Interview imaginaire avec Aung San Suu Kyi
par Charactorium · Aung San Suu Kyi (1945 — ?) · Politique · 4 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, douze ans chacun, sont reçus dans une grande maison au bord d'un lac, à Rangoun. Sur une petite table, des fleurs fraîches et un vieux piano. La dame aux fleurs dans les cheveux les fait asseoir et leur sourit : aujourd'hui, ils peuvent tout demander.
—C'est vrai que votre papa était un héros ? Vous l'avez connu ?
Presque pas, mon enfant. Mon père, le général Aung San, a libéré notre pays, puis on l'a assassiné en 1947. J'avais deux ans. Imagine : tu grandis avec une photo, des récits, mais aucun souvenir de sa voix. Tout un peuple l'aimait. Alors, plus tard, quand je suis revenue en Birmanie, les gens me regardaient comme la fille de cet homme. C'est lourd à porter, tu sais. On hérite d'un amour qu'on n'a pas choisi. Mon nom veut dire « somme de brillantes victoires ». Toute petite, j'ai compris une chose simple : je ne pouvais pas décevoir ceux qui avaient cru en lui.
On hérite parfois d'un amour qu'on n'a pas choisi.
—On raconte que des soldats ont voulu vous tirer dessus. Vous aviez pas peur ?
Si, bien sûr que j'avais peur. C'était en 1989, dans une rue de Rangoun. Je marchais avec mes partisans, et des soldats ont mis en joue. Imagine une ligne de fusils pointés droit sur toi. Mon cœur battait très fort. Mais j'ai pensé : si je cours, la peur gagne pour toujours. Alors j'ai avancé seule, doucement, vers les armes. Le commandant a hésité… puis il a ordonné de baisser les fusils. Vois-tu, le courage, ce n'est pas ne pas trembler. C'est trembler et faire un pas quand même.
Le courage, c'est trembler et faire un pas quand même.
—Vous êtes restée enfermée chez vous des années ? Vous faisiez quoi toute la journée ?
Quinze ans, en tout, dans ma maison du 54 University Avenue. Pas le droit de sortir, des soldats devant le portail. Tu crois que c'est facile, rester chez soi ? Crois-moi, c'est une prison, même avec un jardin. Alors je me levais avant l'aube pour méditer, en silence. J'ai appris le piano — du Bach, surtout. Le soir, je collais l'oreille à une petite radio pour écouter les nouvelles du monde. Sans cette discipline, je serais devenue folle. Chaque matin, je me disais : aujourd'hui encore, je tiens debout.
—Et vos amis dehors, vous pouviez leur parler quand même ?
Un peu, oui. Le week-end, des gens venaient se masser de l'autre côté de mon portail. Je montais sur quelque chose et je leur parlais par-dessus la grille. Imagine une foule silencieuse, qui écoute une voix sans bien voir le visage. C'était mes seuls moments de liberté. Un jour, j'ai écrit pour les rassurer : « Je vous demande de ne pas vous décourager. Notre lutte est juste et nous devons continuer à avancer avec douceur mais avec détermination. » Ces mots de 1996, je les pensais vraiment. La douceur n'est pas la faiblesse, tu sais.
La douceur n'est pas la faiblesse.
—Pourquoi vous vouliez pas vous battre avec des armes contre les méchants soldats ?
Bonne question. C'est tentant, hein, de rendre les coups ? Mais j'avais lu Gandhi, et des livres bouddhistes, pendant mes années seule. J'ai compris que la violence appelle la violence, sans fin. La vraie maladie, ce n'est pas le fusil. C'est la peur. J'ai même écrit là-dessus : « La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui le détiennent, et la peur du pouvoir corrompt ceux qui y sont soumis. » Tu vois ? Tout le monde a peur, le puissant comme le faible. Si tu cesses d'avoir peur, plus aucune armée ne peut vraiment te commander.
Si tu cesses d'avoir peur, plus personne ne peut vraiment te commander.

—C'était quoi le livre le plus important que vous avez écrit ?
Sans doute Freedom from Fear, en 1991 — « Se libérer de la peur ». J'y raconte ce que j'ai compris en restant enfermée. Tu sais, écrire, c'était ma façon de résister sans lever la main. Mes lettres, mes essais, je les écrivais l'après-midi, à ma table. Certaines sont sorties en cachette de Birmanie pour que le monde n'oublie pas. Imagine une bouteille jetée à la mer, mais qui contient des idées. Une junte peut t'enfermer, te surveiller. Mais elle ne peut pas mettre tes pensées en prison.
On peut enfermer une personne, jamais ses pensées.
—Vous avez eu un grand prix, non ? Le prix Nobel ? C'était comment de le recevoir ?
Justement, je ne l'ai pas reçu ! En 1991, le comité Nobel m'a donné le prix de la paix. Mais j'étais enfermée chez moi, je ne pouvais pas aller en Norvège. C'est mon fils Alexander qui est allé le chercher à Oslo, à ma place. Imagine : on te donne le plus beau cadeau du monde, et tu n'as pas le droit d'aller le prendre. Ma famille a gardé la médaille pendant des années. Au fond, ce prix me disait une chose précieuse : le monde ne m'avait pas oubliée derrière mon portail.

—Et vous avez pu aller faire votre discours un jour, finalement ?
Oui ! Mais il a fallu attendre 2012, vingt et un ans plus tard. Tu te rends compte ? J'étais une vieille dame quand j'ai enfin parlé à Oslo. Là-bas, j'ai dit que pendant mes années coupée du monde, le prix Nobel avait été pour moi « comme un rayon de lumière pénétrant dans ma solitude ». C'est exactement ça. Quand tu es seule dans le noir, savoir que des inconnus, très loin, pensent à toi… ça réchauffe le cœur. Cette lumière m'a rappelé que je ne luttais pas seulement pour mon petit pays.
Un rayon de lumière, c'est savoir que des inconnus pensent à toi.
—Après, vous avez dirigé votre pays ? On vous écoutait, cette fois ?
Oui, et c'est une drôle d'histoire. En 2015, mon parti a gagné les élections. Mais la loi écrite par les militaires m'interdisait d'être présidente. Alors on a inventé un titre rien que pour moi : « conseillère d'État ». En gros, je dirigeais le pays sans en porter le nom officiel. Imagine qu'on te dise : tu peux commander, mais tu n'auras pas le droit de t'asseoir sur le grand fauteuil. C'était ça. Après tant d'années derrière mon portail, me voilà au pouvoir, à Naypyidaw. Le plus difficile, vois-tu, n'était pas encore arrivé.
—Pourquoi on dit que vous avez déçu les gens à la fin ?
Tu poses la question qui fait mal, mon enfant. Et tu as raison de la poser. En 2017, une minorité de mon pays, les Rohingyas, a été chassée par l'armée. Plus de sept cent mille personnes ont fui. Beaucoup attendaient que moi, la dame du prix de la paix, je crie pour les défendre. Et je me suis tue. Le monde a été déçu, profondément. Tu vois, j'ai passé ma vie à dire qu'il faut combattre la peur… et là, j'ai déçu. Souviens-toi de ça : même ceux qu'on admire peuvent se tromper. Personne n'est un saint pour toujours.
Même ceux qu'on admire peuvent se tromper.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aung San Suu Kyi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


