Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Antonio Vivaldi

par Charactorium · Antonio Vivaldi (1678 — 1741) · Musique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sur la Riva degli Schiavoni, à deux pas de l'Ospedale della Pietà, que Anna Girò retrouve Antonio Vivaldi un soir d'automne 1739. La lumière d'une chandelle tremble sur des partitions empilées, et l'on entend par la fenêtre le clapot de la lagune. La cantatrice connaît le maestro depuis des années : elle a chanté les premiers rôles de ses opéras, partagé ses triomphes et la rumeur qui les poursuit. Ce soir, devinant qu'il songe à quitter Venise, elle vient le faire parler de l'homme derrière le Prete Rosso.

Don Antonio, on vous appelle encore il Prete Rosso dans toute Venise. Pourquoi avez-vous si vite quitté l'autel après votre ordination de 1703 ?

Anna, toi qui m'as vu réciter mon bréviaire entre deux répétitions, tu sais que je n'ai jamais renié ma prêtrise. J'ai été ordonné en 1703, et durant près d'un an je suis monté à l'autel. Mais ce mal qui me serre la poitrine depuis ma naissance — cette oppression que les médecins nomment asthme — m'a forcé trois fois à quitter la messe avant de l'achever. Alors j'ai cessé, par mon propre choix, non par interdiction. Le surnom de Prete Rosso, je le dois à ces cheveux roux que tu connais bien ; il m'amuse plus qu'il ne me blesse. Dieu ne m'a pas voulu à l'autel, mais Il m'a donné le violon. C'est ma manière de Le servir, et je crois qu'Il l'entend aussi bien.

Dieu ne m'a pas voulu à l'autel, mais Il m'a donné le violon.

Vous avez passé près de quarante ans à la Pietà. Des voyageurs viennent de toute l'Europe entendre vos pupilles : qu'ont-elles de si rare ?

Ces filles, Anna, sont des orphelines, des enfants sans nom que l'État élève derrière les grilles de l'ospedale. On ne leur apprend qu'une chose : exceller en musique. Et elles y excellent au point qu'un président français de passage, ce Charles de Brosses, jurait les avoir entendues chanter comme des anges. Le violon, la flûte, l'orgue, le hautbois, le violoncelle : elles maîtrisent tout. C'est pour elles que j'ai écrit l'essentiel de mes concertos, et mon Gloria en ré majeur. Le public ne voit que des silhouettes derrière une claire-voie, mais moi je connais chaque archet, chaque souffle. Quarante ans à former ces voix... c'est peut-être là, plus qu'à l'autel, que j'ai vraiment été prêtre.

On raconte que vous composez plus vite que votre copiste ne recopie. Est-ce vanité de maestro, ou la vérité que j'ai vue de mes yeux ?

Tu m'as vu faire, Anna, donc tu n'es pas dupe : oui, je puis jeter un concerto sur le papier plus vite que mon copiste ne le recopie. Ce n'est pas vanité, c'est nécessité — la Pietà réclame du neuf chaque dimanche, les théâtres à chaque saison. On dit que j'ai écrit plus de cinq cents concertos, et certains beaux esprits murmurent que c'est toujours le même, ressassé. Qu'ils essaient donc ! Sous l'apparente ressemblance, chaque pièce cherche sa couleur, son défi. Le titre de mon opus huit le dit assez : Il cimento dell'armonia e dell'inventione, le combat de l'harmonie et de l'invention. Composer vite n'est pas composer sans âme.

Vos Quatre Saisons font fureur. Pourquoi y avoir joint ces sonnets qui racontent l'orage, le chien qui aboie, la glace de l'hiver ?

Parce que je veux qu'on ENTENDE ce que la musique raconte, Anna. Dans les Quatre Saisons, j'ai voulu peindre le chant de l'oiseau au printemps, la morsure du froid, l'orage qui crève sur les moissons. J'ai joint à la partition des sonnets, afin que l'auditeur saisisse les sentiments que les notes cherchent à exprimer. Le ritornello — ce refrain de l'orchestre qui revient entre les traits du soliste — me sert de fil : il ramène l'oreille au paysage entre chaque épisode. Un concerto vit de ce mouvement : vif, puis lent, puis vif. La musique n'est pas un ornement abstrait ; elle imite la vie, le vent, l'eau de notre lagune. C'est cela que je poursuis sans relâche.

Antonio Vivaldi portrait
Antonio Vivaldi portraitWikimedia Commons, Public domain — Unidentified painter

Au Sant'Angelo, vous n'êtes pas seulement compositeur mais impresario. N'est-ce pas un fardeau, ces comptes, ces chanteurs à payer, ces risques ?

Un fardeau, et une liberté, Anna. Comme impresario du Sant'Angelo, je porte tout sur mes épaules : engager les voix, payer les décorateurs, calculer la recette, marchander chaque livret. Un opéra qui tombe peut me ruiner ; un succès me renfloue. Beaucoup me reprochent de mêler ainsi le prêtre, le compositeur et le marchand. Mais qui mieux que moi sait ce que ma musique exige sur une scène ? Je préfère risquer mon propre or que dépendre du caprice d'un directeur. Venise dévore les nouveautés ; il faut produire, produire encore. Toi qui montes sur ces planches, tu connais le prix de chaque soirée — l'angoisse avant le lever du rideau, et l'ivresse quand la salle applaudit enfin.

Don Antonio, parlons franc. En 1737, le cardinal Ruffo vous a fermé Ferrare à cause de moi, de notre proximité. Comment avez-vous porté cette infamie ?

Franchement, alors : cette interdiction m'a blessé plus que tout. Le cardinal Ruffo a fermé Ferrare à mes opéras sous prétexte qu'un prêtre ne saurait vivre auprès d'une cantatrice. Mais que savent-ils de nous, ces messieurs en pourpre ? Tu chantes mes rôles mieux que quiconque, tu portes ma musique jusqu'au public — voilà notre lien. On a fait de toi un scandale ; moi je sais ce que tu vaux sur une scène, et ce que tu es pour moi : une amie fidèle, une voix que j'ai façonnée. Qu'on me reproche mon humeur et mes affaires, soit. Mais qu'on salisse ton nom pour m'atteindre, cela je ne le pardonne pas. La calomnie coûte plus cher qu'un opéra qui tombe.

La calomnie coûte plus cher qu'un opéra qui tombe.
Onbekend - Antonio Vivaldi - Bologna Museo Internationale e biblioteca della musica di bologna 28-04-2012 9-21-050
Onbekend - Antonio Vivaldi - Bologna Museo Internationale e biblioteca della musica di bologna 28-04-2012 9-21-050Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Vous souvenez-vous quand j'ai chanté dans votre Orlando furioso ? Qu'attendiez-vous d'une voix comme la mienne dans cet opéra tiré de l'Arioste ?

Comment l'oublierais-je, Anna ? Orlando furioso est l'un de mes opéras les plus aboutis, et j'ai écrit certains airs en pensant à ta voix, à sa souplesse, à ta façon de tenir une fureur sans jamais crier. L'Arioste m'a donné la folie d'Orlando, les enchantements d'Alcina — tout ce que le dramma per musica aime : magie, passions, renversements. Un compositeur peut écrire les plus belles notes ; sans une interprète qui les incarne, elles restent muettes sur le papier. Toi, tu donnes chair à ce que j'imagine. Quand le public retient son souffle à ton air, c'est notre œuvre commune qui triomphe, non la mienne seule. Voilà pourquoi je tiens tant à t'avoir dans mes distributions.

On vous dit las de Venise, tenté de partir vers le nord. Songez-vous vraiment à quitter la lagune pour chercher fortune ailleurs ?

J'y songe, oui, et cela me coûte. Venise se lasse vite ; les modes changent, et le public court déjà vers de plus jeunes plumes. L'empereur Charles VI m'a reçu jadis avec une faveur que nul prince italien ne m'a jamais montrée — il aime ma musique, il l'a dit. À Vienne, peut-être trouverai-je le protecteur que ma propre cité me refuse désormais. Un musicien sans mécène est une barque sans rame, Anna. Je ne pars pas de gaieté de cœur : tout ce que j'ai bâti est ici, à la Pietà, au Sant'Angelo. Mais un homme doit aller où l'on veut encore de son art. Si l'empereur m'accorde sa main, j'irai, dussé-je tout recommencer là-bas.

Maestro, vous parlez de modes qui passent. N'avez-vous pas peur qu'après vous, Venise oublie jusqu'au nom du Prete Rosso ?

La peur, oui, je l'avoue à toi seule. Notre Venise dévore le neuf et jette l'ancien comme on jette un livret après la dernière représentation. J'ai des centaines de partitions empilées, des concertos que nul ne rejouera peut-être quand ma main se sera arrêtée. Un compositeur vivant qu'on néglige déjà — que restera-t-il du Prete Rosso sous la poussière ? Je n'ai ni fortune ni fils pour garder ma mémoire. Mais je me dis ceci : la musique vraie a la vie dure. Un jour, peut-être, quelqu'un rouvrira ces cahiers et y entendra de nouveau le printemps, l'orage, la lagune. Si une seule de mes pages survit pour faire battre un cœur inconnu, je n'aurai pas écrit en vain.

Si une seule de mes pages survit pour faire battre un cœur inconnu, je n'aurai pas écrit en vain.
Voir la fiche complète de Antonio Vivaldi

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Antonio Vivaldi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.