Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Etty Hillesum

par Charactorium · Etty Hillesum (1914 — 1943) · Spiritualité · Lettres · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Amsterdam, automne 1942. Dans une chambre de la Gabriël Metsustraat encombrée de livres et de cahiers d'écolier, une jeune femme de vingt-huit ans nous reçoit, son stylo plume encore à la main. Dehors, l'Occupation resserre son étau ; ici, le temps d'une conversation imaginaire, Etty Hillesum parle de ce qui ne se laisse pas occuper — le dedans.

Comment êtes-vous venue à tenir ce journal que vous remplissez chaque jour ?

C'était en mars 1941. Julius Spier — ce chirologue venu d'Allemagne, disciple de Jung, qui prétendait lire les âmes dans le creux des mains — m'avait soufflé d'écrire pour me débrouiller avec le chaos qui me logeait dedans. Je me suis assise dans ma chambre de la Gabriël Metsustraat, mon stylo plume entre les doigts, et j'ai ouvert le premier de ces cahiers d'écolier. Je ne pensais pas faire œuvre ; je pensais faire le ménage en moi-même. Les premières pages sont maladroites, encombrées de mes humeurs, de mes amours compliquées, de mon désordre. Mais quelque chose s'est mis à respirer là-dedans. Écrire, c'était poser une lampe dans une pièce que je n'osais pas regarder.

Que cherchez-vous, au juste, dans ces cahiers ?

Au fond, j'y cherche un lieu où me tenir droite. Le matin, avant que la journée ne m'emporte, j'écris pour y voir clair, comme on écarte les volets. Peu à peu mes cahiers sont devenus le seul endroit où je pouvais creuser un puits — c'est l'image qui me revient — assez profond pour trouver Dieu au fond de moi-même. Pas le Dieu des sermons : une présence à qui je parle, que je dois parfois aider, car il me semble que c'est à nous de le défendre, lui, en nous. J'y consigne l'amour aussi, mes maladresses, ma gourmandise de vivre. Huit cahiers, déjà, écrits sans savoir si quelqu'un les lira jamais. Mon amie Maria Tuinzing les gardera, au cas où je ne reviendrais pas.

On vous a proposé plus d'une fois de vous cacher. Pourquoi avoir refusé ?

Parce que me cacher, c'eût été me perdre. On m'a tendu des adresses, des greniers, des filières vers la frontière. J'ai dit non. Le 3 juillet 1942, je l'ai écrit dans mon journal sans détour : « Je ne veux pas me défiler. Je ne peux pas. Si je me planquais, je perdrais ma raison d'être. Je dois rester là où je suis et partager le sort de ceux qui ont le même destin que moi. » Comment vivre planquée pendant qu'on emporte les autres par milliers ? Je ne me crois ni héroïne ni martyre — ce serait grotesque. Simplement, je ne veux pas être épargnée comme on l'est par hasard, du bon côté d'une liste. Mon étoile jaune, je la porte cousue sur le manteau ; elle me lie à tout un peuple, et je refuse de la découdre en douce.

Je ne veux pas être épargnée comme on l'est par hasard, du bon côté d'une liste.

Vous auriez pu rester protégée à Amsterdam. Qu'est-ce qui vous a poussée vers Westerbork ?

D'abord je suis entrée comme employée du Conseil juif d'Amsterdam — une besogne ambiguë, je ne me le cache pas : cette administration tenait les listes, distribuait les Sperre, ces exemptions provisoires qui ne tenaient qu'à un fil. Très vite, j'ai demandé à partir pour Westerbork, là-bas, dans la lande de la Drenthe. On ne comprenait pas : pourquoi rejoindre de son plein gré le camp d'où s'ébranlent les trains ? Mais c'est là qu'étaient les miens, entassés dans les baraquements, et je voulais être un cœur qui pense au milieu de cette baraque, une présence qui console là où la consolation semble impossible. J'y suis allée comme on rejoint un poste, pas un sacrifice. Aider à porter une valise, écouter une vieille femme, recoudre un peu de dignité : voilà ce que je pouvais faire, et c'était immense.

Comment peut-on seulement parler de beauté derrière des barbelés ?

Je sais que cela peut paraître scandaleux. Et pourtant : « Malgré tout, je trouve cette vie belle et je trouve le sens de cette vie. Oui, même ici, maintenant, en ce moment. » Je l'ai écrit depuis Westerbork, cernée de fil de fer. La beauté n'est pas dans les barbelés, évidemment ; elle est dans ce morceau de ciel qu'ils ne peuvent pas clôturer, dans le visage d'un enfant, dans un lupin qui pousse au bord de la lande. On ne m'ôtera pas le dedans. J'ai écrit à mon amie Maria que je me sens libre à l'intérieur, même entourée de fils barbelés — et c'est la vérité la plus nue que je connaisse. Le malheur peut tout prendre, sauf la manière dont je décide de le traverser. Cela, aucun gardien ne le confisque.

On ne m'ôtera pas le dedans.
Etty Hillesum
Etty HillesumWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Ytzen

Quels livres vous accompagnent dans cette épreuve ?

Deux compagnons ne me quittent pas. La Bible, d'abord — surtout les Psaumes, que je lis comme on boit à une source ; saint Matthieu aussi m'est devenu très cher. Et puis Rainer Maria Rilke, ses Lettres à un jeune poète, que je relis jusqu'à les savoir presque par cœur. Rilke m'a appris à ne pas fuir la difficulté, à laisser mûrir en soi les questions sans réponse, comme des fruits. Étrange destin : c'est un poète de langue allemande qui me tient debout pendant que d'autres Allemands me veulent morte. J'emporte ces pages partout, même au camp, glissées contre la couverture de laine. Quand la baraque s'endort, je lis à la dérobée. Ces livres ne me distraient pas de la souffrance ; ils m'apprennent à l'habiter sans devenir dure.

Parlez-nous des mardis, à Westerbork.

Le mardi, à Westerbork, est un jour qui n'a pas d'équivalent dans les autres langues. Dinsdag. La veille au soir, on affiche les listes ; on apprend qui sera doorgestuurd — « envoyé plus loin », dit la langue bureaucratique, comme s'il s'agissait d'un colis. À l'aube, le convoi est là, ce long serpent de wagons à bestiaux, et l'on entasse des hommes, des femmes, des nourrissons vers une destination dont nul ne revient. Ceux qui détiennent une Sperre respirent une semaine de plus ; les autres montent. J'ai vu des mères bercer leur enfant sur le quai. J'ai décidé d'être les yeux et les oreilles de cette détresse, de regarder sans me détourner, pour qu'au moins un témoin reste debout. Chaque mardi, une part de moi part avec le train, et une autre demeure pour le raconter.

Vos lettres circulent en secret jusqu'à Amsterdam. Qu'espérez-vous qu'elles disent ?

De Westerbork, j'écris à mes amis d'Amsterdam, et je sais que mes lettres voyagent au-delà de leurs destinataires. On les recopie, on les fait passer sous le manteau ; des cercles de la résistance les lisent à voix basse. Je n'écris pas pour faire de la littérature ni pour qu'on me plaigne. J'écris pour que quelqu'un, dehors, sache exactement ce qui se passe sur cette lande : la boue, les Dinsdag, la grandeur et la bassesse des hommes mêlées dans une même baraque. Si je devais disparaître, je voudrais que ces pages restent comme un cœur qui continue de penser quand la bouche s'est tue. Voilà ma tâche, la seule que l'occupant ne m'ait pas prise : témoigner. Tant que ma main tient le stylo plume, je ne suis pas tout à fait réduite à un numéro.

EttyHillesum
EttyHillesumWikimedia Commons, Public domain — Unknown photographer

Vous écrivez beaucoup sur la mort. Comment l'apprivoise-t-on, à vingt-huit ans ?

Je ne la regarde pas comme une ennemie. J'ai écrit : « Il faut accepter la mort pour pouvoir vivre pleinement. Et si l'on accepte la mort, alors la vie devient plus précieuse et non moins précieuse. » Ce n'est pas du courage, c'est une découverte. En faisant à la mort une petite place dans mon existence, au lieu de la chasser sans cesse, j'ai cessé d'avoir peur — et tout le reste s'est mis à briller davantage : un quignon de pain, un éclat de rire dans la baraque, une lettre reçue. La vie n'est pas amoindrie par le fait qu'elle finira ; elle en devient plus dense. Mes cahiers, je crois, ne disent rien d'autre que cela, page après page : apprendre à mourir, c'est apprendre à vivre sans avarice.

Apprendre à mourir, c'est apprendre à vivre sans avarice.

Vous savez que votre tour viendra. Comment vivez-vous cette attente ?

Mon tour viendra, je le sais ; la Sperre du Conseil juif ne me protégera pas éternellement, et je ne le souhaite pas. Mes parents sont là, mon frère Mischa aussi ; nous partirons sans doute ensemble, vers cet Est dont le nom — Auschwitz — circule en rumeur sans qu'on sache au juste ce qu'il recouvre. Je n'attends pas comme on attend dans l'angoisse, à compter les jours. J'essaie de rester un être entier jusqu'au bout, de ne pas me laisser entamer par la haine, car haïr, ce serait déjà leur donner raison, déjà devenir un peu comme eux. Je veux monter dans ce wagon en gardant mon âme intacte. C'est ma seule victoire possible, et personne ne peut me l'arracher : partir sans amertume, le cœur encore capable de bénir.

Si un dernier mot devait sortir du wagon, que voudriez-vous qu'il dise ?

Je voudrais qu'il dise la chose la plus vraie et la plus invraisemblable : que nous sommes partis en chantant. J'ai déjà une carte postale prête, qu'on pourra jeter par la fente du wagon ; peut-être qu'un paysan la ramassera sur le ballast et la postera, comme un message confié au hasard du vent. Qu'on n'imagine pas un convoi de vaincus muets : il y a, jusque dans l'horreur, une dignité qui chante. Je ne sais pas ce qui m'attend là-bas, et je ne veux pas le savoir d'avance. Mais je pars, je crois, sans avoir renié la vie ni le ciel au-dessus de la lande. Que mes cahiers, un jour, le racontent à ceux qui n'étaient pas encore nés : on peut traverser la nuit la plus noire sans cesser d'être un cœur qui pense.

Il y a, jusque dans l'horreur, une dignité qui chante.
Voir la fiche complète de Etty Hillesum

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Etty Hillesum. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.