Interview imaginaire avec Hùng Vương
par Charactorium · Hùng Vương · Politique · Mythologie · 6 min de lecture
Sur les hauteurs de Phong Châu, là où le fleuve Rouge se démultiplie en bras luisants, un vieux souverain reçoit à l'ombre d'une maison sur pilotis. Il porte le titre que dix-huit générations se transmettront après lui. Il parle du sac de cent œufs comme d'un souvenir de famille, et des giao long comme de voisins qu'il faut connaître.
—Racontez-nous d'où vient votre lignée : comment naît un roi qui descend à la fois d'un dragon et d'une immortelle ?
Mon père Lạc Long Quân vient des eaux, ma mère Âu Cơ des montagnes, et de leur union est né un sac de cent œufs, d'où sont sortis cent fils vigoureux. Nul ne s'étonne chez nous qu'un homme naisse ainsi : l'eau et la hauteur ne peuvent longtemps vivre ensemble, et mes parents se sont séparés. Cinquante de mes frères ont suivi notre père vers la mer, cinquante notre mère vers les sommets. Je suis resté l'aîné, ici, à Phong Châu, et mes frères m'ont élevé au-dessus d'eux. Ils m'ont donné le titre de Hùng Vương. Je ne l'ai pas pris, on me l'a posé sur les épaules comme on pose le fardeau d'un royaume : parce qu'il faut bien qu'un des cent tienne la terre pendant que les autres tiennent l'horizon.
Il faut bien qu'un des cent tienne la terre pendant que les autres tiennent l'horizon.
—Une fois intronisé, comment avez-vous transformé ces terres du fleuve en un royaume gouvernable ?
Un royaume n'est pas une étendue, c'est un ordre. J'ai donné à ma terre un nom, Văn Lang, et je l'ai partagée en quinze bộ — Giao Chỉ, Chu Diên, Cửu Chân et les autres — pour qu'aucun village ne se croie seul au monde. À côté de moi j'ai placé les Lạc Hầu, mes conseillers de robe, et les Lạc Tướng, mes chefs de guerre, chacun ceint d'un sceau de bronze au ruban bleu. Ce petit objet froid pèse plus qu'une lance : quand un homme le montre, ce n'est plus lui qui parle, c'est le roi. Voilà ce qu'est gouverner : faire qu'un morceau de métal porte ma voix jusque dans un bộ que mes pieds n'ont jamais foulé.
Ce petit sceau de bronze pèse plus qu'une lance : quand un homme le montre, ce n'est plus lui qui parle, c'est le roi.
—Vous transmettez le pouvoir de père en fils. Pourquoi ce principe, plutôt qu'un autre ?
Nous appelons cela phụ đạo : le fils reçoit du père comme la rizière reçoit la crue. Mes fils portent le nom de Quan Lang, mes filles celui de Mị Nương, et l'aîné hérite du titre sans qu'on ait à verser de sang pour le désigner. On me dira qu'un homme plus digne pourrait surgir d'ailleurs — c'est vrai, et j'ai entendu qu'un tel homme, un jour, viendra du bộ de Gia Ninh soumettre les tribus par ses ruses. Mais un royaume neuf a besoin de continuité plus que de mérite : quand chacun sait qui suivra, personne n'aiguise son couteau. Mieux vaut un ordre paisible qu'un ordre juste qui s'entretue. La terre des Lạc dân demande des bras réguliers, pas des révolutions.
Mieux vaut un ordre paisible qu'un ordre juste qui s'entretue.
—On raconte que vous avez ordonné à vos pêcheurs de se couvrir le corps de dessins. Que cherchiez-vous à faire ?
Mes gens descendaient dans les rivières pour prendre le poisson, et les giao long les prenaient eux. Ces monstres d'eau, moitié crocodile moitié dragon, ne reconnaissaient pas les leurs. Alors j'ai fait ce qu'un père fait pour tromper une bête : j'ai ordonné qu'on grave sur la peau des pêcheurs les motifs mêmes de ces créatures, à l'encre des monstres aquatiques. Ainsi le giao long, voyant sa propre image nager vers lui, croit voir un frère et s'écarte. Vous appelez cela une superstition ; moi j'appelle cela comprendre l'ennemi assez pour lui emprunter son visage. Depuis, le tatouage est resté sur le corps de mon peuple bien après que les rivières se sont calmées — une frayeur ancienne devenue une parure.
Comprendre l'ennemi assez pour lui emprunter son visage.
—Ces tatouages sont-ils devenus autre chose qu'une simple protection ?
Toute chose que l'on porte assez longtemps finit par dire qui l'on est. Au début, les motifs sur la peau n'étaient qu'une ruse contre les giao long, un mensonge dessiné pour tromper la gueule des eaux. Mais un enfant né tatoué ne sait plus que c'était une frayeur : il y voit la marque de son peuple, celle qui le distingue des hommes venus d'ailleurs. Nous vivons pieds nus dans la boue des Ruộng Lạc, cheveux coupés court pour courir en forêt, vêtus d'écorce avant de savoir tisser — et sur cette pauvreté, le tatouage est notre premier ornement, notre premier orgueil. Ce que la peur a tracé, la fierté l'a gardé. C'est souvent ainsi que naissent les coutumes : d'un geste utile qu'on oublie d'oublier.
Ce que la peur a tracé, la fierté l'a gardé.

—On parle d'une tortue sacrée envoyée jusqu'à l'empereur du Nord. Que portait-elle donc de si précieux ?
Il vivait dans nos eaux une tortue de mille ans, large comme trois hommes, et sur sa carapace le temps avait gravé une écriture en têtards, la khoa đẩu, qui racontait le monde depuis son commencement. Quand l'empereur Yao régnait au Nord, j'ai envoyé un ambassadeur la lui offrir, car un tel présent ne se garde pas : un savoir enfermé chez soi pourrit comme le riz oublié. On dit que l'empereur en fit copier les signes et qu'il en tira son Quy lịch, le calendrier de la tortue. Est-ce vrai ? Les annales du Nord n'en parlent pas, et je ne jurerais de rien. Mais j'aime cette idée : que le savoir du monde ait voyagé sur le dos lent d'une bête qui a vu passer tous les siècles.
Un savoir enfermé chez soi pourrit comme le riz oublié.
—Offrir un tel trésor au plus puissant des empereurs voisins : n'était-ce pas s'abaisser devant lui ?
Vous croyez qu'offrir, c'est se soumettre ; nous, nous croyons qu'offrir, c'est se hausser. Un royaume qui n'a rien à donner n'existe pas aux yeux des grands. En envoyant la tortue sacrée à Yao, je ne me couchais pas : je disais que le pays du fleuve Rouge possédait un savoir que même l'empire du Nord ne dédaignait pas de copier. Plus tard, du royaume de Việt Thường, un envoyé porta un faisan blanc au roi de Zhou, et jusque dans les annales du Nord ce présent fut consigné. Voilà notre manière d'être au monde : nous ne franchissons pas les montagnes avec des armées, mais avec des merveilles. Une bête rare vaut mieux qu'une bataille — elle ouvre les portes sans les briser.
Nous ne franchissons pas les montagnes avec des armées, mais avec des merveilles.

—Quittons la cour un instant : à quoi ressemble la journée d'un homme du peuple Lạc, sur ces terres inondées ?
Il se lève quand la crue le décide, non quand il le veut. Nos champs, les Ruộng Lạc, boivent au rythme des marées, et l'homme suit l'eau comme l'ombre suit le soleil. Il monte dans sa maison bâtie sur pilotis — nous couchons perchés dans les arbres pour que le tigre passe sous nous sans nous voir. Le jour, il descend pêcher malgré les giao long, il cultive le riz gluant, il cuit ses grains dans un tube de bambou posé sur la braise. N'ayant pas d'écriture, il compte ses dettes et ses récoltes sur des cordelettes nouées, un nœud pour chaque chose à ne pas oublier. C'est une vie basse et rude, mais elle a son ordre, et cet ordre, c'est moi qui dois le tenir droit.
Il se lève quand la crue le décide, non quand il le veut.
—Et à votre table, que mange et que boit-on à l'époque des Hùng Vương ?
Nous ne sommes pas riches en or, mais la terre et l'eau nous nourrissent bien. On tire du poisson et des fruits de mer une saumure épaisse, le nước mắm, qui donne du goût au riz le plus pauvre ; on parfume le sel au gingembre ; on cuit des gâteaux tirés des plantes quang lang et soa đồng. Et l'on boit le rượu, l'alcool de riz, que mes gens ont appris à faire fermenter — car un peuple qui sait transformer son grain en ivresse n'est plus un peuple de bêtes. Voilà ce que je crois : ce ne sont pas mes quinze bộ ni mes sceaux de bronze qui feront qu'on se souvienne de nous, mais ces petites inventions du ventre. Un royaume s'oublie ; une manière de saler le poisson traverse mille ans.
Un royaume s'oublie ; une manière de saler le poisson traverse mille ans.
—Vous êtes l'aîné de cent frères dispersés entre mer et montagne. Que reste-t-il de ce lien quand chacun vit si loin ?
On croit que la séparation défait les familles ; la nôtre, elle l'a agrandie. Mes cinquante frères de la mer et mes cinquante frères des sommets ne mangent plus dans le même bol, mais tous savent qu'ils sont sortis du même sac de cent œufs, nés de Lạc Long Quân et d'Âu Cơ. Quand je gouverne à Phong Châu, je ne gouverne pas seulement les hommes de mon bộ : je tiens le fil qui relie ceux d'en haut à ceux d'en bas. C'est pour cela que le titre m'a été donné à moi, l'aîné — non pour commander, mais pour se souvenir. Tant qu'un Hùng Vương se tiendra ici, aucun des cent ne sera vraiment orphelin. Un peuple, au fond, ce n'est qu'une fratrie qui refuse d'oublier son premier matin.
Un peuple, au fond, ce n'est qu'une fratrie qui refuse d'oublier son premier matin.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hùng Vương. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



