Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Gutenberg

par Charactorium · Gutenberg (1400 — 1468) · Technologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une arrière-salle d'auberge de Francfort, à l'automne 1455, que Enea Silvio Piccolomini retrouve Johannes Gutenberg, de passage à la grande foire. Le secrétaire impérial, encore tout étonné des cahiers de Bible qu'il a vus quelques mois plus tôt sur les étals, tient à voir l'homme de ses propres yeux. Sur la table, une feuille de vélin sèche encore, son noir profond luisant à la lumière d'une chandelle. Les deux hommes se connaissent de réputation : l'un a écrit au cardinal Carvajal ce qu'il avait découvert ; l'autre sort tout juste d'un procès qui lui a coûté son atelier.

Maître Johannes, on me dit qu'avant les livres vous vendiez des miroirs aux pèlerins d'Aix-la-Chapelle. Est-ce vrai ?

C'est vrai, et je n'en rougis pas. Lorsque les foules montaient à Aix vénérer les reliques, chacun voulait son petit miroir de métal, censé capter et emporter chez soi la grâce des saintes choses exposées. Avec mes associés, j'en ai fait fondre par centaines. Mais voyez-vous, ce n'était pas seulement un négoce : pour couler ces miroirs, il me fallait connaître les alliages, doser l'étain et le plomb, polir le métal jusqu'à ce qu'il rende l'image nette. Ce sont ces mains-là, habituées au moule et au creuset, qui plus tard ont su forger des lettres. Le pèlerin croyait acheter un reflet du ciel ; moi, sans le savoir encore, j'apprenais le métier qui allait servir l'Écriture elle-même.

Le pèlerin croyait acheter un reflet du ciel ; moi, j'apprenais le métier qui allait servir l'Écriture.

On raconte qu'à Strasbourg vous travailliez enfermé, faisant jurer le secret à vos compagnons. Pourquoi tant de mystère ?

Parce qu'une idée nue ne se défend pas, messire. À Strasbourg, dans les années trente, je tenais entre les doigts quelque chose que nul n'avait fait avant moi, et qu'un seul regard suffisait à voler. J'avais pris une maison à l'écart, et mes associés s'étaient liés par serment : ni un mot, ni un geste hors de l'atelier. Quand l'un d'eux, Andreas Dritzehen, mourut, ses héritiers voulurent entrer dans la société et connaître le procédé — il y eut procès, et je dus encore tout taire devant les juges. Comprenez-moi : ce n'était pas avarice. Une invention met des années à mûrir, et durant ces années elle est fragile comme un verre. Le silence était ma seule muraille.

Une idée nue ne se défend pas ; le silence était ma seule muraille.

Ces lettres si égales que j'ai vues sur vos cahiers, comment naissent-elles ? Je n'y comprends rien de votre art.

Tout part d'une tige d'acier, le poinçon, sur laquelle je grave une lettre en relief, à l'envers. De ce poinçon je frappe un petit bloc de cuivre tendre : voilà la matrice, qui garde l'empreinte creuse de la lettre. Cette matrice, je la place dans un moule de mon invention, et j'y coule un métal en fusion — plomb, étain et un peu d'antimoine pour qu'il durcisse vite et net. En un instant, un caractère est né, identique à tous ses frères. Recommencez mille fois, et vous tenez de quoi composer n'importe quel texte, puis le défaire pour en bâtir un autre. Là est le cœur de la chose : non pas une page gravée d'un bloc, mais des lettres mobiles, libres, qu'on assemble et qu'on rend à la casse.

Non pas une page gravée d'un bloc, mais des lettres libres qu'on assemble et qu'on rend à la casse.

Et cette encre, ce noir si dense que j'ai admiré, n'est pas celle des copistes, me semble-t-il ?

Vous avez l'œil juste, messire — l'encre du copiste, claire et liquide, glisserait sur mon métal sans y mordre. Il m'a fallu la réinventer : une encre grasse, épaisse, faite à l'huile de lin cuite et chargée de noir de fumée, presque un vernis. Elle s'attache aux caractères, ne coule pas, et laisse sur le vélin ce noir profond, presque luisant, que vous avez remarqué. Mes ouvriers l'appliquent avec deux balles de cuir rembourrées de laine, une dans chaque main, qu'ils roulent sur la forme avant de descendre la presse. C'est un détail, direz-vous ? Mais sans cette encre, tout le reste — poinçons, matrices, presse — ne donnerait qu'un gris pâle et sale. La beauté d'un livre tient parfois à ce qu'on ne voit pas.

La beauté d'un livre tient parfois à ce qu'on ne voit pas.

Un tel atelier coûte cher. Comment un homme seul finance-t-il presses, métal et papier en telle quantité ?

Seul, on ne le peut pas, et c'est là toute ma peine. Pour monter l'atelier de Mayence, j'ai emprunté à Johann Fust, un homme d'argent de la ville — d'abord huit cents florins, puis autant encore. Songez à ce qu'il faut : le vélin de centaines de veaux, le papier de chiffon qu'on fait venir d'Italie, le métal, les gages des compagnons, et tout cela des années durant avant qu'un seul livre ne se vende. L'or de Fust a permis la Bible. Mais l'argent prêté n'est jamais un don : il vient un jour réclamer son dû, et il le réclame entier. J'ai bâti une chose éternelle avec une dette mortelle pendue au cou.

J'ai bâti une chose éternelle avec une dette mortelle pendue au cou.
Frankfurt am Main, Gutenberg-Denkmal -- 2015 -- 6749
Frankfurt am Main, Gutenberg-Denkmal -- 2015 -- 6749Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Dietmar Rabich

Venons-en à cette Bible. Vous l'avez tirée sur deux supports, m'a-t-on dit. Pourquoi ce choix ?

Parce que tous les acheteurs ne se valent pas, messire. Quelques exemplaires de la Bible à quarante-deux lignes, je les ai imprimés sur vélin, cette peau de veau fine et blanche, pour les princes et les abbayes qui veulent un trésor à poser sur l'autel. Les autres, sur bon papier de chiffon venu d'Italie, plus léger pour la bourse. En tout, près de cent quatre-vingts volumes sortis de mes presses, ce qu'aucun scriptorium n'aurait copié en une vie d'homme. Et remarquez : je laisse vides les grandes initiales et les marges, afin que l'enlumineur vienne ensuite y poser ses couleurs et son or à la main. Le livre imprimé n'a pas tué l'art du pinceau ; il lui prépare la place.

Le livre imprimé n'a pas tué l'art du pinceau ; il lui prépare la place.

Ces cahiers, je les ai tenus moi-même à la foire, et j'en ai écrit au cardinal Carvajal : on les lisait sans lunettes. Vous l'attendiez, cet accueil ?

Que vous, un homme de votre savoir, ayez porté mes cahiers jusqu'aux yeux d'un cardinal — voilà ce que je n'attendais pas, et qui me touche plus que je ne saurais dire. J'avais voulu une lettre si claire, si régulière, qu'aucun œil n'eût à peiner sur la page, fût-il un œil fatigué. Quand on m'a rapporté qu'à la foire les exemplaires étaient vendus avant même d'être reliés, j'ai compris que le monde avait faim de ce que je faisais. Un copiste met une année à un seul volume ; moi j'en donne cent quatre-vingts d'un même geste, et tous semblables, sans une faute recopiée de l'un à l'autre. Vous avez vu de vos yeux, messire, ce que nul scribe ne pourra plus jamais promettre.

Le monde avait faim de ce que je faisais.
Frankfurt am Main, Gutenberg-Denkmal -- 2015 -- 6751
Frankfurt am Main, Gutenberg-Denkmal -- 2015 -- 6751Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Dietmar Rabich

Vous n'imprimez pas que des Bibles. J'ai su qu'un calendrier appelait à la guerre contre le Turc, depuis la chute de Constantinople.

Oui, le Türkenkalender, sorti de mes presses cette année même où la chrétienté pleure encore Constantinople. Quand la ville est tombée, l'an passé, la peur a couru de ville en ville, et l'on a voulu appeler les princes à la croisade. Ma presse sert cela aussi : non plus un seul livre saint en cent quatre-vingts exemplaires, mais une feuille brève, tirée vite et en nombre, qu'on lit à la veillée pour réveiller les courages. Voyez la force de la chose, messire : ce que le prédicateur dit à une assemblée, la lettre imprimée le porte à mille foyers, le même jour, dans les mêmes mots. Une idée n'a plus besoin d'attendre le cavalier ou le crieur. Elle se multiplie.

Ce que le prédicateur dit à une assemblée, la lettre imprimée le porte à mille foyers.

Et ces lettres d'indulgence que l'Église vous commande en série — votre art se met-il si vite au service du négoce des âmes ?

Ne le jugez pas trop vite, messire. L'Église a toujours délivré ces lettres, où l'on inscrit le nom du fidèle et la grâce qu'il obtient pour son aumône ; mais le scribe n'en copiait qu'une poignée par jour. Ma presse en tire des centaines, toutes pareilles, où il ne reste qu'à remplir à la main le nom et la date. C'est, je l'avoue, le premier usage qui rapporte vraiment, et qui aide à payer mes dettes. On me reproche peut-être de servir le commerce autant que la foi. Mais une invention ne choisit pas ses emplois : elle se donne à qui sait s'en servir. La même presse imprime la parole de Dieu et le reçu de l'aumônier — c'est à l'homme, non à la machine, de répondre du reste.

Une invention ne choisit pas ses emplois : elle se donne à qui sait s'en servir.

On murmure ici que vous venez de perdre un procès contre Fust. Est-il vrai qu'il vous a tout pris ?

Tout, ou presque. Au mois de novembre, devant notaire, Fust a réclamé son or et les intérêts, et les juges lui ont donné raison. Il a emporté les presses, le matériel, et jusqu'aux Bibles que vous avez vues, achevées ou non. L'œuvre de ma vie est passée en d'autres mains au moment même où elle triomphait — l'homme qui a financé le navire en garde la cargaison, et le pilote reste sur le quai. Je ne suis pas fini, entendez-moi bien : je sais le procédé, il vit dans ma tête et dans mes doigts, et nul jugement ne peut le saisir. On me prend des outils, non le savoir. Mais ce soir, messire, je serais menteur de vous dire que mon cœur n'est pas amer.

On me prend des outils, non le savoir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gutenberg. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.