Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Catherine II de Russie

par Charactorium · Catherine II de Russie (1729 — 1796) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans les galeries encore fraîches de l'Ermitage, parmi les toiles flamandes que la tsarine vient d'acheter à Berlin, que Voltaire — venu en pensée depuis Ferney — retrouve celle qu'il nomme l'étoile du Nord, en cet automne de 1774. La neige tombe sur la Neva, les bougies font luire les ors du Palais d'Hiver, et la révolte des campagnes vient à peine de s'éteindre. Ils s'écrivent depuis près de dix ans sans s'être jamais vus ; le vieux philosophe vient enfin presser sa royale écolière de questions que la prudence des lettres lui interdisait.

Majesté, on m'a conté qu'en 1762 vous parûtes à cheval devant la Garde, en habit vert. Dites-moi : eûtes-vous peur, ce matin-là ?

Peur, mon cher maître ? Je n'en avais pas le loisir. Songez qu'au lever du jour, tout devait être joué avant midi, ou je périssais. J'ai revêtu l'uniforme vert d'un régiment de la Garde, car ces soldats n'auraient pas suivi une femme en robe de cour — ils voulaient un chef. Quand ils m'ont acclamée, j'ai compris que l'Empire glissait de Pierre III vers moi comme un manteau qu'on laisse tomber. Mon manifeste l'a dit sans détour : le danger de démembrement de la Russie m'obligeait à prendre le gouvernement en main. On me croit ambitieuse ; j'étais surtout pressée. L'hésitation, ce jour-là, eût été une condamnation à mort.

L'Empire glissait de Pierre III vers moi comme un manteau qu'on laisse tomber.

Et ce sceptre que vous tenez aux audiences, ce diamant fameux — n'est-il pas le présent d'un homme qui vous porta au trône ?

Vous touchez là un point délicat, et vous le savez. Le diamant Orlov qui orne mon sceptre me vint de Grigori, qui fut de ceux sans qui je n'aurais rien pu. Un trône pris par surprise demande des bras dévoués, et les siens le furent. Mais ne croyez pas qu'un présent achète une impératrice : j'ai gardé l'homme tant qu'il me servit, et le diamant pour toujours. Voilà la différence entre le pouvoir et l'amitié. Ce sceptre, je le porte non comme un souvenir tendre, mais comme la preuve éclatante qu'une couronne conquise vaut bien une couronne héritée. Mes ennemis murmurent que je dois tout à mes favoris ; je leur réponds que je ne dois mon Empire qu'à moi seule.

Un trône pris par surprise demande des bras dévoués.

Vous m'écrivez, depuis tant d'années, que vous êtes mon écolière la plus dévouée. Mais, franchement, qu'attendez-vous d'un vieillard de Ferney ?

Ne jouez pas au modeste, vous qui formâtes mon esprit dès ma jeunesse. Quand je vous écris que je suis votre écolière la plus dévouée, ce n'est point flatterie de cour : vos livres furent mes vrais précepteurs, là où mes maîtres officiels ne m'apprenaient que des révérences. De vous j'attends ce qu'aucun ministre ne m'apporte — le regard libre d'un homme qui ne me doit rien et que je ne puis ni nommer, ni disgracier. Vous me dites la vérité parce que vous êtes hors de ma portée. Une souveraine est entourée de miroirs qui lui renvoient son propre visage embelli ; vous, mon cher maître, vous êtes la seule fenêtre. C'est pourquoi je garde vos lettres comme on garde un trésor.

Mes courtisans sont des miroirs ; vous, mon cher maître, vous êtes la seule fenêtre.

J'ai appris que vous fîtes venir Diderot à Saint-Pétersbourg et lui rachetâtes sa bibliothèque. Est-ce générosité de Mécène, ou calcul de souveraine ?

Les deux, et pourquoi devrais-je en rougir ? Notre ami Diderot se débattait dans la gêne ; je lui ai acheté sa bibliothèque l'an passé, en lui laissant ses livres et le titre de bibliothécaire, avec des gages. Ainsi un philosophe d'Europe pouvait travailler en paix — et toute l'Europe sut que la Russie nourrissait ceux que Paris affamait. Voyez-vous, je possède l'Encyclopédie, j'en ai financé la diffusion : ces volumes ne décorent pas mes étagères, ils éclairent mon Conseil. Quand Diderot vint me visiter, il me tançait comme un écolier, frappant ma table de sa main. Je l'écoutais en souriant : il raisonnait sur le papier, et moi je gouvernais sur une peau humaine, qui s'irrite à la moindre rature.

Diderot raisonnait sur le papier ; moi je gouverne sur une peau humaine.

Parlons de votre grand œuvre, ce Nakaz de 1767. Vous y mêlez Montesquieu et Beccaria — un souverain peut-il vraiment légiférer en philosophe ?

Je l'ai tenté, et j'en demeure fière, quoi qu'on en dise. Mon Instruction compte plus de cinq cents articles, et j'avoue sans honte y avoir pillé Montesquieu comme un voyageur emporte des provisions. J'y proclame que la Russie est un État européen, et que la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. Comprenez bien cette phrase, vous qui pesez les mots : la liberté n'y est pas l'absence de loi, mais son obéissance. J'ai réuni une grande Commission pour réformer notre droit ; hélas, mes députés discutèrent beaucoup et ne conclurent rien. Un texte de raison ne suffit pas à plier un empire de coutumes. J'ai semé des principes ; la moisson sera lente, et peut-être ne la verrai-je pas.

La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent.
Portrait de Catherine II de Russie (?)
Portrait de Catherine II de Russie (?)Wikimedia Commons, Public domain — Russian School (18)

Pourtant, Madame, vous régnez en autocrate, sans assemblée pour vous borner. Comment accordez-vous le philosophe et le maître absolu qui sont en vous ?

Ah, voilà la question que seul vous osez me poser ! On parle aujourd'hui de despotisme éclairé, comme si l'on pouvait être à demi maître. Écoutez la vérité d'une femme qui gouverne quinze millions de sujets sur des milliers de lieues : sans le pouvoir d'autocrate, mes oukases ne franchiraient pas les portes de la capitale. Un empire si vaste, si divers, ne se mène pas par le débat mais par une volonté unique. Je veux le bien de mes peuples ; mais je veux le leur à ma façon, car eux-mêmes ignorent encore ce qui leur convient. Vous trouverez cela orgueilleux. Je l'appelle, moi, la condition même du gouvernement. Le philosophe propose ; l'autocrate seule peut exécuter. Et je préfère exécuter peu que de ne proposer rien.

Le philosophe propose ; l'autocrate seule peut exécuter.

Mais ces principes humains, Madame — s'étendent-ils jusqu'à vos paysans ? On me dit le serf russe traité presque comme un esclave.

Vous mettez le doigt sur ma plaie la plus vive, et je ne vous mentirai pas. Le serf, attaché à la glèbe de son seigneur, est le revers sombre de mon règne. J'aimerais, en lisant vos amis les philosophes, soulager sa condition ; mais je règne par la noblesse, et c'est elle qui possède ces hommes. Toucher au servage, ce serait scier la branche où mon trône est posé. Voyez-vous, j'ai renversé un empereur en un matin ; je ne renverserais pas l'ordre des campagnes sans y laisser ma couronne. On me jugera là-dessus, je le sais, et sévèrement. Je préfère qu'on me dise impuissante plutôt qu'imprudente. Un monarque qui veut tout réformer d'un coup ne réforme rien, et finit sous les décombres de son propre élan.

Toucher au servage, ce serait scier la branche où mon trône est posé.
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Russian: «Портрет Екатерины II »Portrait of Catherine IItitle QS:P1476,ru:"Портрет Екатерины II "label QS:Lru,"Портрет Екатерины II "label QS:Len,"Portrait of Catherine II"Wikimedia Commons, Public domain — Fyodor Rokotov

Et ce Pougatchev qui souleva vos campagnes ces dernières années, se faisant passer pour Pierre III ? Ce feu vous a-t-il fait trembler ?

Trembler ? Non — mais veiller bien des nuits, oui. Ce Pougatchev, ce cosaque imposteur, eut l'audace de se dire mon défunt mari ressuscité, et des milliers de paysans le crurent. Voilà ce que produit l'ignorance : un fantôme suffit à embraser des provinces entières. Mes armées l'ont écrasé, on l'a conduit à Moscou dans une cage de fer, et la justice a suivi son cours. Mais ne croyez pas que je triomphe sottement. Cette révolte m'a montré l'abîme qui sépare ma cour éclairée des chaumières où l'on ne sait ni lire ni espérer. Je bâtis des académies et des musées ; et là-bas, on suit le premier brigand qui promet la liberté. Voilà la Russie que je dois gouverner : une et l'autre à la fois.

Un fantôme suffit à embraser des provinces entières : voilà ce que produit l'ignorance.

On a beaucoup parlé en Europe, Madame, de cette inoculation que vous vous fîtes faire en 1768. Pourquoi exposer ainsi votre personne sacrée ?

Parce qu'un exemple vaut mille édits, mon cher maître ! La variole ravageait mes provinces, et mes sujets fuyaient l'inoculation comme un poison. J'ai donc fait venir d'Angleterre le docteur Dimsdale, et je me suis offerte la première à sa lancette, dans le secret d'abord, puis au grand jour. Le lendemain, mon fils Paul fut inoculé à son tour. Comment exiger des autres ce que je refuserais pour moi-même ? Une souveraine ne commande pas seulement par la peur, elle entraîne par l'exemple. Tout le Nord en parla, vous me l'avez écrit vous-même. J'avoue y avoir trouvé un double profit : sauver des vies, et montrer à l'Europe qu'une impératrice peut être plus hardie devant la science que bien des médecins devant leurs préjugés.

Comment exiger des autres ce que je refuserais pour moi-même ?

Une dernière indiscrétion, Madame. Derrière l'impératrice qui se fait inoculer et légifère, quelle est la vie d'une journée ordinaire à votre cour ?

Vous voulez voir la femme sous la pourpre ? Soit, à vous je le confie. Je me lève à six heures, hiver compris, et j'allume moi-même mon feu pour ne réveiller personne ; puis je prépare mon café, si fort que mes secrétaires, dit-on, n'en supportent pas une gorgée. J'écris alors vingt lettres avant que la cour ne s'ébroue — dont les vôtres, souvent. L'après-midi appartient aux ministres et aux audiences ; le soir, à l'opéra, aux cartes, à quelques esprits choisis. Je mange du bouilli de bœuf comme un soldat, et porte en privé des robes simples, gardant l'or pour les jours d'apparat. Voilà mon secret, mon cher Voltaire : je gouverne un empire de faste avec les habitudes d'une ménagère allemande. Et c'est peut-être pour cela que je n'ai jamais perdu la tête.

Je gouverne un empire de faste avec les habitudes d'une ménagère allemande.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Catherine II de Russie. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.