Interview imaginaire avec Germaine Tailleferre
par Charactorium · Germaine Tailleferre (1892 — 1983) · Musique · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux élèves de douze ans en classe découverte poussent la porte d'un petit salon où trône un piano. Une vieille dame élégante les accueille avec un sourire : c'est Germaine Tailleferre, la seule femme du célèbre groupe des Six. Curieux, les deux jeunes visiteurs s'installent et commencent à poser leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand vous avez commencé la musique ?
Tu sais, mon enfant, j'étais toute petite quand la musique est entrée dans ma vie. Je suis née en 1892, et c'est mon père, un amateur de musique éclairé, qui m'a encouragée. J'ai commencé à composer très jeune. Plus tard, je suis entrée au Conservatoire de Paris. Là, j'ai étudié l'harmonie — c'est l'art de marier les notes pour qu'elles sonnent bien ensemble. Imagine une grande salle pleine de garçons... et moi. Les femmes étaient rares dans ces classes-là. Mais je travaillais, encore et encore. Et la musique, elle, ne regarde pas si tu es une fille ou un garçon.
—Quelqu'un vous a aidée à trouver votre propre style ?
Oh oui. Il y avait une femme extraordinaire, Nadia Boulanger, une très grande professeure de musique. Elle m'écrivait des lettres. Un jour, elle m'a dit que mon talent était indéniable, et que je devais développer ma voix personnelle. Tu sais ce que ça veut dire, une voix personnelle ? Ce n'est pas chanter. C'est ta façon à toi, unique, d'écrire la musique. Elle me conseillait de rester loin des modes — ces petites tendances qui passent vite, comme les feuilles en automne. À Paris, le monde musical s'agitait beaucoup. Moi, j'ai gardé ma ligne. J'ai écrit ce qui me ressemblait.
—C'était comment d'être la seule fille dans le groupe des Six ?
Les Six, c'était notre petite bande de jeunes compositeurs, dans les années 1920. Nous voulions une musique claire, légère, moderne. Il y avait Darius Milhaud, Arthur Honegger, Georges Auric, Poulenc, Durey... et moi. La seule femme. Imagine une table de café où tout le monde parle fort, rit, discute de musique jusqu'à la nuit. J'étais là, au milieu. Le poète Jean Cocteau disait que je composais avec une grâce naturelle. C'était gentil. Mais parfois, on oubliait un peu de me prendre au sérieux. Alors j'ai appris une chose : il faut faire son travail, sans bruit, et le laisser parler pour toi.
Fais ton travail, sans bruit, et laisse-le parler pour toi.
—Vous deviez vous battre pour qu'on vous respecte ?
Oui, mon enfant, souvent. À mon époque, on pensait que composer de la musique, c'était un métier d'homme. Une femme qui écrivait des symphonies, ça surprenait. On me trouvait douée, mais on ajoutait toujours « pour une femme ». Tu imagines comme c'est agaçant ? J'ai dû me battre pour être reconnue à ma juste valeur. Pas avec mes poings, bien sûr ! Avec mes partitions. J'ai écrit de tout : des concertos, des ballets, de la musique de chambre. Plus de deux cents œuvres dans ma vie. À la fin, ce sont les notes qui ont eu le dernier mot, pas les préjugés.
Ce sont les notes qui ont eu le dernier mot, pas les préjugés.
—C'est vrai que vous avez écrit pour les fameux Ballets russes ?
Ah, ça, c'est un beau souvenir ! En 1926, j'ai composé un ballet, Le Marchand d'oiseaux. Et devine pour qui ? Pour les Ballets russes de Serge Diaghilev. C'était la compagnie de danse la plus célèbre du monde. Imagine un théâtre rempli, des danseurs magnifiques, des décors comme dans un rêve... et c'est ma musique qui les fait bouger. Recevoir une commande de Diaghilev, pour une compositrice, c'était comme recevoir une médaille. Ça voulait dire : on te respecte, on te traite comme les plus grands. J'étais fière, mais surtout, j'étais heureuse de faire danser les gens.

—Vous étiez stressée le soir d'une première ?
Oh, le cœur battait fort ! Le soir d'une création, on accroche les affiches de concert dans les rues de Paris, avec ton nom dessus. Puis le rideau se lève. Tu es assise dans le noir, et tu écoutes ton œuvre prendre vie. C'est terrifiant et merveilleux à la fois. Tu te demandes : et si le public n'aime pas ? Pour un ballet comme Le Marchand d'oiseaux, j'avais répété des semaines avec les danseurs. Quand les premiers applaudissements éclatent, toutes ces nuits sans dormir, ça en valait la peine. Crois-moi, ce silence juste avant les applaudissements, on ne l'oublie jamais.
—On dit que vous avez dû quitter la France pendant la guerre ?
Oui, et ce fut une période très dure. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France était occupée. La vie devenait dangereuse, étouffante. Alors, en 1942, j'ai fait mes valises et je suis partie très loin, en Californie, aux États-Unis. Imagine traverser tout un océan, laisser ta maison, tes amis, ta langue derrière toi. Là-bas, le soleil brillait, mais mon cœur restait en France. J'attendais une seule chose : que mon pays soit libéré. Je suis restée jusqu'en 1946. Et tu sais, même loin, je continuais à composer. La musique, c'était mon morceau de France que j'emportais partout.

—Vous avez vraiment écrit de la musique pour le cinéma à Hollywood ?
Eh oui ! En Amérique, à Hollywood, on tournait beaucoup de films, et les films ont besoin de musique. C'est elle qui te dit si une scène est triste, joyeuse ou effrayante. Ferme les yeux pendant un film : sans musique, tout devient plat. J'ai composé pour le cinéma, et plus tard aussi des opérettes — ce sont de petits opéras légers et gais, avec des chansons. Ça surprend, n'est-ce pas ? La même personne qui écrit pour les Ballets russes peut aussi écrire pour faire rire et chanter le grand public. J'aimais ça : la musique sérieuse et la musique qui amuse, pour moi, c'était la même famille.
—Pourquoi on vous connaît moins que les garçons des Six ?
Ah, c'est une question un peu triste, mon enfant. Pendant longtemps, mes amis des Six sont restés célèbres, et moi, on m'oubliait un peu. Pourtant, j'avais écrit plus de deux cents œuvres ! Mais à mon époque, on retenait plus facilement le nom d'un homme. Ma musique dormait dans des tiroirs, comme un trésor caché. Et puis, à partir des années 1970, des musiciens et des savants l'ont redécouverte. Ils ont rouvert mes partitions, rejoué mes mélodies. Quel bonheur, à la fin de ma vie, d'entendre enfin : « Mais cette musique est belle ! » Il n'est jamais trop tard pour être entendu.
Il n'est jamais trop tard pour être entendu.
—Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Tu veux savoir ce que j'aimerais te laisser ? J'ai écrit mes mémoires vers la fin de ma vie, pour raconter tout ce que j'avais vu. J'ai composé pendant presque soixante-dix ans, sans jamais m'arrêter, du piano à queue de mon salon jusqu'à mes derniers jours. Ce que je veux que tu retiennes, c'est simple. Ne laisse jamais personne te dire que tu ne peux pas faire quelque chose parce que tu es une fille, ou un garçon, ou trop jeune. Travaille, travaille avec amour. La beauté que tu crées finit toujours par trouver son chemin vers les autres. Même si ça prend du temps.
Travaille avec amour : la beauté que tu crées finit toujours par trouver son chemin.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Germaine Tailleferre. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


