Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Antoine de Saint-Exupéry

par Charactorium · Antoine de Saint-Exupéry (1900 — 1944) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Été 1944, sur une base aérienne alliée en Méditerranée. Entre deux missions de reconnaissance, un homme de haute stature s'extrait avec peine d'un cockpit, le visage creusé, le regard déjà reparti vers le ciel. Il accepte de poser un instant son casque pour évoquer la Ligne, le désert et un petit personnage blond — conversation imaginaire avec Antoine de Saint-Exupéry.

Comment êtes-vous devenu pilote du courrier aérien ?

Tout a commencé à Toulouse, sur le terrain de Montaudran, en 1926. La maison Latécoère — ce qu'on allait bientôt appeler l'Aéropostale — cherchait des hommes pour porter les lettres jusqu'à Dakar. On nous confiait les sacs de courrier comme une mission sacrée : il fallait que le pli arrive, dût-on y laisser sa carlingue. J'ai appris là que voler n'était pas un numéro de cirque mais un métier, avec ses anciens, ses pannes, ses terrains de fortune perdus dans le sable. Mermoz, Guillaumet, c'étaient mes frères de la ligne. Ce sont eux, bien plus que les livres, qui m'ont enseigné ce qu'est un homme.

Vous souvenez-vous de votre poste à Cap Juby ?

On m'y a nommé chef d'escale en 1927, à la lisière du Sahara, dans un baraquement qu'aucun confort ne venait troubler. Cap Juby — Tarfaya, aujourd'hui — c'était un bout de planète posé entre le sable espagnol et le vide. Je guettais le lever du soleil, je négociais avec les Maures la libération de camarades tombés en panne au-delà de la zone insoumise, on partageait le thé à la menthe sous la tente. C'est dans cette solitude que j'ai écrit Courrier Sud. Le désert ne donne rien et pourtant il enseigne tout : il vous dépouille jusqu'à ce qu'il ne reste que l'essentiel.

Que diriez-vous de ce moment où la littérature vous a rattrapé ?

Vol de nuit a paru en 1931, préfacé par André Gide, et m'a valu le prix Femina. D'un coup l'on m'a regardé comme un écrivain, moi qui ne me sentais qu'un pilote tenant un crayon. Le livre raconte ces vols nocturnes de l'Aéropostale au-dessus de l'Amérique du Sud, et la figure de Rivière, ce chef qui jette ses équipages dans le noir : « Rivière, à sa fenêtre, regardait la nuit. Elle ne lui paraissait plus vide, elle ne lui causait plus de vertige. Il avait lancé ses équipages vers la nuit comme un berger qui s'obstine. » J'ai connu cet homme-là, ce poids des décisions qui tuent ou qui sauvent. La gloire littéraire, elle, m'a toujours semblé un terrain mal balisé.

Que s'est-il passé lors de votre crash dans le désert de Libye ?

Décembre 1935. Nous tentions le raid Paris-Saïgon, Prévot et moi, pour décrocher une prime — il fallait aller vite, trop vite. À l'aube, en pleine Libye, l'appareil a heurté le sol à pleine course ; par miracle nous sortons indemnes de la ferraille. Mais nous étions au cœur du néant, sans eau, ou presque. Trois jours durant nous avons marché, sucé la rosée des chiffons, vu danser des mirages d'oasis et de villes blanches. Un Bédouin monté sur son chameau nous a tirés de la mort, un homme dont je n'ai jamais su le nom et à qui je dois tout. La soif vous apprend ce que vaut un visage humain.

La soif vous apprend ce que vaut un visage humain.

En quoi cette épreuve a-t-elle nourri votre œuvre ?

Tout est venu de là. Terre des hommes est né de ce sable, de cette fraternité éprouvée à l'extrême. J'y ai écrit que « la terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle. » Et quand, des années plus tard, j'ai imaginé un petit bonhomme tombé du ciel au milieu des dunes, c'est encore ce désert qui revenait, le mien, celui de la soif et du puits qu'on cherche. On ne raconte bien que ce qu'on a manqué de mourir. Mon aviateur répare son moteur dans le Sahara : je n'ai pas eu besoin de l'inventer.

D'où vient ce petit personnage blond que tout le monde connaît aujourd'hui ?

Il y a longtemps qu'il me poursuivait, ce petit bonhomme. Je le dessinais partout — au dos d'une lettre, sur la nappe d'un restaurant, dans la marge de mes carnets de croquis où se mêlaient calculs de vol et aquarelles. Mes amis le connaissaient avant qu'il eût un nom : une silhouette blonde, debout sur un nuage ou sur un caillou, l'air de venir d'ailleurs. Un éditeur de New York m'a demandé un jour : « et si vous en faisiez un livre ? » Je n'ai pas inventé Le Petit Prince, je l'ai laissé descendre.

Antoine de Saint-Exupéry
Antoine de Saint-ExupéryWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Comment avez-vous travaillé ce livre durant votre exil américain ?

Ces années d'exil, de 1941 à 1943, je les ai passées dans un appartement de Central Park South, loin d'une France que je portais comme une plaie ouverte. J'écrivais la nuit, entouré de feuilles froissées, fumant trop, recommençant sans fin. Et je peignais — moi qui ne suis pas peintre — ces aquarelles maladroites et tendres dont je n'aurais confié l'exécution à personne. Le renard, la rose, les baobabs : il fallait que la main qui avait tracé les mots tînt aussi le pinceau. Le Petit Prince est sans doute le livre où je me suis le plus caché et le plus montré à la fois.

On raconte que vous étiez aussi prestidigitateur. D'où vous venait ce goût ?

Ah, mes tours de cartes ! Demandez à n'importe quel camarade des escales d'Afrique ou d'Amérique du Sud. Dans ces postes perdus où l'on attendait le courrier en scrutant le ciel, je sortais mon jeu de cartes et je faisais disparaître une pièce, deviner une dame de cœur. Cela paraît dérisoire, et pourtant, dans l'angoisse d'un départ de nuit, voir rire un homme dont l'avion peut ne pas revenir, c'est presque un acte de fraternité. J'ai toujours pensé qu'on tient les hommes ensemble par de petites magies autant que par de grands discours.

On tient les hommes ensemble par de petites magies autant que par de grands discours.

À quoi ressemblaient vos soirées, loin des cockpits ?

Mes vraies journées commençaient quand celles des autres s'achevaient. J'ai toujours écrit la nuit, tard, dans la fumée des cigarettes et le désordre des feuillets que je raturais sans fin. Mais avant la page, il y avait les amis : un café à Paris, un restaurant français à New York, une table où je captivais mon monde par mes récits et mes tours de cartes. Je griffonnais aussi des croquis d'invention sur les nappes — une machine, un système d'atterrissage — j'ai même déposé quelques brevets, savez-vous. Les serveurs me maudissaient. Mais comment penser sans gribouiller ? La nuit, la table, le crayon : voilà mon véritable cockpit.

Antoine de Saint-Exupéry signature
Antoine de Saint-Exupéry signatureWikimedia Commons, Public domain — Antoine de Saint-Exupéry Created in vector format by Scewing

Pourquoi votre livre Pilote de guerre a-t-il été interdit ?

Pilote de guerre a paru à New York en 1942. J'y raconte une mission de reconnaissance absurde, suicidaire, au-dessus d'Arras pendant la débâcle de 1940 — survoler des routes engorgées de réfugiés pour rapporter des images que personne ne lirait. Vichy l'a interdit, l'occupant aussi : un livre qui dit la défaite sans la renier dérange tout le monde. Je ne cherchais pas à accuser, mais à comprendre pourquoi un équipage accepte de mourir pour une cause déjà perdue. On ne meurt que pour ce dont on se sent responsable. C'est, je crois, la seule chose que la guerre m'ait vraiment apprise.

On ne meurt que pour ce dont on se sent responsable.

Pourquoi tenir à reprendre du service alors qu'on vous en juge trop âgé ?

On me dit trop vieux, trop cassé par mes accidents — j'ai dépassé la quarantaine et un corps qui craque de partout. Mais comment rester à pérorer dans les salons quand mes camarades volent ? J'ai supplié pour rejoindre une escadrille de reconnaissance, retrouver un cockpit, fût-ce celui d'un P-38 Lightning, ce bel oiseau américain trop moderne pour mes vieilles mains. On y a fixé des appareils photographiques à la place des canons. Photographier la vallée du Rhône, ma propre terre, depuis dix mille mètres : étrange façon de rentrer chez soi. Je préfère mille fois cela à l'exil des mots.

Que voudriez-vous qu'on retienne de vous, si l'on devait vous lire longtemps après ?

Si je pouvais imaginer qu'on me lise encore dans un siècle, je n'aimerais pas qu'on me range parmi les conteurs pour enfants. Le petit prince demande à l'aviateur de lui dessiner un mouton, mais ce qu'il cherche, c'est un lien. « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. » Voilà tout ce que le désert, la Ligne et mes camarades disparus m'ont enseigné. Le reste — les prix, les records, les avions — n'est qu'une escale. Ce qui compte, c'est ce qu'on apprivoise.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Antoine de Saint-Exupéry. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.