Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Charles Perrault

par Charactorium · Charles Perrault (1628 — 1703) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, un soir de l'hiver 1700. Dans son cabinet de la rue de l'Arbre-Sec, à deux pas du Louvre, Charles Perrault nous reçoit la perruque un peu de travers, un recueil relié posé près de l'encrier. La cire d'un chandelier coule lentement tandis qu'il accepte de revenir sur sa double vie d'homme de Colbert et de conteur clandestin.

Avant les contes, vous avez passé vingt ans au service du roi. Comment êtes-vous entré dans cette machine administrative ?

C'est Colbert qui m'a pris, en 1662, comme commis à la Surintendance des bâtiments du roi. Vingt années durant, j'ai tenu registres et plans, surveillé les chantiers, marchandé avec les maçons et les sculpteurs. On me croit homme de plume légère, mais j'ai d'abord été homme de comptes et de devis. La grande affaire fut la colonnade du Louvre, dont mon frère Claude dessina les façades — je puis dire que j'ai vu naître ces colonnes pierre à pierre, depuis ce même quartier où je suis né. Croyez-moi, on apprend la rigueur d'une phrase en rédigeant des mémoires pour un ministre qui ne souffrait ni le bavardage ni l'à-peu-près.

On apprend la rigueur d'une phrase en rédigeant des mémoires pour un ministre qui ne souffrait pas l'à-peu-près.

Vous avez fait ouvrir le jardin des Tuileries au public. C'était une initiative risquée ?

Risquée, oui, car Colbert s'y opposait. Il voulait ce jardin réservé au roi et à sa suite, craignant que la populace n'abîmât les parterres et les allées. Je lui ai soutenu qu'un beau jardin sans promeneurs n'est qu'un désert ordonné, et qu'il y avait de la grandeur à laisser le menu peuple de Paris goûter l'ombre des Tuileries. J'ai eu gain de cause, et les bourgeois s'y pressent désormais aux beaux jours. Voyez l'ironie : l'homme qu'on dira un jour le père des contes pour enfants se battait déjà pour qu'on ouvrît un jardin aux familles. La même idée court sous les deux choses — qu'un bien réservé aux grands gagne à descendre jusqu'aux humbles.

Un beau jardin sans promeneurs n'est qu'un désert ordonné.

En 1671, vous entrez à l'Académie française. Que représentait ce fauteuil pour l'homme de robe que vous étiez ?

Une consécration, et un champ de bataille. J'ai pris mon fauteuil d'académicien en 1671, et l'on m'a aussitôt mis à l'ouvrage sur le premier Dictionnaire de l'Académie. Là, j'ai mené ma guerre : contre les pédants qui voulaient embaumer notre langue dans des formes archaïques, des tournures rances héritées des vieux livres. Le français se parle aujourd'hui, ai-je plaidé, il vit dans la bouche des honnêtes gens, non dans la poussière des grammairiens. Un académicien n'est pas le gardien d'un cimetière de mots ; il est le jardinier d'une langue qui pousse. Vous devinez que cette querelle-là en annonçait une autre, plus retentissante encore.

Un académicien n'est pas le gardien d'un cimetière de mots ; il est le jardinier d'une langue qui pousse.

Parlons-en. Ce poème lu devant l'Académie en 1687 a mis le feu aux poudres. Que s'est-il passé ce jour-là ?

J'ai lu Le Siècle de Louis le Grand, devant l'assemblée réunie. J'y disais sans détour ce que je pensais : « La belle Antiquité fut toujours vénérable, / Mais je ne crus jamais qu'elle fût adorable. » Boileau, à ces vers, devint écarlate et faillit se lever en pleine séance pour protester ; on dut presque le retenir. Pour ces messieurs, toucher à Homère et à Virgile, c'était blasphémer. Mais je ne plie pas le genou devant un homme sous prétexte qu'il a vécu il y a deux mille ans. Le siècle de Louis le Grand a ses Corneille, ses Molière, ses savants — pourquoi rougirions-nous devant les Anciens ? Ce fut le premier coup de la Querelle des Anciens et des Modernes.

Je ne plie pas le genou devant un homme sous prétexte qu'il a vécu il y a deux mille ans.

Vous avez prolongé ce combat dans un ouvrage en quatre volumes. Pourquoi tant d'acharnement ?

Parce qu'un poème lancé comme une étincelle ne suffit pas ; il faut ensuite tenir le siège. Mon Parallèle des Anciens et des Modernes, que j'ai composé entre 1688 et 1697, prend la forme de dialogues où je confronte point par point l'éloquence, la poésie, les sciences. Ma thèse est constante : l'esprit humain n'a pas faibli depuis les Grecs, il s'est au contraire enrichi de tout ce qu'on a découvert depuis. Les siècles ne changent rien à la portée de l'esprit, mais ils ajoutent à son savoir. Voyez la médecine, la physique, l'astronomie — nous voyons plus loin, non parce que nos yeux valent mieux, mais parce que nous sommes montés sur les épaules de ceux d'avant.

Les siècles ne changent rien à la portée de l'esprit, mais ils ajoutent à son savoir.
Portrait de Charles Perrault
Portrait de Charles PerraultWikimedia Commons, Public domain — Charles Le Brun

On dit que vos contes sont nés au coin du feu, auprès de vos enfants. Vous souvenez-vous de ces soirées ?

Je suis devenu veuf en 1678, et je me suis tout entier donné à l'éducation de mes enfants. Le soir venu, avant de les coucher, je leur contais ces histoires que les nourrices et les grand-mères se transmettent depuis toujours — ce qu'on nomme les contes de ma mère l'Oye. Le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, la Belle au bois dormant : tout cela vivait dans la mémoire des veillées, ces réunions du soir où l'on filait la laine en se faisant peur. Mes fils réclamaient le loup, toujours le loup. Et moi, écrivant à la chandelle une fois la maisonnée endormie, je me suis pris à fixer sur le papier ce qui n'avait jamais existé que dans le souffle des voix.

Je me suis pris à fixer sur le papier ce qui n'avait jamais existé que dans le souffle des voix.

Qu'avez-vous voulu changer en faisant passer ces récits oraux à la page imprimée ?

Une histoire qu'on raconte se défait au matin ; une histoire qu'on imprime demeure. J'ai donné à ces récits une forme, une langue tenue, et surtout une moralité à la fin — cette petite leçon en vers qui dit au lecteur ce qu'il faut tirer du conte. Car le loup qui dévore l'enfant trop confiante n'est pas qu'une bête de forêt. On a publié mes Histoires ou contes du temps passé en 1697, en petits volumes reliés, ornés de gravures où l'on voit le chaperon, le carrosse, le fuseau. J'ai voulu que ces images de pauvres veillées paysannes deviennent dignes d'entrer dans le cabinet d'un honnête homme — et même, qui sait, dans les appartements de la cour.

Une histoire qu'on raconte se défait au matin ; une histoire qu'on imprime demeure.
Portrait de Charles Perrault
Portrait de Charles PerraultWikimedia Commons, Public domain — Charles Le Brun

Justement, ce recueil de 1697 n'a pas paru sous votre nom mais sous celui de votre fils. Pourquoi ce détour ?

Voilà le mystère que l'on aime fouiller. Le recueil parut sous le nom de mon fils, Pierre Darmancour, qui n'avait alors que dix-neuf ans. Les raisons ? Je vous les laisse peser. D'aucuns diront qu'un académicien sérieux, l'homme du Parallèle, ne pouvait décemment signer des fariboles de nourrice sans prêter à rire à ses adversaires — songez à la joie de Boileau ! D'autres, que je voulais pousser mon garçon à la cour, lui donner un titre de gloire pour entrer dans le monde. Peut-être les deux à la fois. Un père est rarement mû par une seule raison, et un homme qui a passé sa vie dans les bureaux de Colbert sait qu'on ne signe pas toujours de son nom ce qu'on a entièrement conçu.

Un académicien sérieux pouvait-il signer des fariboles de nourrice sans prêter à rire à ses adversaires ?

Le ouvrir le Petit Chaperon rouge, c'est entendre une voix très simple. Comment trouve-t-on ce ton-là ?

« Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu'on eût su voir. » Voyez : nulle pompe, nul ornement savant. Pour ces récits, j'ai dû désapprendre l'éloquence de l'Académie et retrouver le pas tranquille de la conteuse au coin de l'âtre. C'est plus difficile qu'il n'y paraît — un bel esprit rompu aux salons et aux ruelles est tenté à chaque ligne de broder, de faire le galant. J'ai résisté. Le conte veut une langue claire comme l'eau, où l'enfant comme le courtisan trouvent leur plaisir. Et au bout, ma moralité glisse un sourire de connaisseur par-dessus l'épaule de l'enfant qui écoute.

J'ai dû désapprendre l'éloquence de l'Académie pour retrouver le pas de la conteuse au coin de l'âtre.

Avec le recul, croyez-vous que ce sont vos grands ouvrages savants ou vos contes qui vous survivront ?

Si je pouvais imaginer qu'on me lirait encore dans un siècle, j'avouerai ma surprise. J'ai mis ma fierté dans Le Siècle de Louis le Grand, dans le Parallèle, dans mes Hommes illustres où j'ai rangé cent visages du Grand Siècle — voilà l'œuvre d'un homme sérieux. Les contes, je les ai donnés presque en se cachant, sous le nom d'un enfant. Or il se pourrait, je le pressens parfois, que la Querelle s'apaise et que les doctes m'oublient, tandis que le Petit Chaperon rouge et Cendrillon courront de bouche en bouche, comme ils couraient avant moi. Étrange justice : on retient le conteur d'un soir, et l'on néglige l'académicien de vingt ans. Mais après tout, n'est-ce pas la veillée qui a toujours gagné ?

On retiendra peut-être le conteur d'un soir, et l'on négligera l'académicien de vingt ans.
Voir la fiche complète de Charles Perrault

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Charles Perrault. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.