Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Gustave Flaubert

par Charactorium · Gustave Flaubert (1821 — 1880) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le cabinet de travail de Croisset, surplombant la Seine, que George Sand retrouve son vieux complice par un soir d'automne de 1876. La pipe orientale fume encore sur la table couverte de brouillons raturés, et la lumière du fleuve glisse sur les vitres. Ils s'écrivent depuis des années, se querellant tendrement sur l'art — elle, le cœur ouvert ; lui, l'ermite du style. Ce soir, elle est venue chercher l'homme derrière le forçat de la phrase.

Mon vieux troubadour, te voilà encore terré dans ce cabinet comme un moine. Raconte-moi tes nuits ici, quand tout Croisset dort.

Tu me connais trop bien, chère Sand, pour ne pas deviner que mon vrai jour commence quand le tien s'achève. Je me lève tard, vers dix heures, je traîne la matinée comme un convalescent — mais le soir venu, je m'enferme. C'est la nuit que je travaille, en robe de chambre, la pipe à la bouche, jusqu'à deux ou trois heures du matin. La Seine passe sous mes fenêtres avec ses bateaux, et moi je rature, je recommence, j'use mes plumes. Toi qui peins si vite et si large, tu me plaindrais de voir ce que je peine à arracher. Mais cette solitude est ma seule patrie. Hors de ce cabinet, je ne suis qu'un gros bourgeois qui s'ennuie.

C'est la nuit que je travaille, en robe de chambre, la pipe à la bouche, jusqu'à deux ou trois heures du matin.

Tu m'as si souvent reproché de trop me hâter. Mais dis-moi, ce Madame Bovary, combien d'années t'a-t-il coûté de ta vie ?

Cinq ans, George. Cinq années entières, de 1851 à 1856, pour ce seul livre. J'ai noirci plus de quatre mille cinq cents pages de brouillons pour en garder quelques centaines. Je passais une semaine sur une page, parfois davantage, à chercher le mot juste — un seul, celui qui ne ment pas. Et chaque phrase, je la gueulais à voix haute dans ce cabinet, mon gueuloir, pour en éprouver le rythme. Si elle résistait à mon gosier, c'est qu'elle était mauvaise. Tu trouves cela une démence, je le sais — tu m'écris que je m'épuise pour rien. Mais je ne sais pas faire autrement : les affres du style sont mon supplice et ma seule joie.

Je passais une semaine sur une page, à chercher le mot juste — un seul, celui qui ne ment pas.

Au temps de ce procès, en cette année 1857, t'a-t-on bien fait souffrir ? On t'accusait d'outrage aux mœurs, toi, le plus honnête des hommes.

Souffrir, oui, mais d'une rage plutôt que d'une peur. Songe donc : traîné devant le tribunal pour outrage à la morale publique et religieuse, en janvier 1857, comme un malfaiteur ! Le procureur Pinard a déclamé contre mon livre comme on prêche contre le vice. J'écoutais cet homme transformer mon travail en obscénité, et je bouillais. On m'a acquitté le 7 février — mais quelle dérision : le scandale a fait ma fortune, le roman s'est vendu par milliers grâce à ces robes noires. Voilà le public, ma chère : il faut le procès pour qu'il daigne lire. J'avais mis cinq ans à polir une œuvre d'art, et c'est le parfum du soufre qui l'a vendue.

J'avais mis cinq ans à polir une œuvre d'art, et c'est le parfum du soufre qui l'a vendue.

Nous nous querellons sans fin sur ce point, toi et moi. Explique-moi encore : pourquoi veux-tu que l'artiste disparaisse de son livre ?

Parce que c'est là, Sand, tout ce qui nous sépare — et tout ce que je t'envie de ne pas croire ! Toi tu mets ton grand cœur dans tes pages, tu prêches, tu consoles. Moi je crois que l'auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l'univers : présent partout et visible nulle part. Qu'on le sente partout, qu'on ne le voie jamais. Je rêve d'un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la seule force interne de son style. Tu trouves cela inhumain, glacé. Mais cette impersonnalité n'est pas froideur : c'est la plus haute forme de l'amour de l'art. Je m'efface pour que la phrase, seule, demeure.

L'auteur doit être comme Dieu dans l'univers : présent partout et visible nulle part.

Ces pipes de terre sur ta table, tu les as rapportées d'Orient, n'est-ce pas ? Parle-moi de ce grand voyage de ta jeunesse.

Ah, l'Orient ! En 1849, je suis parti avec Maxime Du Camp — l'Égypte, le Nil, le désert, Constantinople, la Grèce. Près de deux années à m'emplir les yeux de soleil et de couleurs. Le Caire, la vallée du Nil, ces lumières qui dévorent tout… je n'en suis jamais vraiment revenu. Ces pipes que tu vois, ce sont mes reliques de là-bas, et je les fume en travaillant comme on rallume un songe. Tout cela a fermenté en moi pendant des années avant de ressortir : la fresque sanglante de Salammbô, à Carthage, et les hallucinations de La Tentation de saint Antoine dans son désert. Sans ce voyage, je serais resté un Normand engourdi. L'Orient m'a donné mon imaginaire le plus brûlant.

Ces pipes sont mes reliques de là-bas, et je les fume en travaillant comme on rallume un songe.
Portrait of Gustave Flaubert
Portrait of Gustave FlaubertWikimedia Commons, Public domain — Eugène Giraud

Ce fameux gueuloir dont tu me parles dans tes lettres — tes voisins t'entendent-ils vraiment brailler tes phrases par la fenêtre ?

Sans doute, et tant pis pour eux ! Une phrase qui n'est pas faite pour être dite à voix haute est une phrase morte, voilà ma conviction. Je l'éprouve dans mon gosier comme on essaie une lame. Si elle accroche, si elle essouffle, si une syllabe en heurte une autre, c'est qu'il faut tout reprendre. Alors je gueule, j'enfle la voix, je martèle le rythme entre ces quatre murs — et oui, par les fenêtres ouvertes l'été, les gens de Croisset doivent me croire possédé. La prose, ma chère, doit avoir la cadence du vers sans en avoir l'air ; elle doit chanter sans qu'on entende la musique. C'est une affaire d'oreille autant que d'esprit. On me croit fou ; je suis simplement musicien.

Une phrase qui n'est pas faite pour être dite à voix haute est une phrase morte.

Dans ta dernière lettre, tu m'écrivais te sentir devenir une vieille bête sensible. Cet endurcissement que tu prêches, le tiens-tu vraiment ?

Tu touches là où cela fait mal, George — toi seule oses me le rappeler. Oui, je te l'ai avoué : je tourne à la vieille bête sensible. Tout me blesse, tout me déchire, et je me tais, faisant des efforts pour cacher ce ramollissement universel. Vois la contradiction : je prêche l'impersonnalité, l'artiste de marbre, et je suis un homme à fleur de peau qui pleure pour un rien. La théorie est une cuirasse que je me forge contre ma propre mollesse. Si je n'imposais pas à mon art cette froideur, je me noierais dans le sentiment comme tu t'y baignes si heureusement. Mon impassibilité n'est qu'une digue. Derrière elle, le fleuve déborde.

Mon impassibilité n'est qu'une digue. Derrière elle, le fleuve déborde.

Et la table ? On dit le Normand bon vivant. Quand tu descends à Paris nous retrouver, oublies-tu un peu ton ermitage ?

Comment l'oublier, quand on dîne chez Magny avec toi, Tourgueniev et les Goncourt ! Là, je redeviens un vivant, j'ai un solide appétit normand, j'aime la bonne chère, les viandes, les sauces, les fromages de mon pays. À Croisset, ma mère et moi prenons des déjeuners copieux, et le soir je travaille le ventre plein. Mais ces dîners parisiens sont ma seule dissipation : on y rit, on s'y querelle sur l'art jusqu'à l'aube, on refait le roman et le monde. Puis je remonte dans ma tanière, je reprends ma robe de chambre, et l'ermite ressort. Vois-tu, j'ai deux natures : le moine du gueuloir et le bon gros qui aime sa table. La seconde nourrit la première.

J'ai deux natures : le moine du gueuloir et le bon gros qui aime sa table.

On te reproche tant de documentation. Pour ce Salammbô, est-il vrai que tu as poussé jusqu'à Tunis fouiller les ruines ?

Il le fallait, Sand ! On n'écrit pas Carthage de mémoire. Mon voyage d'Orient ne m'avait donné que le parfum de ces terres ; pour Salammbô, je suis allé jusqu'à Tunis fouler le sol même de la cité disparue, voir les couleurs, mesurer les distances, respirer le pays. Et pour chaque livre, j'amasse des montagnes de lectures — pour celui que je rumine à présent, sur mes deux bonshommes copistes, j'aurai lu plus de quinze cents ouvrages avant d'écrire une ligne. Tu me trouves insensé de me documenter ainsi pour une fiction. Mais l'imagination sans le fait est une fumée. Je veux que mon désert sente le sable, que ma Carthage saigne pour de vrai. La vérité du détail fait la beauté de l'ensemble.

L'imagination sans le fait est une fumée. Je veux que mon désert sente le sable.

Toi qui méprises tant le bourgeois, ne crains-tu pas qu'on te range parmi ces réalistes dont on fait grand bruit ?

Ce mot de réaliste, je le repousse de toutes mes forces ! On m'a fait pape d'une école dont je ne veux pas. Sous prétexte que j'ai peint Emma et sa province sans l'embellir, on me croit l'apôtre du laid et du vrai plat. Mais je n'écris pas pour copier la réalité — je l'écris pour la sublimer par le style. Ce que je hais, c'est la bêtise, la médiocrité du bourgeois, cette suffisance que je couche depuis des années dans mon Dictionnaire des idées reçues. Et le comble, ma chère, c'est que ce bourgeois, j'en suis un ! Je vis de mes rentes, je dîne bien, je tremble pour mon confort. Je crache sur ma propre tribu. Voilà peut-être pourquoi je la peins si juste.

On m'a fait pape d'une école dont je ne veux pas. Je n'écris pas pour copier la réalité.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gustave Flaubert. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.