Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Eileen Chang

par Charactorium · Eileen Chang (1920 — 1995) · Lettres · Culture · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Eileen Chang
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Los Angeles, un après-midi de la fin des années 1980. Dans un appartement de Westwood aux rideaux tirés, entre des piles de manuscrits et des valises jamais tout à fait défaites, une femme menue en qipao fané accepte, pour une fois, de parler. La voix est basse, l'ironie intacte, et Shanghai n'est jamais loin.

Vous souvenez-vous de la maison où vous avez grandi, avenue Jing'an ?

Je m'en souviens comme d'un long couloir sombre. Mon père fumait l'opium dans les pièces du fond, et quand j'ai voulu rejoindre ma mère qui était partie pour l'Europe, il m'a enfermée dans cette demeure de Shanghai pendant des mois, comme on range un objet gênant. J'écoutais les tramways passer sous les fenêtres, ce monde libre que je ne touchais plus. C'est là, je crois, que sont nées toutes mes femmes prisonnières. Quand j'ai écrit La Cangue d'or en 1943, je n'inventais pas cette odeur de renfermé, ce temps qui pourrit sur place : je la respirais encore. Une famille qui décline garde ses beaux meubles et ses vieilles rancunes ; elle vous étouffe poliment. J'ai compris très tôt que l'argent et le sang tiennent les gens plus solidement que n'importe quelle prison.

Une famille qui décline garde ses beaux meubles et ses vieilles rancunes ; elle vous étouffe poliment.

Pourquoi cette image de la lune revient-elle si souvent dans vos récits ?

Parce que c'est la seule chose qu'on peut regarder quand on est enfermé. Dans La Cangue d'or, j'écris que trente ans ont passé sur cette lune « comme si on avait traversé un long couloir sombre, étroit, oppressant. Plus on avance, plus le temps s'écoule, et la lune dort à l'autre bout, brillant pour les gens de l'autre côté. » La lune de Shanghai n'est pas romantique, elle est indifférente : elle brille pour ceux du dehors pendant qu'on croupit dedans. Ma mère m'avait donné le goût de l'Europe, de la peinture, du piano ; mon père m'avait donné les murs. Entre les deux, il y avait cette lune froide, témoin de tout et complice de rien. J'ai passé ma vie d'écrivain à décrire des gens qui la regardent depuis la mauvaise fenêtre.

La lune de Shanghai n'est pas romantique, elle est indifférente.

Comment la chute de Hong Kong a-t-elle changé votre regard sur les êtres ?

J'étudiais les lettres à l'Université de Hong Kong depuis 1939, une petite boursière sérieuse dans une ville coloniale qui se croyait éternelle. Puis les Japonais sont arrivés en décembre 1941, et j'ai vu une cité entière basculer en quelques jours. Je suis rentrée à Shanghai par bribes, à pied, en bateau, dans le désordre des réfugiés. De cette catastrophe j'ai tiré L'amour dévaste la cité. Bai Liusu, mon héroïne, est une divorcée de trente ans passés — « à Shanghai, une femme divorcée de trente ans était à peine bonne à jeter ». Il a fallu qu'une ville tombe, que des bombes déchirent le ciel de Hong Kong, pour qu'elle et son libertin s'accordent enfin. Voilà ce que la guerre m'a appris : elle ne rend pas les gens meilleurs, elle les rend disponibles.

La guerre ne rend pas les gens meilleurs, elle les rend disponibles.

Est-il cruel de faire naître une histoire d'amour de l'effondrement d'une ville ?

Cruel, peut-être ; honnête, sûrement. Une catastrophe qui engloutit des milliers de vies peut, par accident, sauver un seul couple — c'est exactement ce désordre moral qui m'intéresse. Dans L'amour dévaste la cité, la chute de Hong Kong en 1941 n'est pas un décor tragique, c'est une entremetteuse. Bai Liusu ne devient libre que parce que le monde autour d'elle s'écroule et libère les convenances de leur poigne. Je me méfie des grands sentiments héroïques ; je préfère les petites vérités mesquines qui survivent aux bombardements. Les gens ordinaires ne pensent pas à l'Histoire quand tout brûle : ils pensent à savoir s'ils seront aimés avant de mourir. C'est cela que j'ai voulu écrire, sans le juger — l'égoïsme tendre des vivants au milieu des décombres.

Une catastrophe qui engloutit des milliers de vies peut, par accident, sauver un seul couple.

On a beaucoup reproché votre mariage de 1944. Qu'en dites-vous aujourd'hui ?

J'ai épousé Hu Lancheng en 1944, et oui, il travaillait pour le gouvernement de Wang Jingwei, ces gens qui pactisaient avec l'occupant japonais. Je n'ai jamais aimé la politique ; j'aimais un homme, ce qui est plus bête et plus impardonnable aux yeux du monde. Après la guerre, on m'a fait payer ce mariage comme une faute, comme si une femme devait choisir son cœur d'après les frontières. Lui collectionnait les infidélités comme d'autres les timbres. En 1947 je lui ai écrit une dernière lettre et je lui ai envoyé de l'argent : « je t'envoie de quoi vivre six mois, afin que nous soyons quittes ». Solder une histoire d'amour comme une facture — voilà à quoi j'en étais réduite. On croit qu'on paiera avec des mots ; on finit par payer avec des billets.

J'aimais un homme, ce qui est plus bête et plus impardonnable aux yeux du monde.
Zhang Ailing 1926
Zhang Ailing 1926Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Pourquoi avoir voulu que ce mariage revive, des décennies plus tard, dans un roman ?

Parce qu'on ne se débarrasse pas d'un homme en lui rendant sa liberté ; il reste dans la doublure de la mémoire. J'ai écrit Petites réunions dans les années 1970, un livre où je me suis mise à nu sans pitié, avec cette relation au centre. J'y ai laissé une phrase qui me résume : j'avais cru que l'amour pouvait tout surmonter, mais l'amour était aussi un vêtement usé qu'on finit par ranger dans un tiroir. J'ai demandé qu'on ne le publie qu'après ma mort — il a fallu attendre 2009. La franchise a un prix qu'on ne peut acquitter que mort. De mon vivant, j'aurais rouvert des plaies, la mienne et celles des autres ; disparue, je ne fais plus scandale, je fais document. C'était ma manière de tout dire sans avoir à supporter le regard de ceux qui écoutent.

La franchise a un prix qu'on ne peut acquitter que mort.

On parle encore de vos robes. Que représentaient vraiment ces qipaos ?

Dans le Shanghai gris de la guerre, où la sobriété était presque un devoir patriotique, je portais des qipaos aux fleurs géantes, aux rayures insolentes, aux couleurs qui giflaient l'œil. Je les dessinais moi-même et les faisais coudre sur mesure, puis j'allais parader dans Nankin Road comme un défi ambulant. On y a vu de l'excentricité ; c'était plus grave que cela. Quand un monde s'effondre, s'habiller devient une déclaration : je refusais de me fondre dans le deuil général, de laisser la guerre décider de mes couleurs. Le qipao, ce vêtement à col mandarin, c'était mon dernier territoire souverain, la seule chose que ni mon père, ni la guerre, ni l'Histoire ne pouvaient m'ôter. On m'appelait vaniteuse. Je répondais que la vanité, chez une femme sans pouvoir, est parfois la seule forme de courage qui lui reste.

La vanité, chez une femme sans pouvoir, est parfois la seule forme de courage qui lui reste.
Zhang Ailing 1930
Zhang Ailing 1930Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Que diriez-vous de la place qu'occupent les vêtements et les repas dans votre écriture ?

Les grands sentiments mentent ; un col mal repassé, jamais. J'ai toujours cru qu'on comprend mieux une famille par ce qu'elle mange et par la coupe de ses robes que par ses grandes déclarations. Une bourgeoise shanghaïenne qui hésite entre deux tissus de qipao trahit son rang, sa peur, sa coquetterie, tout ce qu'elle ne dira jamais à voix haute. Dans mes essais d'Écrits sur l'eau, en 1944, je parlais de mode, de cinéma, de nourriture, et l'on m'a trouvée frivole. Mais le porc braisé sur une table, le thé au jasmin qu'on offre ou qu'on refuse, ce sont des hiérarchies entières, des tendresses et des humiliations. Je regardais les gens comme on lit un menu : leurs appétits, leurs manques, leurs prétentions. La grande Histoire passe ; la façon dont on tient ses baguettes reste.

Les grands sentiments mentent ; un col mal repassé, jamais.

Après avoir quitté la Chine communiste, vous avez écrit un roman très politique. Comment est-il né ?

Je n'étais pas faite pour le nouveau régime, et lui n'avait que faire de mes histoires de qipaos et d'amours désenchantées. J'ai quitté Shanghai pour Hong Kong en 1952, et là j'ai travaillé pour l'United States Information Service, qui cherchait des plumes. De cette période est sortie La chanson de la rizière, en 1954, que j'ai écrite directement en anglais. J'y décris, avec une froideur que j'ai voulue clinique, la famine et les violences de la collectivisation des campagnes. On dira que c'était une commande américaine, de la propagande. Peut-être. Mais j'avais vu de trop près comment une idéologie affame les gens au nom de leur bonheur. Je n'ai jamais eu de foi politique ; j'avais seulement une allergie profonde à ceux qui prétendent réécrire les cœurs par décret. Écrire cela, en exil, c'était encore décrire des prisonniers.

J'avais une allergie profonde à ceux qui prétendent réécrire les cœurs par décret.

Vous vivez aujourd'hui très retirée. Comment envisagez-vous la fin de votre parcours ?

Je déménage sans cesse, d'un studio de Los Angeles à un autre, poursuivie par des parasites que personne d'autre ne voit. Je le sais bien : on me trouve folle, ou pathétique. Mais après une vie entière à observer les autres depuis une fenêtre, j'ai fini par ne plus supporter qu'on me regarde en retour. Autour de moi il n'y a plus que des cartons, des manuscrits inachevés, quelques meubles. J'ai écrit un jour, dans Écrits sur l'eau, que je voulais vivre « dans un éclat de lumière maintenant, tout de suite », que je n'avais pas la patience d'attendre. Cette lumière-là, je l'ai eue à Shanghai, à vingt-trois ans, et rien depuis n'en a eu l'intensité. Le reste n'est qu'une longue épilogue. Si l'on me relit un jour, de l'autre côté de ma mort, tant mieux : je serai déjà passée dans l'autre pièce.

Après une vie à observer les autres depuis une fenêtre, je n'ai plus supporté qu'on me regarde en retour.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Eileen Chang. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.