Interview imaginaire avec Épicure
par Charactorium · Épicure (341 av. J.-C. — 269 av. J.-C.) · Philosophie · 5 min de lecture
Deux eleves de douze ans poussent la grille d'un jardin pres d'Athenes. Sous les arbres fruitiers, un vieil homme aux pieds nus les accueille en souriant. Il les invite a s'asseoir dans l'herbe pour discuter.
—C'etait quoi votre ecole ? Une vraie maison avec des salles ?
Oh non, mon enfant ! Mon ecole, c'etait un vrai jardin. Kepos, en grec, ca veut dire « le jardin ». Imagine un terrain plante d'arbres fruitiers, entre les murs d'Athenes et l'Academie. J'ai achete ce coin de terre vers 306 avant notre ere. Pas de marbre, pas de colonnes. On s'asseyait dans l'herbe, comme toi maintenant. Le matin, je mangeais du pain d'orge et je buvais de l'eau. Tu sais pourquoi j'ai choisi un endroit aussi simple ? Parce que le bonheur ne se cache pas dans le luxe. Il pousse la ou on plante des legumes et des amities.
Le bonheur ne se cache pas dans le luxe, il pousse comme un jardin.
—Vous laissiez vraiment entrer les filles et les esclaves ? Tout le monde ?
Oui, et figure-toi que ca choquait beaucoup de gens. A mon epoque, les grandes ecoles n'acceptaient que des hommes riches et libres. Moi, j'ouvrais ma porte aux femmes, et meme aux esclaves. Imagine la tete des philosophes serieux ! Pour moi, c'etait evident : la sagesse ne regarde pas si tu es ne riche ou pauvre. Une fois par mois, on faisait un petit banquet ensemble. Tres modeste, tu sais : du pain, un peu de fromage. On riait, on discutait. Ce qui comptait, c'etait d'etre la, tous reunis, sans qu'aucun ne se sente inferieur a l'autre.
La sagesse ne demande jamais si tu es ne riche ou pauvre.
—On dit « epicurien » pour quelqu'un qui mange beaucoup et fait la fete. C'est vous ça ?
Ah, ca me fait sourire ! Les gens ont tout melange apres ma mort. Ecoute bien : quand je parle de plaisir, je ne parle pas de festins ni de debauche. Le vrai plaisir, c'est simplement de ne pas souffrir dans son corps et de ne pas etre trouble dans son ame. Tu vois la difference ? Moi, je mangeais du pain et je buvais de l'eau. Quand un ami m'envoyait un peu de fromage, je disais en riant que je pouvais faire bombance ! Le plus grand plaisir, ce n'est pas de remplir son ventre. C'est de se sentir tranquille, en paix, avec des amis a cote de soi.
Le vrai plaisir, c'est de ne pas souffrir et de rester tranquille.
—Vous mangiez quoi le matin, vraiment ? Et le soir avec vos amis ?
Le matin, je me levais a l'aube et je marchais un peu dans mon jardin pour reflechir. Ensuite, du pain d'orge et de l'eau. Parfois des olives, des figues, quelques legumes que je cultivais moi-meme. Rien de plus. Le soir, c'etait mon moment prefere. Je partageais un repas simple avec mes proches disciples, sous une lampe a huile en terre cuite. On parlait d'amitie, de bonheur, parfois tard dans la nuit. Tu sais, un repas n'a pas besoin d'etre riche pour etre joyeux. Avec de bons amis, un morceau de pain devient un festin. C'est ca, le secret.
Avec de bons amis, un morceau de pain devient un festin.
—Vous etes ne ou ? Et pourquoi vous avez bouge autant avant Athenes ?
Je suis ne sur Samos, une belle ile dans la mer Egee. Mon pere y etait colon, venu d'Athenes. Mais mon enfance a ete bousculee. Quand j'avais environ vingt ans, les soldats ont chasse les colons atheniens de l'ile. Ma famille a du fuir vers Colophon, sur le continent. Imagine devoir quitter ta maison du jour au lendemain, a cause de la guerre. C'etait l'epoque des batailles entre les generaux d'Alexandre. J'ai d'abord enseigne a Mytilene, puis a Lampsaque, avant de m'installer enfin a Athenes. Chaque exil m'a appris une chose : on peut perdre sa maison, mais pas sa facon de penser.
On peut perdre sa maison, mais jamais sa facon de penser.
—Vous aviez des amis fideles qui vous suivaient partout ?
Oh oui, et c'etait ma plus grande richesse ! A Lampsaque, une cite d'Asie, j'ai rencontre des compagnons formidables. Le plus cher de tous s'appelait Metrodore. On etait inseparables. Plus tard, dans mon jardin, j'avais meme fait placer son portrait, pour ne jamais l'oublier. Tu sais, pour moi, l'amitie n'est pas un petit plus dans la vie. C'est le coeur meme du bonheur. Un sage tout seul, meme tres intelligent, reste pauvre. Mais entoure d'amis qui te comprennent, tu deviens invincible face aux malheurs. C'est pour ca que mes disciples vivaient pres de moi, comme une grande famille choisie.
L'amitie n'est pas un petit plus de la vie, elle en est le coeur.
—C'est quoi un atome ? J'ai entendu ce mot mais je comprends pas trop.
Bonne question ! Atomos, en grec, ca veut dire « qu'on ne peut pas couper ». Imagine que tu casses un caillou en deux, puis encore en deux, encore et encore. A la fin, tu arrives a un grain minuscule, si petit qu'on ne peut plus le diviser. Voila l'atome ! Pour moi, tout est fait de ces petits grains qui flottent dans le vide. Toi, moi, cet arbre, l'eau : rien que des atomes assembles autrement. J'ai repris cette idee d'un sage plus ancien, Democrite. Tu vois, comprendre de quoi le monde est fait, ca aide a ne plus avoir peur de l'inconnu.
Tout ce que tu vois n'est qu'un assemblage de minuscules grains dans le vide.
—Et pourquoi vous disiez qu'il ne faut pas avoir peur des dieux ?
Parce que la peur gachait la vie des gens, mon enfant. A mon epoque, beaucoup tremblaient en voyant la foudre ou un orage. Ils croyaient que les dieux les punissaient. Moi, j'ai explique que ces phenomenes ont des causes naturelles. La foudre, ce n'est pas un dieu en colere : c'est la nature qui suit ses lois. Mes atomes, eux, peuvent meme devier tout seuls, de facon imprevisible. Ca s'appelle le clinamen. Et cette petite deviation, c'est ce qui rend l'homme libre de ses choix. Comprendre la nature, c'est se debarrasser des peurs inutiles. Un esprit qui n'a plus peur est enfin tranquille.
Un esprit qui comprend la nature n'a plus besoin d'avoir peur.
—Vous ecriviez beaucoup ? On a encore tous vos livres ?
J'ai beaucoup ecrit, oui ! On raconte que j'ai rempli pres de trois cents rouleaux de papyrus au cours de ma vie. J'utilisais aussi un stylet et une tablette de cire pour mes notes. Mais voila le triste secret : presque tout a disparu avec le temps. Mon grand traite, De la nature, faisait trente-sept livres. Il a brule, s'est perdu, s'est efface. Aujourd'hui, il ne reste que quelques lettres et des maximes. Imagine ecrire pendant toute une vie, et qu'il n'en reste qu'une poignee de pages. Mais tu sais quoi ? Ces quelques pages voyagent encore jusqu'a toi. C'est deja une belle victoire.
J'ai rempli trois cents rouleaux, et il n'en reste qu'une poignee de pages.
—Vous appreniez quoi a vos eleves, exactement ?
Je leur apprenais surtout a vivre heureux et sans crainte. L'apres-midi, on s'installait sous les arbres et on discutait, sans grands discours solennels. Pour les aider, j'avais resume mes idees en petites phrases faciles a retenir, les Maximes capitales. Mes eleves les apprenaient par coeur, comme tu apprends une comptine. Je faisais meme graver certaines sur les murs du jardin ! L'une d'elles disait : la mort n'est rien pour nous. Pourquoi ? Parce que quand tu es la, la mort n'est pas la ; et quand elle arrive, toi tu n'es plus la pour la sentir. Une fois compris ca, on respire mieux.
Quand tu es la, la mort n'est pas la ; quand elle arrive, tu n'es plus la.
—Vous etiez heureux a la fin de votre vie, meme malade ?
Ah, tu touches a quelque chose de tres important. A la fin, j'etais tres malade. J'avais des calculs dans les reins, des douleurs atroces, parmi les pires qu'on puisse imaginer. Et pourtant, le dernier jour, j'ai ecrit une lettre a mon ami Idomenee. Je lui ai dit que je restais heureux. Comment ? En me souvenant de toutes nos belles conversations passees. Tu vois, la douleur du corps ne pouvait pas effacer la joie de mon esprit. Toute ma vie, j'avais dit qu'on pouvait rester serein meme dans la souffrance. Ce jour-la, je l'ai prouve pour de vrai, jusqu'au dernier souffle.
La douleur du corps ne pouvait pas effacer la joie de mon esprit.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Épicure. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


