écrit, ce fameux livre ?
Loin de la France, mon enfant. Pendant la guerre, de 1941 à 1943, j'ai vécu en exil à New York, dans un appartement près d'un grand parc. La France était occupée, et le cœur me serrait. C'est là que j'ai écrit Le Petit Prince, en 1943, et que je l'ai peint moi-même, à l'aquarelle — tu sais, ces couleurs qu'on délaye dans l'eau. La nuit, je couvrais mon bureau de feuilles. J'avais le mal du pays. Alors j'ai inventé une petite planète où l'on pouvait être heureux. On ne voit bien qu'avec le cœur.
On ne voit bien qu'avec le cœur.

—C'était quoi, votre moment préféré pour écrire ?
La nuit, toujours la nuit. Le jour, je volais ou je voyais des gens. Mais quand tout se taisait, je m'installais avec ma machine à écrire, et je travaillais jusqu'à très tard. Imagine une table couverte de feuilles froissées, parce que je recommençais sans cesse. Une phrase, je pouvais la réécrire vingt fois. J'avais commencé un très grand livre, Citadelle, une longue rêverie. Je n'ai jamais réussi à le finir : il est paru après ma mort, en 1948. Écrire, vois-tu, ce n'est pas trouver les mots. C'est enlever ceux qui sont en trop.
Écrire, ce n'est pas trouver les mots, c'est enlever ceux qui sont en trop.
—Vous écriviez sur le bonheur, mais vous étiez triste parfois ?
Souvent, oui. La guerre me pesait terriblement. Dans une lettre, en 1943, j'ai écrit que je haïssais mon époque de toutes mes forces, parce que les hommes ne savaient plus vivre ensemble. C'est dur à entendre, je sais. Mais sache une chose : j'écrivais sur l'amitié et la rose justement parce que j'en manquais. On parle le plus de ce qui nous manque le plus. Mes livres n'étaient pas des rêves d'homme heureux. C'étaient des lumières que j'allumais dans le noir, pour moi et pour les autres.
On parle le plus de ce qui nous manque le plus.
—C'est vrai que vous faisiez des tours de magie aux pilotes ?
Ha ! Qui t'a raconté ça ? C'est tout à fait vrai. Dans les escales d'Afrique ou d'Amérique du Sud, les soirées étaient longues et rudes. Alors je sortais mon jeu de cartes. Je faisais disparaître une pièce, deviner une carte, et mes camarades pilotes ouvraient des yeux ronds. On riait. Tu sais, quand on a eu peur toute la journée dans le ciel, un éclat de rire le soir, ça vaut de l'or. Un bon tour de cartes, ce n'est pas tromper les gens. C'est leur offrir un instant d'émerveillement.
Un bon tour de cartes, c'est offrir un instant d'émerveillement.

—On m'a dit que vous inventiez des machines, c'est vrai ?
Oui, ça t'étonne ? Je n'étais pas qu'un rêveur. J'aimais comprendre comment les choses marchent. J'ai déposé plusieurs brevets — un brevet, c'est un papier officiel qui dit : « cette invention est de moi ». J'avais imaginé un système pour aider les avions à se poser, et un appareil pour mieux se diriger dans le ciel. Et là encore, je dessinais : des croquis techniques sur des nappes de restaurant, des flèches, des chiffres partout. Voler, écrire, inventer… pour moi, c'était la même chose. Toujours chercher une route que personne n'avait encore prise.
Voler, écrire, inventer : toujours chercher une route que personne n'a prise.
—Vous mangiez quoi quand vous étiez perdu dans le désert ?
Pas grand-chose, crois-moi ! Dans le désert, on vivait de peu : des conserves, quelques dattes, et du thé à la menthe brûlant, qu'on partageait assis dans le sable avec les hommes du désert. C'était frugal, ça veut dire très simple, presque rien. Pourtant, ce thé partagé valait plus qu'un grand festin. Plus tard, à New York, j'ai retrouvé les bons restaurants français, et j'avais un faible pour le chocolat chaud. Mais tu sais quoi ? Le repas dont je me souviens le mieux, c'est ce thé sous les étoiles. Partager, ça donne du goût à tout.
Partager, ça donne du goût à tout.
—Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Quelle belle question pour finir. Pas mes records, ni mes avions. J'aimerais que tu retiennes ceci : prends soin de ce que tu aimes. Dans Le Petit Prince, j'ai écrit que c'est le temps perdu pour ta rose qui rend ta rose importante. Une rose, ça peut être un ami, un livre, un rêve. Si tu lui donnes du temps, il devient précieux. Moi, j'ai disparu un jour de 1944, au-dessus de la mer, en mission. Mais mes mots, eux, sont restés. C'est ça, la vraie magie : un livre survit à celui qui l'a écrit.
C'est le temps que tu donnes à ta rose qui la rend précieuse.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Antoine de Saint-Exupéry. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



