Interview imaginaire avec Janus
par Charactorium · Janus · Mythologie · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans s'arrêtent devant une vieille statue à deux visages, au cœur du Forum. Soudain, les deux bouches de pierre sourient. Janus, le dieu des portes, a décidé de leur parler.
—Pourquoi vous avez deux visages ? Ça doit être bizarre, non ?
Mon enfant, approche, n'aie pas peur. Oui, j'ai deux visages, l'un devant, l'autre derrière. On dit que je suis bifrons, ça veut dire « à deux fronts » dans ma langue. Imagine que tu puisses voir la porte qui est devant toi et, en même temps, le chemin déjà parcouru derrière toi. C'est ça, mon don. Un visage regarde le passé, ce qui a été. L'autre regarde l'avenir, ce qui sera. Aucun autre dieu de Rome n'a ce double regard. Le poète Ovide l'a écrit : je vois à la fois ce qui a été et ce qui sera. Je suis le seul à veiller des deux côtés du temps.
Un visage pour ce qui a été, l'autre pour ce qui sera.
—Ça vous rend triste, de toujours voir le passé derrière vous ?
Non, mon enfant, pas triste. Plutôt apaisé. Tu sais, beaucoup de gens ont peur de se retourner. Ils n'osent regarder ni ce qu'ils ont vécu, ni ce qui les attend. Moi, je porte les deux dans mon visage de pierre. Imagine un voyageur sur un seuil, une porte : il quitte une pièce et il entre dans une autre. Pendant un instant, il est dans les deux. C'est là que je vis, moi, dans cet instant du passage. Les Romains sculptaient mon buste à deux têtes dans leurs maisons pour me garder près d'eux. Voir derrière et devant, ce n'est pas un fardeau. C'est ma façon de protéger ceux qui avancent.
J'habite l'instant du passage, ni tout à fait dehors, ni tout à fait dedans.
—C'est vrai qu'il y avait un temple à vous qui annonçait la guerre ?
C'est vrai, mon enfant. J'avais un temple au Forum, avec de grandes portes de bronze. Et ces portes avaient un secret. Quand Rome partait en guerre, on les laissait grandes ouvertes. Quand la paix revenait enfin, on les fermait. Imagine toute une ville qui regarde mes portes pour savoir si elle est en paix ou non. Or, sais-tu combien de fois on les a fermées, durant des siècles ? Trois fois seulement. Trois. Le reste du temps, elles restaient ouvertes, car les Romains se battaient presque toujours quelque part. Mes portes étaient comme un baromètre : un seul regard, et tu savais si ton peuple dormait tranquille.
Mes portes fermées, c'était la paix. On les a fermées trois fois en des siècles.
—Pourquoi ouvrir les portes pendant la guerre, et pas l'inverse ?
Bonne question, ça intrigue tout le monde. Tu sais, je suis le dieu des seuils et des passages. En temps de guerre, les soldats partaient au loin, puis revenaient blessés ou victorieux. Il fallait que le passage reste ouvert pour eux, pour que je veille sur leurs allers et leurs retours. Imagine une porte qu'on laisse entrouverte pour un voyageur qui n'est pas encore rentré la nuit. C'était ça. Mes portes ouvertes disaient : « Janus accompagne les armées en chemin. » Et quand tous étaient rentrés, quand plus personne n'avait besoin de franchir le seuil de la guerre, alors seulement on refermait le bronze. La paix, c'était une porte enfin close.
On laisse la porte ouverte tant qu'un voyageur n'est pas rentré.
—C'est vrai que les Romains vous priaient avant Jupiter ? Lui c'était le chef pourtant !
C'est vrai, et ça surprend, je le sais. Jupiter était le roi des dieux, le plus puissant. Et pourtant, dans chaque prière, c'est moi qu'on nommait en premier, avant lui. Pourquoi, à ton avis ? Parce que je suis le dieu des commencements. Avant d'arriver au plus grand, il faut franchir la première porte. Mon nom vient d'ailleurs du mot janua, qui veut dire « porte » dans ma langue. Imagine que tu entres dans un grand palais : avant de saluer le roi tout au fond, tu passes d'abord le seuil de l'entrée. Eh bien ce seuil, c'était moi. On me priait d'abord pour que la prière puisse commencer.
Avant d'atteindre le plus grand des dieux, il faut d'abord franchir ma porte.

—Vous gardiez quoi exactement, les portes des maisons ?
Toutes les portes, mon enfant, et tous les seuils. Les Romains me confiaient l'entrée de leurs maisons, des temples, et même des villes. Imagine une clé romaine, lourde, en bronze : on disait que je tenais ce pouvoir-là, celui d'ouvrir et de fermer. Mais je ne gardais pas que les portes de bois. Je gardais aussi les passages invisibles : le début d'un voyage, le premier coup de pioche d'une construction, le matin d'un mariage. Avant chaque grande entreprise, on m'appelait pour que je préside au commencement. Tu vois, une porte n'est pas qu'un morceau de bois. C'est l'endroit où une chose finit et où une autre commence. Et cet endroit-là m'appartenait.
Une porte, c'est l'endroit où une chose finit et où une autre commence.
—C'est pour ça que le mois de janvier porte votre nom ?
Exactement, mon enfant ! Tu as tout compris. Le premier mois de l'année, Ianuarius, c'est mon mois. Janvier vient de Janus. Réfléchis : quel meilleur gardien pour le seuil entre l'année qui s'achève et celle qui commence ? D'un visage je regarde l'an passé, de l'autre l'an nouveau. Le premier jour de janvier m'était entièrement consacré. Dès l'aube, les Romains m'adressaient leurs vœux. Imagine toute une cité qui, le même matin, se tourne vers moi pour demander une bonne année. C'était un moment doux, plein d'espoir. On franchissait ensemble le seuil du temps. Et moi, debout entre les deux années, je les accueillais des deux côtés à la fois.
Janvier, c'est le seuil entre l'année finie et celle qui commence.

—Vous receviez des cadeaux pour le Nouvel An ? Comme nous ?
On m'offrait des choses, oui, mais surtout les Romains s'en offraient entre eux. Au Nouvel An, ils échangeaient de petits présents qu'on appelait des strenae. C'étaient parfois des dattes, du miel, des figues, des branches sacrées : des choses douces, pour que l'année soit douce. Imagine que tu donnes un fruit sucré à un ami en lui disant : « Que ton année soit aussi bonne que ce miel. » C'était l'idée. Et en m'offrant à moi des gâteaux de miel, du vin et de l'encens brûlé, on me demandait de bénir le passage vers les jours nouveaux. Le goût du miel, l'odeur de l'encens : voilà à quoi ressemblait le début d'une année romaine.
On s'offrait du miel pour que l'année soit aussi douce que lui.
—Vous êtes très vieux ? Vous existiez avant Rome ?
Très vieux, mon enfant, plus vieux que tu ne l'imagines. Pline l'Ancien, un savant romain, m'appelait la divinité la plus ancienne de chez les Romains. J'étais déjà là dans le vieux Latium, cette région autour de Rome, du temps où les peuples italiques vivaient dans de petits villages. Avant les grands temples, avant les empereurs. Imagine des collines couvertes de forêts, des bergers, des autels de pierre toute simple. C'est de ce monde-là que je viens. Une colline de Rome porte d'ailleurs mon nom : le Janicule. Quand on dit que je suis le dieu des commencements, c'est aussi parce que j'étais là au commencement de tout, avant même que Rome ait des murs.
J'étais là avant que Rome ait des murs.
—Qui vous a installé dans la ville de Rome au début ?
On raconte de belles histoires là-dessus, mon enfant. Après que Romulus eut fondé Rome, un roi sage est venu : Numa Pompilius, le deuxième roi. C'était un homme de paix, qui aimait l'ordre des choses sacrées. C'est lui qui a réglé mes rituels et bâti l'idée de mes portes qu'on ouvre en guerre et qu'on ferme en paix. Imagine un roi qui, au lieu de chercher la bataille, cherche à apaiser son peuple par des cérémonies justes. Voilà Numa. Grâce à lui, j'ai eu ma place au cœur de la cité, moi le vieux dieu du Latium. Les rois passent, mon enfant. Mais les seuils, eux, restent. Et tant qu'il y aura des portes, on se souviendra de moi.
Les rois passent. Mais tant qu'il y aura des portes, on se souviendra de moi.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Janus. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



