Eileen Chang(1920 — 1995)

Zhang Ailing

États-Unis, République populaire de Chine, Taïwan

9 min de lecture

LettresCultureÉcrivain(e)XXe siècleChine républicaine et guerre sino-japonaise, Shanghai cosmopolite des années 1940

Romancière chinoise née à Shanghai en 1920, Eileen Chang est considérée comme l'une des plus grandes voix de la littérature chinoise moderne. Ses œuvres explorent avec finesse les relations amoureuses et la société shanghaïenne de la première moitié du XXe siècle.

Questions fréquentes

Zhang Ailing (1920-1995) est une romancière chinoise née à Shanghai dans une famille aristocratique en déclin. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est considérée comme l'une des plus grandes voix de la littérature chinoise moderne, comparable à Flaubert pour son style psychologique acéré. Ses œuvres, comme La Cangue d'or (1943), dépeignent avec ironie les relations amoureuses et la société shanghaïenne sous occupation japonaise. Moins une écrivaine engagée qu'une observatrice lucide, elle a influencé des générations d'auteurs en Chine et à Taïwan.

Citations célèbres

« La gloire arrive tôt ou n'arrive jamais.»
« Pour rencontrer la bonne personne, il faut traverser des déserts de temps.»

Faits marquants

  • 1920 : naissance à Shanghai dans une famille aristocratique en déclin
  • 1943 : publication de ses nouvelles majeures dont 'L'Amour dévaste' dans des revues shanghaïennes
  • 1952 : quitte la Chine continentale pour Hong Kong puis Taiwan
  • 1955 : émigre aux États-Unis, poursuivant sa carrière littéraire en exil
  • 1995 : décès à Los Angeles, laissant une œuvre traduite dans le monde entier

Œuvres & réalisations

La Cangue d'or (金鎖記) (1943)

Considérée comme son chef-d'œuvre, cette longue nouvelle trace le portrait implacable d'une femme emprisonnée dans un mariage d'argent qui finit par empoisonner tout ce qu'elle aime. C'est l'une des œuvres les plus puissantes de la littérature chinoise moderne, comparée par certains critiques à Flaubert.

L'amour dévaste la cité (傾城之戀) (1943)

Nouvelle puis pièce de théâtre, elle raconte l'histoire d'une femme divorcée et d'un homme libertin qui ne parviennent à s'aimer qu'après la chute de Hong Kong face aux Japonais. Zhang Ailing y explore avec ironie la façon dont la guerre peut paradoxalement libérer les individus des contraintes sociales.

Dix-huit printemps (半生緣) (1951)

Roman feuilleton publié d'abord sous pseudonyme, il raconte une histoire d'amour impossible entre deux jeunes gens de Shanghai séparés par les conventions familiales. C'est l'œuvre de Zhang Ailing la plus lue en Chine populaire et à Taiwan aujourd'hui.

Écrits sur l'eau (流言) (1944)

Recueil d'essais autobiographiques où elle réfléchit sur la mode, la musique, le cinéma, la nourriture et la vie quotidienne à Shanghai. Ces textes révèlent une pensée originale sur la modernité et restent parmi les plus beaux essais de la littérature chinoise du XXe siècle.

La chanson de la rizière (秧歌 / The Rice-Sprout Song) (1954)

Roman écrit directement en anglais, il décrit avec une froideur clinique les ravages de la collectivisation forcée dans la Chine communiste des années 1950. Commandé en partie par l'USIS américain, il témoigne de l'engagement anti-totalitaire de Zhang Ailing pendant son exil.

Petites réunions (小團圓) (2009 (posthume))

Roman autobiographique rédigé dans les années 1970 mais publié après sa mort selon ses instructions tardives, il retrace avec une franchise brutale sa relation avec Hu Lancheng et ses années de formation. Sa publication fit sensation et rouvrit les débats sur la vie et l'œuvre de l'autrice.

Anecdotes

Zhang Ailing est née dans une famille aristocratique shanghaiienne en déclin : son père, opiomane et violent, l'emprisonna plusieurs mois dans leur demeure pour avoir voulu rejoindre sa mère en Europe. Cette captivité marqua profondément son œuvre, nourrie de personnages piégés par les conventions familiales et l'argent.

Étudiante brillante, elle obtint une bourse pour l'Université de Hong Kong en 1939, mais dut abandonner ses études lorsque les Japonais prirent la ville en décembre 1941. Elle rentra à Shanghai occupée à pied et en bateau, une expérience traumatisante qu'elle transforma en matière littéraire dans sa nouvelle 'L'amour dévaste la cité'.

En 1944, elle épousa Hu Lancheng, un intellectuel qui collaborait avec le gouvernement fantoche pro-japonais de Wang Jingwei. Ce mariage scandaleux lui valut des critiques sévères après la guerre. Elle divorça en 1947 après avoir découvert les infidélités répétées de son mari, lui envoyant une lettre d'adieu et une somme d'argent.

Zhang Ailing était célèbre pour ses tenues extravagantes dans le Shanghai des années 1940 : elle portait des qipaos aux couleurs vives et aux imprimés audacieux qu'elle dessinait elle-même, à contre-courant de la sobriété imposée par la guerre. Cette excentricité vestimentaire était pour elle une forme de résistance et d'affirmation identitaire.

Après son émigration aux États-Unis en 1955, elle vécut de plus en plus recluse, déménageant fréquemment pour fuir ce qu'elle décrivait comme des parasites invisibles. En septembre 1995, son corps fut découvert dans son appartement de Los Angeles plusieurs jours après sa mort, allongée sur son matelas, entourée de manuscrits inachevés.

Sources primaires

L'amour dévaste la cité (傾城之戀) (1943)
Il y avait Bai Liusu, divorcée, qui avait trente ans passés. À Shanghai, une femme divorcée de trente ans était à peine bonne à jeter.
La Cangue d'or (金鎖記) (1943)
Trente ans ont passé sur cette lune, comme si on avait traversé un long couloir sombre, étroit, oppressant. Plus on avance, plus le temps s'écoule, et la lune dort à l'autre bout, brillant pour les gens de l'autre côté.
Écrits sur l'eau (流言) — essai 'Propre vie' (1944)
Je veux vivre dans un éclat de lumière maintenant, tout de suite. Je n'ai pas la patience d'attendre. En ce monde, il n'y a rien de plus périssable que le temps.
Petites réunions (小團圓) — roman autobiographique posthume (2009 (rédigé vers 1975))
Elle avait cru que l'amour pouvait tout surmonter. Mais l'amour était aussi un vêtement usé qu'on finit par ranger dans un tiroir.
Lettre d'adieu à Hu Lancheng (1947)
Nous nous sommes aimés comme le meilleur de ce que je pouvais donner. Je t'envoie de quoi vivre six mois, afin que nous soyons quittes.

Lieux clés

Shanghai, Concession internationale

Ville natale et cadre principal de son œuvre, Shanghai était dans les années 1940 une métropole cosmopolite mêlant influences chinoises, britanniques, françaises et américaines. C'est dans ce Shanghai hybride et en guerre que Zhang Ailing situe presque tous ses romans et nouvelles.

Université de Hong Kong

Zhang Ailing y étudia les lettres de 1939 à 1941 avant que l'invasion japonaise ne mette fin à ses études. Cette période marqua profondément sa vision du monde : elle vit de ses yeux une ville coloniale basculer brutalement dans la guerre.

Résidence familiale de Shanghai (avenue Jing'an)

C'est dans cette demeure bourgeoise que son père la retint prisonnière pendant plusieurs mois après qu'elle eut voulu rejoindre sa mère. Cet enfermement est directement à l'origine de l'atmosphère claustrophobique qui caractérise ses portraits de femmes emprisonnées par leur famille.

Hong Kong (exil, 1952-1955)

Après avoir quitté la Chine communiste, Zhang Ailing séjourna plusieurs années à Hong Kong où elle travailla pour l'United States Information Service, traduisant des romans et rédigeant des œuvres anticommunistes. Cette période de transition fut douloureuse mais productive.

Los Angeles, Californie (États-Unis)

Dernière ville de résidence de Zhang Ailing, où elle vécut seule et recluse pendant des décennies, déménageant régulièrement, refusant presque toute interview. C'est dans un appartement de Westwood qu'elle mourut en septembre 1995, son corps découvert plusieurs jours après sa mort.

Voir aussi