Interview imaginaire avec Carl von Linné
par Charactorium · Carl von Linné (1707 — 1778) · Sciences · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs poussent la porte d'une maison attenante au jardin botanique d'Uppsala. Un vieux monsieur en perruque poudrée les accueille, une loupe à la main. C'est Carl von Linné, l'homme qui a voulu donner un nom à toutes les plantes du monde.
—C'est vrai que vous avez marché des milliers de kilomètres tout seul dans le froid ?
Oui, mon enfant, et j'avais à peine vingt-cinq ans. En 1732, je suis parti explorer la Laponie, tout au nord de la Suède. Imagine une terre sans route, sans village pendant des jours, juste des marais, des rivières et des moustiques. J'ai parcouru près de 4 600 kilomètres en cinq mois, souvent à pied ou à cheval. Une fois, j'ai failli me noyer en traversant une rivière en crue : l'eau m'arrachait à mon cheval. Mais sais-tu ce que j'ai trouvé là-haut ? Une centaine de plantes que personne n'avait jamais décrites. J'en ai fait un livre, ma Flora Lapponica.
Une terre sans route, et pourtant cent plantes nouvelles m'y attendaient.
—Là-haut, il faisait nuit ou jour ? Vous mangiez quoi ?
Ah, c'est la grande surprise du Nord ! L'été, le soleil ne se couche jamais. J'ai écrit que j'avais vu le soleil de minuit, et des fleurs qui s'ouvraient sous cette lumière sans fin. Imagine : tu veux dormir, mais il fait plein jour à deux heures du matin. Pour manger, je faisais comme le peuple sami, qui vit là-bas. Du poisson séché, des baies sauvages cueillies au bord du chemin. J'ai tellement aimé leur mode de vie que j'ai rapporté un costume lapon entier. Je l'ai porté fièrement après, et je me suis même fait peindre dedans !
L'été, là-haut, le soleil ne se couche jamais.
—Pourquoi vous vouliez donner un nom à toutes les plantes ? Il y en a des milliers !
Justement parce qu'il y en a des milliers, mon enfant ! À mon époque, c'était la pagaille. Une même fleur portait dix noms différents selon les pays, parfois une longue phrase en latin pour la décrire. Personne ne se comprenait. Alors j'ai eu une idée simple : deux mots latins pour chaque espèce. Le premier dit la famille, le second dit l'espèce précise. On appelle ça la nomenclature binominale. Dans mon grand livre Species Plantarum, en 1753, j'ai rangé ainsi près de 7 300 plantes. Et tu sais quoi ? Les savants utilisent encore mon système aujourd'hui.
Deux mots latins, et toute la Terre peut enfin se comprendre.
—Vous deviez être super fier d'avoir rangé toute la nature, non ?
Fier, oui, je l'avoue. J'avais même une petite phrase que j'aimais répéter : Deus creavit, Linnaeus disposuit. Cela veut dire « Dieu a créé, Linné a organisé ». Tu vois l'idée ? Je ne me prenais pas pour le créateur du monde, juste pour celui qui met de l'ordre dans le grand fouillis du vivant. Imagine une immense bibliothèque où les livres seraient jetés par terre en désordre. Mon travail, c'était de tout classer : règnes, classes, ordres, genres, espèces. Une étagère pour chaque être vivant. C'était ça, mon rêve depuis l'enfance.
Dieu a créé, et moi, j'ai rangé.
—C'est vous qui avez dit que les humains étaient des animaux ? Ça a choqué les gens ?
Tu mets le doigt sur ma plus grande audace ! En 1758, dans une nouvelle édition de mon Systema Naturae, j'ai fait une chose que personne n'osait. J'ai rangé l'être humain au milieu des animaux, juste à côté des singes. Je nous ai appelés Homo sapiens, ce qui veut dire « l'homme sage ». Imagine le scandale ! À mon époque, dans une Europe très chrétienne, beaucoup trouvaient révoltant de placer l'homme près des bêtes. Mais moi, en observant nos mains, nos dents, je ne voyais pas comment faire autrement. Un savant doit décrire ce qu'il voit, pas ce qui arrange les gens.
Un savant décrit ce qu'il voit, pas ce qui arrange les gens.

—C'était comment vos cours ? Les élèves s'ennuyaient comme à l'école ?
S'ennuyer ? Oh non, mon enfant, c'était tout le contraire ! Mes leçons à Uppsala attiraient des centaines de jeunes venus de toute l'Europe. Mais le meilleur, c'était les herborisations : des sorties dans la campagne pour observer les plantes vivantes. Parfois, nous étions jusqu'à deux cents ! Imagine une troupe joyeuse qui marche dans les prés, qui ramasse des fleurs, et qui rentre en ville au son des fanfares et des cris de joie. On nous saluait comme une fête. Apprendre, ce n'était pas rester assis : c'était courir les champs la loupe à la main.
Apprendre, ce n'était pas rester assis : c'était courir les champs.
—Vous vous leviez à quelle heure ? Vous aviez une journée tranquille ?
Tranquille ? Pas une minute ! Je me levais souvent à cinq heures du matin, avant tout le monde, pour profiter de la lumière fraîche dans le jardin botanique. J'allais voir mes serres, je notais quelles fleurs s'étaient ouvertes pendant la nuit. Puis je recevais des étudiants, je donnais mes cours en latin l'après-midi. Le soir, je classais mes plantes séchées et je répondais à des lettres venues du monde entier. Tu sais, le roi de Suède Frédéric Ier m'a même anobli en 1757 : c'est de là que vient mon « von ». Mais malgré tout ça, je me couchais tôt, car j'avais souvent mal à la tête.
Avant tout le monde, j'allais voir quelles fleurs s'étaient ouvertes la nuit.

—C'est vrai que vous avez donné le nom d'une plante qui pue à quelqu'un que vous détestiez ?
Ha ! Tu as entendu cette histoire ? Je l'avoue, je n'étais pas toujours un saint. Un botaniste nommé Johann Siegesbeck avait critiqué très méchamment mon système de classement. Alors, pour me venger gentiment, j'ai donné son nom à une petite plante collante et malodorante : la Siegesbeckia. Tu imagines la blague ? Son nom resté pour toujours sur une herbe qui sent mauvais ! C'est que je glissais mes amitiés et mes colères dans les noms d'espèces. Pour mes amis, je choisissais de jolies fleurs. Donner un nom, vois-tu, c'était mon plus grand pouvoir.
Pour mes amis, de jolies fleurs ; pour mes rivaux, une herbe qui pue.
—Vous gardiez toutes ces plantes chez vous ? Ça devait être plein partout !
Oh oui, ma maison débordait ! J'avais constitué un herbier, c'est-à-dire une grande collection de plantes séchées et aplaties entre des feuilles de papier. Le mien comptait près de 14 000 spécimens ! Imagine des centaines de fleurs pressées, chacune avec son étiquette : son nom, le lieu, la date. Pour les sécher, j'utilisais une presse, deux planches de bois serrées par des sangles. Et ma fidèle loupe ne me quittait jamais : c'est avec elle que j'observais le cœur des fleurs. Aujourd'hui, mon herbier est précieusement gardé à Londres. Des savants viennent encore l'étudier.
Quatorze mille fleurs séchées, chacune avec son nom et sa date.
—Si on pouvait vous montrer le monde d'aujourd'hui, qu'est-ce qui vous rendrait le plus heureux ?
Quelle belle question pour finir, mon enfant. Ce qui me toucherait le plus ? Savoir que mes deux petits mots latins servent encore. Chaque fois qu'un savant nomme une plante ou un animal nouveau, où qu'il soit sur la Terre, il suit la règle que j'ai écrite dans ma Philosophia Botanica : un nom de genre, un nom d'espèce. J'ai passé ma vie à mettre de l'ordre dans le vivant, comme un enfant range son premier jardin. D'ailleurs, j'avais cinq ans quand mon père m'a offert le mien, à Råshult. Tout est parti de là. Cultive ta curiosité, petit : elle peut traverser les siècles.
Cultive ta curiosité : elle peut traverser les siècles.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Carl von Linné. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


