Dialogue imaginaire entre Takai Kozan et Hokusai
par Charactorium · Hokusai (1760 — 1849) · Arts visuels · 5 min de lecture

C'est dans une pièce prêtée de sa demeure d'Obuse, au pied des monts de Shinano, que Takai Kozan vient s'asseoir près du vieux maître en cet automne 1843. L'odeur de l'encre sumi et des pigments broyés flotte encore sous les poutres où sèche le grand Phénix destiné au plafond d'un char de festival. Kozan connaît Hokusai depuis qu'il l'a accueilli sous son toit, loin du tumulte d'Edo, et il vient ce jour non pour commander une œuvre, mais pour entendre l'homme derrière la main. Dehors, une pluie fine tombe sur les rizières ; à l'intérieur, le pinceau ne s'arrête presque jamais.
—Maître, avant de venir chez moi à Obuse, tu avais déjà donné au monde ta Grande Vague. Qu'est-ce qui t'a tant retenu au mont Fuji ?
Le Fuji, Kozan, c'est la seule chose qui ne bouge pas quand tout le reste flotte et se défait. Les barques passent, les pêcheurs peinent, la vague se dresse et retombe — mais la montagne demeure, calme, derrière le vacarme. Dans mes Trente-six vues, j'ai voulu la saisir sous chaque lumière, chaque saison, depuis chaque angle où un homme peut la regarder. Et quand ce nouveau bleu venu du continent, le bero-ai, est arrivé entre mes mains, j'ai enfin pu peindre l'eau et le ciel comme je les voyais en rêve. Cette vague de la baie de Sagami, je l'ai reprise cent fois avant qu'elle ne consente à se courber comme il fallait.
Le Fuji, c'est la seule chose qui ne bouge pas quand tout le reste flotte et se défait.
—Ce bleu profond que tu emploies, il ne ressemble à rien de ce que faisaient les anciens. D'où te vient un tel goût pour lui ?
Ce bleu, on le fait venir de très loin, par les marchands qui touchent Nagasaki. Nos vieux bleus d'indigo pâlissaient, viraient au gris avec le temps ; celui-là tient, il chante, il ne s'éteint pas. Dès que j'ai pu m'en procurer, j'en ai voulu partout : dans le creux de la vague, dans l'ombre des flots, dans le ciel au-dessus du Fuji. Les éditeurs étaient contents, car le public réclamait cette couleur nouvelle. Mais moi, je n'y voyais pas une mode : j'y voyais enfin le moyen de rendre la mer telle qu'elle est, mouvante et vivante. Un pigment peut changer toute une vie de travail, crois-moi.
Un pigment peut changer toute une vie de travail, crois-moi.
—Tu m'as dit un jour te nommer Gakyo Rojin Manji, le vieux fou de peinture. Pourquoi ce nom-là, à ton âge ?
Parce que c'est la vérité, Kozan, et que la vérité ne me fait plus peur. J'ai changé de nom plus de trente fois, à chaque fois que je sentais un homme nouveau naître au bout de mon pinceau. Mais celui-ci résume tout : je suis un vieillard rendu fou par le dessin, et je n'en guérirai pas. Depuis mes six ans, j'ai la manie de tracer la forme des choses. À cinquante ans, j'avais déjà publié une infinité de dessins, mais tout ce que j'ai produit avant soixante-dix ans ne vaut rien. C'est seulement maintenant, sous ton toit, que je commence à comprendre l'os des oiseaux et la vie des herbes.
Je suis un vieillard rendu fou par le dessin, et je n'en guérirai pas.
—Tu as passé quatre-vingts ans, tu peins mon plafond du matin au soir. Que te reste-t-il donc à conquérir, mon ami ?
Tout, Kozan, tout me reste. Ne ris pas : plus je vieillis, plus je vois combien mon trait est encore maladroit. Chaque année qui passe, mes points ressemblent un peu plus à la vie, mes lignes commencent à respirer. Si le ciel m'accordait dix ans de plus — non, cinq ans — je pourrais devenir un véritable peintre. Voilà ce que je me répète en peignant ton Phénix. Les gens croient que le vieux Hokusai a tout donné ; ils ne savent pas qu'il n'a fait que se préparer. Toi qui me vois travailler chaque jour ici, tu sais bien que je ne me contente jamais de ce que la veille m'a laissé.
Si le ciel m'accordait cinq ans de plus, je pourrais devenir un véritable peintre.
—On raconte encore, jusque dans nos provinces, ta démonstration devant le shogun en 1804. Est-ce que la légende dit vrai ?
Elle dit vrai, et même en dessous du vrai. On m'avait défié de peindre en grand, devant la foule et devant l'autorité. J'ai fait étendre à même le sol une immense feuille, aussi large qu'une cour, puis j'ai trempé un balai dans un baquet d'encre et j'ai tracé le corps entier d'un moine bouddhiste. Quand on prend un balai, il faut penser avec tout son bras, tout son dos, pas seulement avec ses doigts. Ensuite j'ai pris un pinceau fin pour les yeux, la bouche, les plis du vêtement. Les gens riaient, puis se taisaient. J'ai toujours aimé ces jours où la peinture devient un spectacle, où le geste compte autant que l'image qui reste.
Quand on prend un balai, il faut penser avec tout son bras, tout son dos.

—Ici, tu peins des plafonds de chars, des toiles hautes comme des portes. Ce goût du grand format t'a-t-il toujours habité ?
Toujours, Kozan. Le petit format des estampes, je l'ai servi toute ma vie parce qu'il nourrissait ma table et parlait au peuple d'Edo. Mais quelque chose en moi voulait des surfaces où la main puisse courir sans jamais buter sur un bord. Ton festival m'a donné cela : un Phénix qui déploie ses ailes au-dessus des têtes, pour que les villageois lèvent les yeux et se sentent petits sous lui. Là-haut, pas de graveur, pas d'éditeur entre l'idée et le bois : ma main touche directement la matière. À mon âge, monter sur l'échafaud n'est pas commode, mais quel bonheur de peindre une créature plus grande que soi.
Quel bonheur, à mon âge, de peindre une créature plus grande que soi.
—Chez moi, ton coin de travail déborde déjà de papiers en quelques semaines. Est-ce vrai qu'à Edo tu déménageais sans cesse ?
Plus de quatre-vingt-dix fois, Kozan, et je ne l'invente pas ! Je ne sais pas ranger : les feuilles s'entassent, les pinceaux roulent, les esquisses montent jusqu'à ne plus laisser de place au futon. Alors plutôt que de nettoyer — perte de temps que le dessin me réclame — je pliais mes affaires et je changeais de logis. Parfois aussi il fallait fuir un créancier trop pressant, car l'argent n'est jamais resté longtemps dans mes mains. Ici, sous ton toit, tu vois : je recommence déjà à envahir la pièce. Pardonne-moi ce désordre ; c'est le seul luxe d'un homme qui n'a jamais eu d'autre bien que son travail.
Je ne sais pas ranger ; alors je changeais de logis plutôt que de balayer.

—Tu portes toujours ce même kimono taché d'encre, tu manges à peine. Le confort ne t'a-t-il jamais tenté, mon vieil ami ?
Le confort ? Il m'aurait volé des heures, Kozan. Ce kimono indigo, celui des artisans de Honjo où je suis né, me convient : les taches de pigment sont mes vraies décorations. Je me lève avant le jour, je broie mon encre lentement — c'est là que mes pensées se rangent — puis je dessine jusqu'à la nuit à la lampe à huile. Un bol de riz, une soupe de miso, du thé vert, cela suffit à faire tenir un homme debout devant son papier. Les autres peintres rêvent de belles maisons ; moi, tant que j'ai une feuille, un pinceau et un peu de lumière, je suis plus riche qu'un seigneur. La faim véritable, la mienne, c'est celle de la forme juste.
Tant que j'ai une feuille, un pinceau et un peu de lumière, je suis plus riche qu'un seigneur.
—Nous vivons dans un pays fermé, où l'étranger n'entre guère. Comment as-tu, malgré le sakoku, appris des manières venues d'Occident ?
Le pays est clos, Kozan, mais jamais tout à fait aveugle. Par la fenêtre de Nagasaki, quelques gravures des Hollandais nous parviennent, et j'en ai étudié les lignes avec avidité. Après la mort de mon maître Shunshō, j'ai voulu tout voir, tout essayer, y compris cette façon qu'ont les Occidentaux de creuser la profondeur, de faire fuir les lointains vers un point. J'ai mêlé cela à notre trait à nous, sans jamais cesser d'être japonais. Et leurs pigments, comme mon bleu, franchissent la mer quand les images ne le peuvent pas. Un artiste enfermé doit avoir l'œil qui voyage même quand ses pieds ne quittent pas l'île.
Un artiste enfermé doit avoir l'œil qui voyage même quand ses pieds ne quittent pas l'île.
—Ces croquis que tu rassembles en volumes, ton Manga, à quoi les destinais-tu quand tu as commencé à les publier ?
D'abord à mes élèves, Kozan. Un maître ne peut pas s'asseoir à côté de chaque apprenti du pays ; alors j'ai voulu mettre dans des livres tout ce qu'une main doit savoir tracer : le corps de l'homme dans tous ses gestes, les bêtes, les plantes, les vagues, la pluie, les démons et les rieurs. Des milliers de dessins, au fil de l'idée, sans ordre savant. On les a beaucoup copiés, bien au-delà de ce que j'imaginais. Mais vois-tu, en remplissant ces pages, c'est moi que j'instruisais autant que les autres : chaque croquis m'apprenait à mieux regarder. Un carnet plein est un maître silencieux qui ne vous flatte jamais.
En remplissant ces pages, c'est moi que j'instruisais autant que mes élèves.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hokusai. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


