Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Aung San Suu Kyi

par Charactorium · Aung San Suu Kyi (1945 — ?) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la villa délabrée du 54 University Avenue, sur les rives du lac Inya, qu'Alan Clements retrouve Daw Suu en ce mois de janvier 2013. La lumière de fin d'après-midi tombe sur le vieux piano droit et sur les fleurs fraîches qu'elle porte encore dans les cheveux. Voilà près de vingt ans qu'ils se connaissent : c'est ici même, en 1995, que Clements avait enregistré en secret les entretiens de Voice of Hope, alors qu'elle sortait à peine d'une première assignation à résidence. Aujourd'hui libre, fraîchement revenue d'Oslo, elle accueille son vieux confident bouddhiste pour reprendre le fil de leurs conversations.

Daw Suu, quand j'enregistrais nos entretiens en 1995, des soldats gardaient encore ce portail. Que ressentez-vous, libre, dans cette maison ?

Toi qui as franchi ce portail en cachette, Alan, tu sais mieux que personne ce qu'étaient ces murs. Pendant plus de quinze ans, cette maison fut à la fois mon refuge et ma geôle. Le jardin descendait vers le lac Inya, et pourtant je ne pouvais en sortir. J'ai appris à y faire le vide, à transformer l'isolement en discipline plutôt qu'en désespoir. La liberté, aujourd'hui, ne me grise pas : je sais combien elle reste fragile dans ce pays. Ce que j'ai gagné derrière ces grilles, ce n'est pas la patience — c'est la certitude qu'on ne peut m'ôter ce que je porte en moi.

On raconte qu'en 1989, sur une route de Rangoun, vous avez marché droit vers des fusils prêts à tirer. Où trouve-t-on ce calme ?

Ce jour-là, les soldats avaient reçu l'ordre de tirer. J'ai pensé qu'il valait mieux avancer seule plutôt que d'exposer ceux qui marchaient derrière moi. Je ne dirais pas que je n'avais pas peur — j'ai écrit, plus tard, que c'est la peur, et non le pouvoir, qui corrompt l'homme. Mais j'avais médité assez longtemps pour savoir que la peur, comme tout le reste, est passagère. Gandhi m'avait enseigné par ses écrits qu'une force désarmée pouvait désarmer l'adversaire. Le commandant a fini par faire baisser les armes. Ce ne fut pas mon courage : ce fut la preuve que la non-violence n'est pas une faiblesse, mais la plus exigeante des forces.

La non-violence n'est pas une faiblesse, mais la plus exigeante des forces.

Dans nos enregistrements de Voice of Hope, vous m'aviez décrit vos journées. Comment teniez-vous, seule, matin après matin ?

Je me levais avant l'aube pour méditer — c'était l'ossature de mes journées. Ensuite venait la lecture : philosophie bouddhiste, les écrits que je parvenais à obtenir, parfois la presse étrangère. L'après-midi, je m'asseyais au piano ; Bach surtout, dont la rigueur m'apaisait, même quand l'humidité avait gondolé les touches. Le soir, j'écoutais la BBC World Service : cette petite radio était ma seule fenêtre sur le monde. On croit qu'une captivité se mesure en années ; en réalité elle se mesure en matinées qu'il faut remplir de sens. Sans cette discipline, l'esprit se serait effondré bien avant le corps.

Votre essai Freedom from Fear a circulé dans le monde entier. Pourquoi avoir placé la peur, et non la liberté, au cœur du texte ?

Parce que la peur est la véritable matière des tyrannies. J'ai écrit que ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir chez ceux qui le détiennent, et la peur du pouvoir chez ceux qui y sont soumis. Tant qu'un peuple a peur, aucune loi ne le protège vraiment. La première révolution n'est donc pas dans la rue : elle est le jour où l'on cesse de laisser la peur dicter ses actes. C'est pourquoi j'ai voulu que ce titre soit un programme autant qu'un livre — se libérer de la peur avant de prétendre se libérer d'une junte.

Et ces Letters from Burma, ces chroniques que vous faisiez passer clandestinement — qu'attendiez-vous d'elles, au fond ?

Je les écrivais chaque semaine pour un journal japonais, et elles quittaient le pays par des voies que je préférais ne pas connaître. Je n'y parlais pas seulement de politique : je décrivais la mousson, les marchés, les fêtes, la vie ordinaire des Birmans. Je voulais qu'au-delà de nos frontières on ne voie pas seulement une junte et une opposante, mais un peuple vivant, avec ses saisons et ses rires. Un régime prospère dans l'oubli du monde ; chaque lettre qui parvenait quelque part rompait ce silence. Tant qu'on nous lisait, nous n'étions pas tout à fait seuls.

Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013-18
Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013-18Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Claude TRUONG-NGOC

En 1991, le prix Nobel vous fut décerné alors que vous étiez enfermée ici. C'est votre fils Alexander qui l'a reçu à Oslo, n'est-ce pas ?

Oui. J'étais derrière ces murs, et c'est Alexander, encore adolescent, qui s'est tenu à ma place à Oslo. On m'a rapporté la cérémonie bien plus tard. Ce prix, je l'ai d'abord ressenti comme un fardeau autant qu'un honneur : il braquait une lumière sur la Birmanie, mais il me liait plus étroitement encore à une cause dont je ne pouvais plus me détourner. Le plus dur ne fut pas l'absence à la cérémonie — ce fut l'absence auprès de mes fils. Mon mari, Michael, élevait nos enfants à Oxford pendant que je restais ici. On ne mesure jamais le prix qu'une lutte fait payer à ceux qu'on aime.

On ne mesure jamais le prix qu'une lutte fait payer à ceux qu'on aime.

Vous revenez tout juste d'Oslo, vingt et un ans après. Qu'avez-vous éprouvé en prononçant enfin ce discours d'acceptation ?

Étrange sentiment que de remercier, deux décennies plus tard, pour un honneur qu'on croyait d'un autre âge. À Oslo, j'ai dit la vérité : durant mes années coupées du monde, ce prix avait été comme un rayon de lumière pénétrant ma solitude. Il me rappelait que je n'étais pas oubliée, que notre petit pays n'était pas seul. Recevoir enfin cette médaille en personne, c'était refermer un cercle resté ouvert si longtemps. Mais je suis repartie aussitôt : ma place n'est pas dans les salons d'Europe, elle est ici, où presque tout reste à faire.

Art de la Laque- Lacquerware Workshop- AUNG SAN SUU KYI- Bagan- Myanmar- Burma (43459688382)
Art de la Laque- Lacquerware Workshop- AUNG SAN SUU KYI- Bagan- Myanmar- Burma (43459688382)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Globetrotteur17... Ici, là-bas ou ailleurs... from La Rochelle, FRANCE

Vous aviez deux ans quand votre père, le général Aung San, fut assassiné en 1947. Que reste-t-il de lui en vous ?

Je ne l'ai pas connu — j'avais deux ans en 1947. Je l'ai découvert dans les récits des autres, dans les archives, dans le regard que le peuple posait sur sa fille. Il a donné l'indépendance à la Birmanie et il en est mort. Longtemps j'ai voulu vivre ma vie loin de cette ombre, à Oxford, auprès de ma famille. Mais quand je suis rentrée en 1988 au chevet de ma mère mourante, le pays se soulevait, et j'ai compris que je ne pouvais pas être la fille d'Aung San et me taire. Son héritage n'est pas un trône : c'est une dette envers ceux qui avaient espéré en lui.

Beaucoup attendent désormais que vous meniez ce pays. Redoutez-vous ce que le pouvoir pourrait un jour exiger de vous ?

Le pouvoir n'est pas une récompense que l'on me devrait ; c'est une charge, et il faut s'en méfier. J'ai toujours pensé que la démocratie est le seul système qui tient compte de la faillibilité humaine et prévoit de corriger les erreurs des gouvernants. Si un jour je porte des responsabilités, ce sera dans ce cadre-là, jamais au-dessus de lui. Ce que je redoute ? De décevoir ceux qui ont tout risqué pour cette cause. Gouverner oblige à des compromis que l'opposition s'épargne. Mais refuser la responsabilité par peur de se salir les mains serait une autre forme de lâcheté.

Refuser la responsabilité par peur de se salir les mains serait une autre forme de lâcheté.

Avant de refermer ton magnétophone comme jadis, Alan — ce portail où la foule venait t'écouter avec moi, qu'en feras-tu maintenant ?

Ce portail... Chaque fin de semaine, des gens s'y massaient, et je leur parlais par-dessus la grille, dans les deux sens du mot : moi dedans, eux dehors, et pourtant si proches. Cette barrière qui devait m'isoler est devenue un lieu de rencontre, presque un lieu de pèlerinage. Aujourd'hui je peux l'ouvrir, sortir, marcher dans Rangoun — mais je n'oublierai pas ce que ce seuil a représenté. Tant de portes et de fenêtres restent fermées dans ce pays. Range ton magnétophone, mon ami : nos conversations, comme la première fois, vaudront mieux une fois sorties d'ici.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aung San Suu Kyi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.