Interview imaginaire avec Charles Perrault
par Charactorium · Charles Perrault (1628 — 1703) · Lettres · 5 min de lecture
Deux élèves de douze ans visitent ce matin une vieille demeure parisienne. Au coin d'une cheminée, un vieux monsieur à la grande perruque bouclée les attend. C'est Charles Perrault, et il a mille histoires à raconter.
—C'est vrai que vos contes sont sortis sous le nom de votre fils ?
Oui, mon enfant, c'est tout à fait vrai. En 1697, j'ai publié les Histoires ou contes du temps passé sous le nom de mon fils, Pierre Darmancour. Il avait dix-neuf ans seulement. Tu te demandes pourquoi ? Imagine : j'étais académicien, un monsieur sérieux qui écrivait des poèmes savants. Raconter des histoires de fées, cela pouvait faire sourire les grands esprits. Alors j'ai mis le nom de mon fils sur la couverture. Certains disent que je voulais protéger ma réputation. D'autres pensent que je voulais aider mon garçon à se faire connaître à la cour. Un peu des deux, sans doute. Le cœur d'un père a ses raisons.
Le cœur d'un père a ses raisons.
—Ça raconte quoi, votre histoire du Petit Chaperon rouge ?
Ah, celle-là, tout le monde la connaît ! Écoute comme elle commence : « Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu'on eût su voir ». Sa mère lui fait faire un petit chaperon rouge, un capuchon, qui lui va si bien que partout on l'appelle ainsi. Tu vois, je n'ai pas tout inventé. Ces histoires, on se les racontait depuis longtemps lors des veillées, ces soirées au coin du feu où l'on travaillait la laine en se faisant peur. Moi, j'ai pris ces récits que se transmettaient les nourrices, et je leur ai donné une belle forme écrite. J'ai aussi ajouté à la fin une moralité, une petite leçon en vers. Car un conte, mon enfant, ça doit aussi faire réfléchir.
Un conte, ça doit aussi faire réfléchir.
—On m'a dit que vous vous étiez disputé avec un autre écrivain ?
Oh oui ! Et quelle dispute ! En 1687, devant toute l'Académie française, j'ai lu un poème : Le Siècle de Louis le Grand. J'y disais une chose audacieuse. Écoute : « Je vois les Anciens sans plier les genoux, Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous. » Tu comprends ? À l'époque, beaucoup pensaient que les écrivains de l'Antiquité, les Grecs et les Romains, étaient indépassables. Moi, je disais : non, nous valons bien ces vieux maîtres ! Un monsieur appelé Boileau est devenu rouge de colère. On raconte qu'il a failli se lever en pleine séance pour protester. C'était le début d'une grande bataille des idées qu'on a appelée la Querelle des Anciens et des Modernes.
Les Anciens sont grands, mais ce sont des hommes comme nous.
—Pourquoi c'était si grave de dire ça, juste un poème ?
Tu as raison, ce n'était qu'un poème. Mais derrière, il y avait une grande question. Faut-il toujours admirer le passé, ou peut-on croire que notre époque fait mieux ? Moi, j'étais un « Moderne ». Je trouvais que mon siècle, celui du roi Louis XIV, était magnifique. Imagine que tu admires tellement tes grands-parents que tu refuses de croire pouvoir un jour les égaler. C'est triste, non ? J'ai voulu donner confiance à mon temps. Pour le prouver, j'ai même écrit un gros ouvrage, le Parallèle des Anciens et des Modernes. Quatre volumes ! J'y disais qu'un homme n'est pas plus intelligent simplement parce qu'il a vécu il y a deux mille ans. L'esprit humain est le même hier et aujourd'hui.
On n'est pas plus intelligent parce qu'on a vécu il y a deux mille ans.
—Avant les contes, vous faisiez quoi comme métier ?
Ah, là tu serais surpris ! Pendant vingt ans, je n'écrivais pas de contes du tout. Je travaillais pour un homme très puissant, Colbert, le grand ministre du roi. J'étais contrôleur des bâtiments du roi. Mon travail ? Surveiller les chantiers royaux ! Imagine des centaines d'ouvriers, des blocs de pierre, des plans étalés sur les tables. J'ai participé au projet de la colonnade du Louvre, ce magnifique alignement de colonnes. Et devine qui en était l'architecte ? Mon propre frère, Claude Perrault. Toute la famille au service du roi ! Le matin je m'occupais de pierres et de poutres, et le soir, parfois, je racontais des fées. Une drôle de double vie, n'est-ce pas ?
Le matin des pierres et des poutres, le soir des fées.

—C'est vous qui avez ouvert un jardin pour les gens ?
Oui, et j'en suis très fier ! Le jardin des Tuileries, à Paris, était un beau jardin royal. Mais il restait fermé, réservé aux puissants. Moi, je trouvais cela dommage. Un si bel endroit, avec ses allées et ses parterres, et personne pour s'y promener ! J'ai convaincu Colbert de l'ouvrir aux Parisiens. Lui n'était pas d'accord, figure-toi. Il avait peur qu'on l'abîme. Mais j'ai insisté, et j'ai gagné. Imagine des familles entières venant respirer l'air frais, des enfants courant dans les allées un dimanche. Aujourd'hui encore, on s'y promène. Tu vois, un homme de pouvoir peut faire de petites choses qui rendent la vie plus douce aux gens ordinaires.
Un beau jardin fermé à tous ne sert à rien.
—Vous racontiez des histoires à vos enfants le soir ?
Oui, mon enfant, et c'était mes moments préférés. Tu sais, j'ai perdu mon épouse en 1678. Je me suis retrouvé veuf, seul avec mes enfants à élever. Cela m'a beaucoup rapproché d'eux. Le soir, avant de les coucher, je m'asseyais près d'eux et je racontais. Je puisais dans ces vieilles histoires qu'on appelait les Contes de ma mère l'Oye — ces récits transmis par les nourrices et les grand-mères depuis toujours. Imagine la pièce éclairée seulement par la flamme d'un chandelier, et des petits yeux qui s'écarquillent quand le loup approche. C'est là, je crois, que sont vraiment nés mes contes. Pas dans mon cabinet de savant, mais au bord d'un lit d'enfant.
Mes contes sont nés au bord d'un lit d'enfant.

—Pourquoi on dit « contes de ma mère l'Oye » ? C'est bizarre comme nom !
Ha ha ! Tu trouves ça drôle, et tu as raison ! C'est un nom plein de tendresse. À mon époque, « Conte de ma mère l'Oye » désignait les histoires populaires que se racontaient les gens simples. L'oie, tu sais, cet oiseau de la basse-cour. Pourquoi l'oie ? Parce qu'on imaginait une vieille femme, une grand-mère ou une gardeuse d'oies, qui filait sa laine en racontant des merveilles aux petits. C'était la voix de la tradition, celle des veillées au coin du feu. Ces histoires-là, personne ne les avait écrites. Elles voyageaient de bouche en bouche, de génération en génération. Moi, j'ai eu envie de les attraper avant qu'elles ne s'envolent, comme on attrape un papillon, pour les garder sur le papier.
J'ai attrapé ces histoires avant qu'elles ne s'envolent.
—C'était quoi exactement, être à l'Académie française ?
Belle question ! L'Académie française était une grande institution, fondée en 1635 pour veiller sur notre belle langue. Être académicien, c'était un grand honneur. On était quarante, pas un de plus, choisis parmi les meilleurs esprits. J'y suis entré en 1671. Imagine une assemblée de messieurs à perruque, assis dans de beaux fauteuils, discutant gravement du sens des mots. Notre grand travail ? Rédiger le tout premier Dictionnaire de l'Académie. Un livre qui devait dire à chacun comment bien parler et bien écrire le français. C'était long, c'était minutieux. On débattait parfois des heures pour un seul mot ! Mais quel beau métier, prendre soin de la langue que parlent tous les Français.
Prendre soin de la langue, c'est prendre soin de tout un peuple.
—Vous vouliez changer quoi dans la façon de parler ?
Je voulais qu'on parle un français vivant, celui de tous les jours, et non un vieux français poussiéreux. Vois-tu, certains savants voulaient garder de vieux mots, des formes anciennes que plus personne n'employait. Ils trouvaient cela plus noble. Moi, fidèle à mon esprit de Moderne, je disais : non ! Une langue, c'est comme une rivière, ça coule, ça avance, ça se renouvelle. Pourquoi parler comme nos arrière-grands-pères ? Au Dictionnaire, j'ai défendu le français de mon temps, celui qu'on entendait dans les rues et les salons de Paris. C'est d'ailleurs cohérent avec toute ma vie : croire que le présent vaut bien le passé. Et toi, aujourd'hui, tu parles encore une langue vivante qui change. Tant mieux !
Une langue, c'est comme une rivière : ça coule, ça avance.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Charles Perrault. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



