Interview imaginaire avec Giuseppe Verdi
par Charactorium · Giuseppe Verdi (1813 — 1901) · Musique · 4 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'une grande villa entourée de champs. Un vieux monsieur à la barbe blanche les attend, assis près de son piano. Il sourit : les questions des enfants l'amusent plus que celles des journalistes.
—C'était comment, votre maison, quand vous étiez petit ?
Tu sais, mon enfant, je suis né dans un tout petit village, Le Roncole, en 1813. Imagine une poignée de maisons au milieu de la campagne, pas une ville. Mon père tenait une auberge, et moi je jouais sur l'orgue de l'église du village. Toute ma vie, je suis resté un paysan dans mon cœur. J'aime la terre, l'odeur des champs au petit matin. Plus tard, j'ai acheté une grande ferme à Sant'Agata, et j'allais inspecter mes étables dès l'aube avant de m'asseoir au piano. On peut être célèbre dans le monde entier et rester un homme de la terre, tu vois.
On peut être célèbre dans le monde entier et rester un homme de la terre.
—Vous aviez quel âge quand on vous a refusé à l'école de musique ?
J'avais dix-neuf ans, en 1832. Je me présente au Conservatoire de Milan, le cœur battant. Et là, les examinateurs me disent non. Trop vieux, soi-disant. Et puis ma façon de jouer du piano manquait de technique. Imagine ta déception : on te ferme la porte du métier que tu rêves de faire. J'aurais pu tout arrêter. Mais non. J'ai pris des leçons en privé, dans la ville, et j'ai travaillé, travaillé encore. Bien plus tard, je suis devenu l'un des musiciens les plus joués au monde. Cette porte fermée, je ne l'ai jamais oubliée.
Une porte fermée n'est pas une vie fermée.
—C'est vrai que vous avez failli arrêter la musique pour toujours ?
Oui, et c'est la chose la plus dure de ma vie. Entre 1838 et 1840, j'ai perdu ma petite fille, puis mon petit garçon, puis ma femme Margherita. En moins de deux ans, ma famille entière. Imagine le silence dans la maison. Je ne voulais plus écrire une seule note. Plus rien n'avait de sens. Et puis un ami imprésario, Merelli, m'a glissé un livret dans les mains, l'histoire de Nabucco. Au début je l'ai jeté sur la table. Mais un soir, une page s'est ouverte sur un chant d'esclaves. La musique est venue toute seule. Elle m'a sauvé.
La musique est venue me chercher quand je n'avais plus envie de vivre.
—Ça vous a fait quoi, le soir de votre premier grand succès ?
Ah, le soir de Nabucco, à la Scala de Milan, en 1842 ! Imagine une salle pleine à craquer. Dans mon opéra, il y a un chœur d'esclaves qui rêvent de leur pays perdu : Va, pensiero. Quand il s'est élevé, le public s'est mis à pleurer. Et ils ont voulu l'entendre une deuxième fois, séance tenante ! Tu te rends compte : moi, le garçon qu'on avait refusé dix ans plus tôt, on me portait aux nues. Ce soir-là, j'ai compris qu'une mélodie pouvait toucher des milliers de cœurs d'un seul coup. C'était bouleversant.
Une seule mélodie peut toucher des milliers de cœurs d'un seul coup.
—Pourquoi les gens criaient votre nom dans la rue ?
Ça, c'est une drôle d'histoire ! À mon époque, l'Italie n'était pas un pays uni : elle était découpée, et une partie était dominée par les Autrichiens. Les gens rêvaient d'un seul royaume libre. Or mon nom, V-E-R-D-I, tombait à pic. Les patriotes criaient « Viva VERDI ! ». Pour eux, ces lettres voulaient dire Vittorio Emanuele Re D'Italia — vive le roi d'Italie ! Les soldats autrichiens entendaient juste « vive le compositeur », alors ils ne pouvaient pas arrêter les gens. Mon nom était devenu un mot de passe secret. Toute une nation chantait mes airs.
Mon nom était devenu un mot de passe secret pour rêver d'un pays libre.

—Les chefs voulaient vous interdire vos opéras ?
Oui ! La censure autrichienne surveillait tout. Pour Rigoletto, en 1851, ils trouvaient l'histoire trop dangereuse, parce qu'elle montrait un prince cruel et menteur. Imagine qu'on te dise : « ton spectacle est interdit, change tout ». Alors on discutait, on déplaçait l'action, on changeait les noms des personnages, juste pour pouvoir jouer. Et l'opéra a fini par triompher à Venise, avec un air que tout le monde fredonne encore, La donna è mobile. La musique, vois-tu, passe là où les soldats ne peuvent pas la suivre. On peut censurer un mot, mais pas une mélodie qui trotte dans les têtes.
On peut censurer un mot, jamais une mélodie qui trotte dans les têtes.
—Vous mangiez quoi, et vous faisiez quoi de vos journées chez vous ?
Chez moi, à Sant'Agata, rien de chic ! Des pâtes, du risotto, du fromage, le vin et l'huile de mes propres terres. Je détestais les grands banquets prétentieux. Je me levais très tôt, habitude de paysan, et j'allais voir mes champs et mes bêtes avant tout le monde. Ensuite, quelques heures au piano, intenses. L'après-midi, je répondais à des montagnes de lettres. Le soir, je lisais — Shakespeare, surtout — au coin du feu avec mon épouse Giuseppina, une ancienne chanteuse de grand talent. Je fuyais les salons élégants de Milan. Le silence de la campagne valait tous les applaudissements.
Le silence de ma campagne valait tous les applaudissements du monde.

—Pourquoi vous écriviez encore des opéras à presque 80 ans ?
Beaucoup de gens pensaient que j'étais fini, trop vieux pour créer. Eh bien, à 74 ans, j'ai écrit Otello, puis Falstaff à 79 ans ! Pour ça, j'avais un ami merveilleux, le poète Boito, qui m'écrivait des textes magnifiques tirés de Shakespeare. Mon éditeur Ricordi racontait que je riais en composant, que j'étais redevenu jeune. Et c'était vrai ! Imagine un vieux monsieur à la barbe blanche qui s'amuse comme un gamin devant son piano. La musique me rendait l'âge de mes douze ans. Tant qu'on crée, mon enfant, on ne vieillit jamais vraiment.
Tant qu'on crée, on ne vieillit jamais vraiment.
—C'est quoi le plus important pour réussir une belle histoire en musique ?
La vérité, mon enfant, toujours la vérité. Pour Aïda, j'avais écrit à mon éditeur que je voulais des décors splendides, mais que je voulais surtout de la vérité dans les sentiments des personnages. Vois-tu, on peut recopier la réalité exactement, mais c'est encore plus fort de l'inventer. Mon Falstaff n'a jamais existé pour de vrai, et pourtant il semble plus vivant que bien des gens que tu croises. Quand un personnage pleure ou rit sur scène, le public doit pleurer et rire avec lui. Si tu ne ressens rien, c'est que la musique a menti.
Inventer la vérité, c'est plus fort que de copier la réalité.
—Qu'est-ce que vous avez voulu laisser aux musiciens après vous ?
Beaucoup de musiciens finissent leur vie seuls et pauvres, sans personne pour les aider. Moi, j'avais connu une porte fermée, jeune. Alors j'ai voulu en ouvrir une grande. Avec mon argent, j'ai fait bâtir à Milan une maison de repos pour les vieux musiciens dans le besoin : la Casa di Riposo per Musicisti. C'est là que je repose aujourd'hui. Tu sais ce que je disais ? Que c'était mon œuvre la plus belle, plus belle encore que mes opéras. Car un opéra fait pleurer une salle un soir. Mais un toit pour ceux qu'on oublie, ça réchauffe des vies entières.
Un opéra émeut une salle un soir ; un toit pour les oubliés réchauffe des vies entières.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Giuseppe Verdi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



