Interview imaginaire avec Janus
par Charactorium · Janus · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au seuil de l'Ianus Geminus, sur le Forum Romain, qu'Ovide vient retrouver le dieu aux deux visages, en cette année 8 ap. J.-C. où le poète achève ses Fastes et cherche à percer le mystère du premier mois. Les portes de bronze sont closes : Rome connaît une rare paix. La lumière froide des Calendes de janvier glisse sur le double profil de Janus, et l'encens des offrandes monte encore des autels. Ovide tient son stylet, car il sait que ce dieu, le premier nommé dans toute prière, ne se laisse pas interroger deux fois.
—Janus, moi qui t'invoque au seuil de mes Fastes avant tous les autres dieux, dis-moi : pourquoi est-ce toi, et non Jupiter, qu'on nomme le premier ?
Tu fais bien, poète, car nul vœu n'atteint les autres sans passer d'abord par moi. Je suis la porte par où toute prière entre chez les dieux : avant que ta voix ne touche Jupiter, elle franchit mon seuil. Quand les Romains ouvrent une guerre, scellent un mariage ou prennent la route, c'est mon nom qu'ils prononcent en premier, car je préside aux commencements de toute chose. Ce n'est point orgueil : je ne règne sur aucun ciel, je n'ai foudre ni tonnerre. Mais ce que nul autre ne possède, je le tiens : le pouvoir d'ouvrir. Et qui ouvre passe avant qui frappe.
Je suis la porte par où toute prière entre chez les dieux.
—Toi qui regardes en deux sens à la fois, explique au poète que je suis : que voient ces deux visages que les autres dieux n'ont qu'un seul à porter ?
Approche, Ovide, et regarde-moi sans crainte. Là où tu n'as qu'un front, j'en ai deux : l'un fixe ce qui fut, l'autre guette ce qui sera. Je vois en même temps le seuil derrière et le seuil devant, le jour mort et le jour qui naît. Les autres dieux contemplent une seule face du temps ; moi, je suis le temps lui-même, à l'instant où il se retourne. Quand tu franchis une porte, songe que tu es alors tout entier dans mon regard : un pied dans l'hier, un pied dans le demain. Voilà pourquoi nul ne me ressemble dans le panthéon : je suis la charnière sur laquelle tourne toute chose.
Je suis le temps lui-même, à l'instant où il se retourne.
—En venant vers toi ce matin, j'ai vu tes portes de bronze fermées. Combien de fois, dieu des seuils, les a-t-on closes depuis la fondation de la Ville ?
Si rarement, poète, que chaque fermeture mérite ton chant. Sous toute la République, on ne les ferma que trois fois en trois siècles : tant Rome aima la guerre. Mes portes ouvertes, c'est le glaive dehors ; mes portes closes, c'est le glaive au repos. Aujourd'hui tu les vois scellées, et tu sais à qui Rome le doit. Sache que ce battant n'est pas un simple bois : il est le visage public de la paix. Tant qu'il bâille, les armées marchent ; quand il se tait, les mères dorment. Inscris-le dans tes Fastes, car peu d'images valent celle de mon seuil refermé.
Mes portes ouvertes, c'est le glaive dehors ; mes portes closes, le glaive au repos.
—Le mois que je m'apprête à chanter porte ton nom. Pourquoi Ianuarius t'est-il donné, et qu'attends-tu des hommes au passage de l'année ?
Janvier est mon seuil, Ovide, comme la janua est celui de la maison : le point où l'an ancien s'achève et où le neuf respire. En ce jour, les Romains s'échangent les strenae, ces présents de bon augure — un peu de miel, une branche, une pièce — afin que le premier geste de l'année soit doux et présage tout le reste. Car ils savent ma loi : tel commencement, telle suite. Celui qui ouvre l'an par la querelle s'enferme dans la querelle ; celui qui l'ouvre par le vœu paisible chemine en paix. Voilà pourquoi nul ne travaille tout à fait le premier jour, et nul ne reste tout à fait oisif : on goûte au seuil le présage de ce qui vient.
Tel commencement, telle suite : qui ouvre l'an par le vœu paisible chemine en paix.

—Tu portes la clé à la main, dieu des portes. Dis au poète : qu'est-ce qu'un seuil, et pourquoi confier sa garde à un dieu plutôt qu'à un verrou ?
Regarde ma main droite, Ovide : la clé y dort, et le bâton dans l'autre, pour ouvrir et pour écarter. Mon culte est né des portes mêmes, la janua dont je tire mon nom, avant même qu'on m'élevât des temples. Un seuil n'est pas rien : c'est le lieu fragile où le dehors menace le dedans, où l'étranger devient hôte ou ennemi. Le verrou retient le corps ; moi, je garde le passage de l'âme et du sort. Je veille sur le pomerium, cette ligne sacrée qui sépare la Ville du monde, comme je veille sur le pas de ta demeure. Partout où deux espaces se touchent sans se mêler, je me tiens debout, gardien de la frontière invisible.
Le verrou retient le corps ; moi, je garde le passage de l'âme et du sort.
—Quand tu m'inspires ces vers, je peine à te peindre. Sous quels traits veux-tu que le poète te montre à ceux qui liront son livre ?
Peins-moi tel que tu m'as trouvé ce matin, poète : drapé dans la toge, le double front serein, sans foudre ni couronne d'orgueil. Les Romains aiment me frapper sur le bronze de l'as, ce profil aux deux faces que chacun glisse dans sa bourse ; ainsi je passe de main en main, dieu des passages jusque dans le commerce. Dans les demeures, mon buste à deux têtes veille sur le vestibule. Ne me fais ni terrible ni lointain : je suis le dieu familier, celui qu'on touche en sortant et qu'on salue en rentrant. Que ton vers garde de moi cette double présence — un regard pour la porte qu'on quitte, un regard pour celle qu'on ouvre.
Je suis le dieu familier, celui qu'on touche en sortant et qu'on salue en rentrant.

—Les hommes t'invoquent avant les guerres, les voyages, les noces. Que reçois-tu, dieu des débuts, de ceux qui se confient à toi au seuil de l'inconnu ?
Ils m'apportent ce que demande tout seuil franchi : le gâteau de miel, le vin pur, l'encens qui monte droit. Mais ce qu'ils me confient vraiment, Ovide, c'est leur peur du premier pas. Nul ne sait ce qu'il y a derrière la porte qu'il ouvre — le marié ignore l'épouse à venir, le soldat la bataille, le marchand la mer. Je ne leur promets pas l'issue : je leur accorde de commencer d'un bon pied, et le bon commencement est déjà la moitié de l'œuvre. Celui qui m'honore au départ marche plus assuré, car il sait qu'un dieu se tient à la charnière. Le reste appartient aux autres dieux — mais le premier élan est mien.
Je ne promets pas l'issue : j'accorde de commencer d'un bon pied.
—On raconte qu'aux jours sombres, tu sauvas la Ville par tes seuils mêmes. Dis-moi, dieu gardien, comment ta porte fut-elle l'arme de Rome ?
Les anciens gardent mémoire de mes seuils en colère, poète. Quand l'ennemi pressait la Ville, on dit qu'un jaillissement brûlant sortit de mes portes pour repousser l'assaut : le gardien des passages sait aussi les fermer au péril. Car une porte n'est pas faite que pour laisser entrer ; sa vertu première est de pouvoir dire non. Voilà pourquoi mon temple ouvre quand Rome guerroie : je suis alors sorti veiller aux frontières, et l'on ne me referme que lorsque tous les soldats sont rentrés. Mon seuil n'est jamais neutre — il accueille l'ami et barre l'intrus. Tant que veille un dieu sur le passage, nulle ville n'est tout à fait sans défense.
Une porte n'est pas faite que pour laisser entrer ; sa vertu première est de pouvoir dire non.
—Avant de reprendre mon stylet, dieu des seuils, accorde au poète un dernier mot : que dois-je inscrire au commencement même de mes Fastes ?
Inscris d'abord mon nom, Ovide, puisque c'est par moi que ton œuvre doit s'ouvrir comme s'ouvre l'année. Mets en tête que tout livre est une porte, et que le lecteur, en tournant la première page, franchit un seuil qu'il ne refranchira pas pareil. Dis-leur que je veille sur ce passage-là aussi : le pas du premier vers. Et quand tu chanteras janvier, souviens-toi de ce matin, de mes portes closes et de l'encens entre nous — car tu auras vu de tes yeux le dieu que tu nommes. Achève par où tu commences : honore le seuil, et le seuil te rendra ton chant intact.
Tout livre est une porte, et le lecteur, en tournant la première page, franchit un seuil.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Janus. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



