Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Etty Hillesum

par Charactorium · Etty Hillesum (1914 — 1943) · Spiritualité · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le grand salon du 27 Gabriël Metsustraat, à Amsterdam, un après-midi de printemps 1942, que Julius Spier retrouve Etty entre deux consultations de chirologie. La lumière tombe sur les cahiers d'écolier empilés près de l'encrier, et l'odeur du thé refroidi flotte encore. Ils se connaissent depuis qu'elle est venue le consulter, un an plus tôt, le cœur en désordre — c'est lui qui lui a soufflé de tenir un journal. Il vient aujourd'hui non plus en thérapeute, mais en témoin de ce qu'il a vu naître en elle.

Etty, lorsque tu es venue me consulter et que je t'ai conseillé de tenir un journal pour te connaître toi-même, imaginais-tu où cela te mènerait ?

Non, Julius, jamais. J'étais venue te voir comme on va chez un médecin de l'âme, avec mon chaos, mes humeurs, cette intelligence qui tournait à vide. Tu m'as dit d'écrire, simplement d'écrire, pour mettre de l'ordre dans le tumulte. J'ai pris un cahier d'écolier et un stylo, et j'ai commencé en mars dernier sans rien attendre. Mais voilà : à mesure que j'écrivais, je ne me contentais plus de me regarder, je commençais à écouter quelque chose de plus grand que moi. Toi qui as posé tes mains sur les miennes pour y lire mon caractère, tu sais bien que ce geste n'était qu'un commencement.

J'étais venue te voir comme on va chez un médecin de l'âme, avec mon chaos.

Tu lis la Bible et les Lettres à un jeune poète de Rilke presque chaque jour. Que vas-tu chercher dans ces pages, toi qui doutais tant de Dieu ?

Je vais y chercher un appui pour ce qui grandit en moi sans nom. Les Psaumes me donnent les mots que je n'ai pas encore : une manière de m'agenouiller au-dedans, même quand je ne crois pas comme croient les dévots. Et Rilke — Rilke m'apprend la patience, à vivre les questions elles-mêmes au lieu de réclamer des réponses. Tu te souviens, Julius, quand tu m'as parlé de ce Dieu qui n'est pas au-dehors mais au plus profond du puits intérieur ? Depuis, je creuse ce puits chaque matin. Je commence à déterrer Dieu en moi, et parfois aussi à le déterrer chez les autres, même chez ceux qui me font peur.

Rilke m'apprend à vivre les questions elles-mêmes au lieu de réclamer des réponses.

Décris-moi tes journées ici, dans cette maison. Que reste-t-il de paix entre les cours de russe et la menace qui se resserre dehors ?

Le matin, j'écris avant que le monde ne s'éveille, dans la cuisine, avec du pain et du thé. L'après-midi, je donne mes leçons de russe pour vivre, je lis Dostoïevski, je reçois parfois tes patients. Le soir, je retrouve mes amis pour discuter, ou je retourne à mes cahiers. Mais sous chaque heure il y a maintenant une vigilance sourde, l'oreille tendue vers la rue. On a beau coudre l'étoile sur son manteau, on continue de vivre, d'aimer, de penser. Et c'est là ma découverte : la beauté ne demande pas la permission des circonstances. Elle est là, dans la lumière sur ta tasse, même aujourd'hui.

La beauté ne demande pas la permission des circonstances.

On me dit que des amis t'offrent de te cacher, de fuir les Pays-Bas. Pourquoi refuses-tu ce que d'autres supplient d'obtenir ?

Parce que me défiler, Julius, ce serait me perdre. J'ai noté cela dans mon journal il y a peu : je ne veux pas me planquer, je ne peux pas, car alors je perdrais ma raison d'être. Si je me sauve seule pendant que les miens montent dans les trains, à quoi me servira d'avoir sauvé ce corps ? Je préfère partager le sort de ceux qui ont le même destin que moi. Ce n'est ni de l'héroïsme ni du désespoir — c'est une fidélité. Toi qui m'as appris à ne pas fuir mes propres ténèbres intérieures, comprends-tu que je ne puisse pas davantage fuir celles de mon peuple ?

Si je me sauve seule pendant que les miens montent dans les trains, à quoi me servira d'avoir sauvé ce corps ?

Tu envisages d'entrer au Conseil juif, puis de rejoindre le camp de Westerbork. N'est-ce pas marcher de toi-même vers le danger ?

C'est marcher vers ceux qui souffrent, et le danger vient avec, oui. Le Conseil juif est un lieu trouble, je ne me fais pas d'illusions : on y gère des listes, des exemptions, on y respire une atmosphère d'angoisse et de privilèges arrachés. Mais de là, je peux demander à partir pour Westerbork, comme assistante, pour être auprès des gens au moment où ils ont le plus besoin d'une présence. Je ne veux pas être de ceux qui regardent par la fenêtre pendant que le train s'éloigne. Si je dois traverser cela, que ce soit les mains ouvertes, en aidant, et non recroquevillée dans un grenier à attendre qu'on me trouve.

Je ne veux pas être de ceux qui regardent par la fenêtre pendant que le train s'éloigne.
Etty Hillesum
Etty HillesumWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Ytzen

Si tu pars là-bas, derrière les barbelés, crains-tu de perdre cette liberté intérieure que nous avons cherchée ensemble ?

C'est justement là que je veux l'éprouver, Julius. Une liberté qui ne tient que tant que les portes restent ouvertes ne vaut pas grand-chose. Je crois — et tu m'as aidée à le croire — qu'on peut se sentir libre au-dedans même entouré de barbelés, parce que cette liberté-là, personne ne peut la confisquer. Les baraquements seront surpeuplés, le froid mordra, on dormira sur des châlits collés les uns aux autres. Et pourtant je me dis que je pourrai encore écrire, regarder le ciel par-dessus la clôture, garder ce cœur qui pense. Le corps sera prisonnier ; ce qui compte vraiment ne le sera pas.

Une liberté qui ne tient que tant que les portes restent ouvertes ne vaut pas grand-chose.

Tes lettres depuis le camp circuleront en secret, dit-on, lues par des cercles résistants. Qu'espères-tu transmettre à ceux d'Amsterdam ?

Je veux qu'ils sachent. Pas des chiffres, pas des statistiques, mais le visage de chaque jour : une vieille femme qui cherche ses lunettes avant de monter dans le wagon, un enfant qui rit encore dans la boue. Je veux écrire avec assez de lucidité pour que personne, plus tard, ne puisse dire qu'il ne savait pas, et assez d'humanité pour qu'on n'oublie pas que c'étaient des êtres et non des numéros. Si mes lettres passent de main en main sous le manteau, alors ma plume aura servi à quelque chose. Le cœur pensant de la baraque, voilà ce que je voudrais être — un témoin qui regarde sans détourner les yeux.

Écrire avec assez de lucidité pour que personne ne puisse dire qu'il ne savait pas.
EttyHillesum
EttyHillesumWikimedia Commons, Public domain — Unknown photographer

Là-bas, on parle du Dinsdag, le mardi des convois. Comment vis-tu cette mécanique qui décide chaque semaine qui partira vers l'Est ?

Le mardi est devenu un mot de terreur, Julius. Chaque lundi soir, les listes tombent, et l'on sait que le lendemain un train de marchandises s'ébranlera vers ce qu'ils appellent le Lager, là-bas, à l'Est. Il y a les Sperre, ces exemptions précaires qu'on s'arrache, révocables d'un trait de plume, et le doorsturen, ce mot bureaucratique si propre, « transférer », pour ne pas dire déporter vers la mort. On apprend à vivre de mardi en mardi. Et le plus terrible, ce n'est pas la cruauté visible, c'est la froideur administrative, ces tampons, ces files, cette manière de traiter des destins comme du courrier qu'on expédie plus loin.

Le plus terrible, ce n'est pas la cruauté visible, c'est la froideur administrative.

Toi qui as étudié le droit, comment supportes-tu de voir tout cela enrobé de paperasse, de règlements, de mots polis ?

C'est précisément ce qui me glace le plus. J'ai cru au droit comme à une digue contre la barbarie, et je vois aujourd'hui qu'on peut organiser l'inhumain avec des formulaires en règle. Le Joodse Raad, le Conseil juif, en est l'exemple douloureux : des hommes contraints d'administrer le malheur des leurs, de cocher des noms, dans l'espoir d'en sauver quelques-uns. Personne là-dedans n'est tout à fait innocent ni tout à fait coupable. Je refuse pourtant de haïr, même les bourreaux, car la haine déforme aussi celui qui la porte. Si je laisse la barbarie entrer dans mon cœur, alors elle aura gagné deux fois.

On peut organiser l'inhumain avec des formulaires en règle.

Tu m'as dit un jour qu'il faut accepter la mort pour vivre pleinement. Cette pensée te tient-elle encore, maintenant que l'Est se rapproche ?

Plus que jamais, Julius. J'ai compris que si l'on chasse la mort de sa vie, on n'a qu'une demi-vie, craintive et rabougrie ; mais si on lui fait place, alors la vie s'élargit et chaque heure devient précieuse. Je ne sais pas ce qui m'attend à l'Est, dans ces wagons scellés. Mais je crois que je pourrai partir sans haine, peut-être même en chantant, parce que j'aurai dit oui à tout ce qui est, le bonheur et l'effroi mêlés. Si une carte jetée d'un train pouvait un jour porter mon dernier mot, je voudrais qu'elle dise non pas le malheur, mais que j'ai trouvé cette vie belle jusqu'au bout.

Si l'on chasse la mort de sa vie, on n'a qu'une demi-vie, craintive et rabougrie.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Etty Hillesum. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.