Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Carl von Linné

par Charactorium · Carl von Linné (1707 — 1778) · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans les serres tièdes du domaine de la Hartekamp, près de Haarlem, qu'Herman Boerhaave retrouve le jeune Carl en cet hiver 1738. Les poêles font régner un printemps artificiel où s'épanouit un bananier que le Suédois a su faire fleurir le premier en Europe. Le vieux médecin de Leyde l'avait recommandé naguère à George Clifford, et il vient voir ce que son protégé a fait de cette chance avant qu'il ne reparte vers le Nord. Entre l'odeur de terre humide et le froissement des feuilles d'herbier, la conversation s'engage.

Carl, on me parlait déjà de toi comme du Suédois revenu de Laponie. Qu'es-tu allé chercher si loin vers le Nord ?

J'avais vingt-cinq ans, Monsieur, et la Société royale d'Uppsala m'a confié quelques écus pour décrire ces terres qu'aucun naturaliste n'avait parcourues. J'ai franchi près de 4 600 kilomètres en cinq mois, à pied, à cheval, parfois en barque, dans le froid et la faim. Une rivière en crue a failli m'emporter, et j'ai cru ne jamais revoir un clocher chrétien. Mais j'en ai rapporté une centaine de plantes nouvelles et toute la matière de ma Flora Lapponica. Ce désert m'a appris ce qu'aucune bibliothèque n'enseigne : que la nature se lit sur le terrain, à genoux dans la mousse. Sans la Laponie, je ne serais qu'un étudiant de plus ; ce voyage m'a fait naturaliste.

Sans la Laponie, je ne serais qu'un étudiant de plus ; ce voyage m'a fait naturaliste.

On m'a dit que tu te fais peindre dans un étrange habit rapporté de là-haut. Pourquoi tenir tant à ce costume des Lapons ?

Vous l'avez vu sur moi, ce costume des Samis : la tunique, le bonnet à pointes, la ceinture et jusqu'au petit tambour. Je le porte parce qu'il dit ce que les livres taisent. Là-haut, j'ai appris comment ce peuple se nourrit, se soigne et se chauffe avec presque rien : quelles plantes il mange, lesquelles il donne à ses rennes, lesquelles il garde pour ses remèdes. Un naturaliste ne range pas seulement des étamines, Monsieur ; il observe comment les hommes vivent de la nature. Ce vêtement me rappelle que la science commence par regarder, humblement, ceux qui savent déjà. Et puis, je l'avoue, il me distingue dans les salons de Hollande, où l'on aime les curiosités venues du froid.

Parlons de ton Systema Naturae, ce mince placard que tu m'as montré à Leyde. Comment oses-tu y ranger tout le vivant ?

Ce placard, oui, quelques feuilles où j'ai osé mettre en ordre les trois règnes. Pour les végétaux, j'ai cherché un caractère sûr et constant, que chacun pût compter de ses yeux : les organes mêmes de la fleur. J'ai donc réparti les plantes en vingt-quatre classes, selon le nombre et la disposition de leurs étamines et de leurs pistils. On me reproche d'avoir fondé ma méthode sur les noces des plantes, sur leur mariage si l'on veut. Mais la nature ne rougit pas, Monsieur ; c'est nous qui rougissons. Une clé simple, que le plus modeste écolier peut appliquer, vaut mieux qu'un savoir confus que nul ne sait transmettre.

La nature ne rougit pas, Monsieur ; c'est nous qui rougissons.

Mais ces noms latins interminables qu'on traîne depuis les anciens, comptes-tu vraiment les remplacer ? Et par quoi ?

C'est mon plus grand chantier, Monsieur, et il est loin d'être achevé. Aujourd'hui, pour nommer une seule plante, on récite une phrase entière de mots latins, différente d'un auteur à l'autre : un vrai chaos. Je rêve d'un nom de deux mots seulement, le premier pour le genre, le second pour l'espèce. Ainsi chaque être porterait son nom propre, le même de Stockholm à Leyde, du paysan jusqu'au prince. J'ai commencé par fixer les genres dans mes Genera Plantarum. Le reste me prendra des années de labeur patient, mais je le tiens déjà en esprit : nommer, c'est déjà connaître, et un nom clair est un savoir qu'on ne perd jamais plus.

Une chose m'a troublé dans ton système, Carl : tu places l'homme tout près du singe. Mesures-tu le scandale ?

Je le mesure, Monsieur, et je m'y tiens. Quand j'ai dressé la classe des Anthropomorpha, j'ai cherché en vain un caractère qui, selon les règles de l'histoire naturelle, séparerait sûrement l'homme du singe. Je n'en ai pas trouvé un seul que je puisse écrire honnêtement. Cela déplaît aux théologiens, je le sais, et l'on me croit déjà impie. Mais je ne touche pas à l'âme ; je décris un corps parmi les corps. Dieu a créé, et moi je me contente de mettre en ordre ce qu'Il a fait. Si la vérité scandalise, ce n'est pas au naturaliste de la farder pour ménager les délicats.

Dieu a créé, et moi je me contente de mettre en ordre ce qu'Il a fait.
Statue of Carl von Linné by Frithiof Kjellberg (Chicago)
Statue of Carl von Linné by Frithiof Kjellberg (Chicago)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Joe Lothan

On murmure que tu as baptisé une herbe puante du nom d'un confrère qui t'a critiqué. Est-ce digne d'un savant ?

Vous connaissez déjà la réponse, Monsieur, puisque vous souriez. Johann Siegesbeck a publié contre moi un libelle où il traite mes noces des plantes d'obscénité indigne d'être enseignée à la jeunesse. Alors j'ai donné son nom à une petite plante, la Sigesbeckia : rampante, sans grâce, et qui sent fort. Chacun y verra ce qu'il voudra. Je sais bien que c'est là un péché de vanité, et vous me grondez du regard comme vous le faisiez à Leyde devant mes emportements. Mais nommer est mon pouvoir, et je m'en sers parfois pour rire de mes adversaires. Un savant aussi a du sang dans les veines, Monsieur.

Tu vas bientôt nous quitter pour la Suède. Quel maître veux-tu devenir là-bas, dans cette Uppsala dont tu me parles tant ?

Si Dieu le veut, j'obtiendrai une chaire à Uppsala, et j'en rêve chaque nuit depuis que vous m'avez ouvert les yeux sur ce qu'un jardin peut être. Je relèverai le jardin botanique, aujourd'hui à l'abandon. Et je veux enseigner autrement qu'entre quatre murs : conduire mes étudiants dans les champs, leur faire reconnaître chaque plante sur le vivant, herboriser ensemble du matin au soir. Je les imagine déjà nombreux, revenant en cortège, tambours et fanfares, le chapeau orné de fleurs. Un professeur qui ne montre que des herbiers secs forme des copistes ; je veux former des yeux. Le savoir qui ne marche pas dans les prés se dessèche comme une fleur oubliée entre deux pages.

Un professeur qui ne montre que des herbiers secs forme des copistes ; je veux former des yeux.
CarlvonLinne Statue Linne Garden
CarlvonLinne Statue Linne GardenWikimedia Commons, CC BY-SA 2.5 — Andreas Trepte

Te souviens-tu du jour où je t'ai envoyé chez Clifford, à la Hartekamp ? Qu'as-tu trouvé ici que la Suède te refusait ?

Comment l'oublier, Monsieur ? Je suis arrivé en Hollande pauvre, inconnu, mes feuillets sous le bras, et vous m'avez ouvert toutes les portes, celle de Clifford la première. Ici, à la Hartekamp, j'ai eu pour la première fois un jardin sans limites, des serres chaudes, des livres rares et le loisir d'écrire sans soucier du pain. C'est en Hollande qu'ont paru mon Systema Naturae, ma Flora Lapponica, mes Genera Plantarum. En Suède, j'aurais soigné des malades pour survivre et la botanique serait restée mon passe-temps du dimanche ; ici, vous m'avez rendu tout entier à elle. Cette dette-là, Monsieur, ne s'inscrit dans aucun catalogue.

Au fond, Carl, quel est ton véritable dessein ? Coller des étiquettes, ou quelque chose de plus vaste ?

Quelque chose de plus vaste, Monsieur, je l'avoue sans détour. Le monde que Dieu a fait déborde de créatures, et l'esprit humain s'y perd faute d'ordre. Mon dessein est de donner à chaque plante, à chaque animal, à chaque pierre sa place exacte dans un seul système : règnes, classes, ordres, genres, espèces. Non pour enfermer la nature, mais pour qu'un seul esprit puisse l'embrasser tout entière. Quand un nom suffit à situer un être dans l'immense création, alors le chaos devient jardin et l'inventaire devient connaissance. Voilà ma seule ambition : que rien de ce qui vit, croît ou repose ne demeure sans nom ni sans rang.

Tu repars dans quelques semaines. Qu'emportes-tu de la Hollande, et que crains-tu en rentrant chez toi ?

J'emporte des caisses de spécimens, quelques amitiés précieuses et, surtout, la preuve qu'un homme peut vivre pour la seule science. Ce que je crains ? Le froid de l'oubli, bien plus que celui du Nord. Un jeune homme rentré au pays redevient vite un médecin parmi d'autres, et mes étamines feront sourire les bourgeois d'Uppsala. Mais vous m'avez appris la patience, Monsieur, vous qui avez bâti votre œuvre leçon après leçon, malade après malade. Je sèmerai, je classerai, j'écrirai, et je laisserai le temps trier le bon grain de l'ivraie. Si mon système survit à mes querelles, j'aurai assez vécu.

Voir la fiche complète de Carl von Linné

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Carl von Linné. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.