Dialogue imaginaire entre Raymond de Capoue (Raimondo da Capua) et Catherine de Sienne
par Charactorium · Catherine de Sienne (1347 — 1380) · Lettres · Politique · Philosophie · 6 min de lecture

C'est dans une cellule dépouillée près de Santa Maria sopra Minerva, à Rome, que je retrouve Catherine en cet hiver 1379. Une seule bougie éclaire la table où nos frères transcrivent encore ses lettres ; dehors, la ville gronde des querelles du Schisme. Moi qui suis son confesseur depuis Sienne, je la vois plus pâle que jamais, amaigrie par ses jeûnes. Je viens recueillir, avant qu'il ne soit trop tard, ce que j'ai tant de fois pressenti sans oser le lui demander.
—Catherine, tu te souviens quand nous étions à Avignon, en 1376 : d'où t'est venue l'audace de réprimander ainsi le Saint-Père ?
Père Raymond, toi qui m'accompagnais dans ces audiences, tu sais que ce n'était pas mon audace mais celle du Christ crucifié qui parlait par ma bouche. Je l'ai appelé doux Christ sur terre, car je le vénérais comme vicaire ; mais l'amour véritable ne flatte pas. Je le suppliais de venir combattre les ennemis de Dieu, de ne plus craindre, d'être courageux et non lâche. Une pauvre teinturière de Sienne n'a rien à perdre devant un pape, sinon le silence coupable. Quand Grégoire XI est enfin rentré à Rome en 1377, après soixante-huit ans d'exil avignonnais, j'ai compris que Dieu se sert des plus petits pour redresser les plus grands. Tu m'as vue trembler avant chaque entrevue, et pourtant les mots venaient.
Une pauvre teinturière de Sienne n'a rien à perdre devant un pape, sinon le silence coupable.
—Toi qui as tenu la plume pour moi, dis-moi : comment naît en toi le Dialogue, quand tu dictes ainsi les yeux fermés ?
Raymond, tu as toi-même écrit sous ma parole, tu es donc bien placé pour en témoigner. Quand l'extase me saisit, mon corps se retire et mon âme s'entretient avec la Vérité éternelle. Ce que Dieu me montre, je le redis à mes secrétaires, qui recueillent phrase après phrase — car longtemps je n'ai su former mes propres lettres, et l'on tenait pour un don du Ciel que j'aie appris à lire seule. Le Dialogue de la Divine Providence n'est pas mon ouvrage : c'est une conversation où l'âme interroge et où Dieu répond, m'invitant à ouvrir les yeux de l'intelligence pour contempler la beauté de sa créature raisonnable. Je ne suis que la plume, ou plutôt le parchemin sur lequel une main plus haute écrit.
Je ne suis que la plume, ou plutôt le parchemin sur lequel une main plus haute écrit.
—Mon enfant, je te vois refuser presque toute nourriture. Comment ton corps tient-il, alors que tu ne prends plus que l'hostie ?
Tu t'inquiètes comme un père, et je te connais assez pour savoir que tu m'as souvent pressée de manger davantage. Mais mon corps a désappris la faim des hommes. Je porte parfois quelques herbes amères à ma bouche, et je les recrache ; le peu que j'avale me pèse comme une pierre. Ma vraie nourriture, c'est le Corps du Christ reçu à l'autel — de lui seul je vis, et tu as recueilli sous serment ce que tant de témoins ont vu à Sienne. On m'a reproché cette abstinence, on l'a jugée orgueil ou maladie. Mais je n'ai pas choisi ce jeûne comme une prouesse : il s'est imposé à moi. Le pain terrestre m'a quittée à mesure que le pain céleste me comblait.
Ma vraie nourriture, c'est le Corps du Christ reçu à l'autel — de lui seul je vis.
—Avant Avignon, à Fontebranda, pourquoi as-tu choisi les rues et les hôpitaux plutôt que le cloître où l'on t'aurait crue à l'abri ?
Tu te rappelles nos premières rencontres, Raymond, quand je revenais des salles de Santa Maria della Scala les mains encore souillées. J'ai pris l'habit blanc et le manteau noir des Mantellate, ces sœurs du Tiers-Ordre qui demeurent dans le monde, précisément pour n'être pas enfermée. Le Christ ne s'est pas caché derrière des murs : il a touché les lépreux. J'ai soigné les malades que d'autres fuyaient, veillé les prisonniers qu'on menait au supplice, tenu la main de condamnés jusqu'à l'échafaud. Une femme du peuple pouvait ainsi servir sans quitter sa cellule de Fontebranda et sans renoncer à sa ville. Le cloître garde le corps ; les rues de Sienne m'ont appris à aimer ceux que Dieu met sur le chemin.
Le Christ ne s'est pas caché derrière des murs : il a touché les lépreux.
—Nous voici à Rome, en pleine déchirure. Pourquoi soutenir Urbain VI avec tant de force, au risque de te consumer ?
Père, tu vois comme moi l'Église se briser depuis la mort de Grégoire XI, cette année 1378 où l'on a dressé un second pape contre le premier. Je ne juge pas les âmes, mais je tiens qu'il n'y a qu'un seul vicaire légitime, et c'est Urbain, élu avant tout schisme. J'écris jour et nuit aux cardinaux, aux princes, aux cités, les suppliant de revenir à l'unité. Ma santé ? Elle ne m'appartient plus. Je m'offre pour cette barque de Pierre secouée par la tempête, et si mon corps doit se rompre à force de prier et de jeûner, qu'il se rompe. Le Grand Schisme est une plaie ouverte au flanc du Christ ; je veux mourir en la pressant de mes mains.
Le Grand Schisme est une plaie ouverte au flanc du Christ ; je veux mourir en la pressant de mes mains.

—Beaucoup s'étonnent qu'une femme sans lettres écrive aux rois et aux condottières. Ne crains-tu jamais qu'on te reproche cette liberté ?
On me l'a reproché, et tu as parfois dû me défendre, Raymond. Qu'importe qu'on s'étonne : le feu qui me presse ne demande pas la permission des savants. J'adresse mes lettres, scellées de cire, aux papes comme aux capitaines mercenaires, non pour paraître mais pour les arracher à leurs guerres. À ces condottières qui ravagent l'Italie, je crie de tourner leurs armes vers la croisade plutôt que contre des chrétiens. Une femme n'a pas de chaire ni de concile ; il lui reste la parole écrite et l'amour brûlant. Si l'on m'objecte mon sexe et mon ignorance, je réponds que Dieu confond volontiers les forts par les faibles. Ma seule autorité, c'est le sang du Christ que je ne cesse d'invoquer.
Le feu qui me presse ne demande pas la permission des savants.
—À Pise, en 1375, tu m'as parlé à mots couverts de ce que tu avais reçu. Que t'est-il vraiment advenu ce jour-là ?
Tu es l'un des rares à qui j'aie osé le confier, et je te prie de le garder pour toi tant que je vivrai. Dans l'église de Santa Cristina, en pleine extase devant le crucifix, j'ai senti les cinq plaies du Christ pénétrer mon corps comme des traits de lumière. J'ai supplié le Seigneur que ces marques demeurent invisibles aux yeux des hommes, car je redoute par-dessus tout la vanité et l'admiration. La douleur, elle, ne m'a jamais quittée : elle brûle en moi comme un feu caché. Ce ne fut pas un honneur mais un poids, une manière de porter en ma chair ce que je prêche des lèvres. Ne va pas croire, Raymond, que Dieu m'ait ainsi distinguée pour ma sainteté : il l'a fait pour m'unir à sa Passion.
J'ai supplié que ces marques demeurent invisibles : je redoute par-dessus tout la vanité.

—Je te vois te lever avant l'aube et ne presque pas dormir. Comment tiens-tu ce train, entre prière, malades et dictées ?
Tu as partagé assez de nos journées siennoises pour le savoir, Raymond. Je me lève avant le jour pour l'oraison, souvent ravie jusqu'au lever du soleil, puis je reçois le Corps du Christ à la messe. Le matin, nos secrétaires transcrivent mes lettres ; l'après-midi, je vais aux malades et à ceux que l'on va pendre ; le soir, je reprends la dictée entourée de ma famiglia, ces disciples que Dieu m'a donnés. Je dors peu, parfois deux heures sur une planche, car la nuit est courte quand tant d'âmes réclament. Ce n'est pas ma force qui tient — mon corps devrait être à terre depuis longtemps. C'est l'amour qui me porte, et il ne connaît pas la fatigue que connaît la chair.
Ce n'est pas ma force qui tient : c'est l'amour qui me porte.
—Toi qui prends mes paroles sous serment pour en témoigner : que veux-tu qu'il reste de ce que Dieu t'a fait dire ?
Étrange question, Raymond, venant de celui qui gardera mes écrits mieux que moi-même. Je ne songe pas à ce qui restera : je ne suis qu'une voix passagère. Si mes Lettres et mon Dialogue servent une seule âme à ouvrir les yeux de son intelligence vers Dieu, j'aurai reçu au centuple. Ce que je crains, ce n'est pas l'oubli, c'est qu'on retienne la messagère et non le message, qu'on regarde mon jeûne ou mes extases au lieu du sang du Christ. Garde donc mes paroles, mais garde-les comme un doigt qui montre le soleil, non comme le soleil. Le reste appartient à la Providence, qui écrit dans l'histoire des lignes que nous ne savons pas lire.
Garde mes paroles comme un doigt qui montre le soleil, non comme le soleil.
—Catherine, ta santé décline sous mes yeux. As-tu peur, en ces jours de Schisme, de ce qui vient ?
Peur ? Non, mon père. Ce corps épuisé n'est plus qu'un vêtement usé que je rendrai bientôt. Ce qui me tourmente, ce n'est pas ma mort mais la déchirure de l'Église, cette nef battue par les flots pendant que ses pilotes se disputent le gouvernail. Je passe mes journées à genoux à supplier pour l'unité, à Rome même, au cœur de la tempête. J'ai offert ma vie pour ce dessein, et je sens qu'on ne me la refusera pas longtemps. Quand je paraîtrai devant l'Époux, je ne lui présenterai ni œuvres ni jeûnes, mais ce seul désir : que son épouse soit une. Reste fidèle après moi, Raymond, et ne laisse pas s'éteindre le feu que nous avons porté ensemble.
Je ne lui présenterai ni œuvres ni jeûnes, mais ce seul désir : que son épouse soit une.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Catherine de Sienne. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


